Pedro Sanchez débute lundi une quatrième visite en Chine en autant d'années, un déplacement qui illustre la détermination du président du gouvernement espagnol à suivre sa propre voie, en dépit du mécontentement et des critiques du président américain Donald Trump à propos notamment de la guerre en Iran.
Madrid prône un renforcement des relations commerciales avec Pékin, désireux de le traiter comme un allié stratégique et non pas comme un rival économique et géopolitique, comme le fait Washington.
Cette nouvelle visite de Pedro Sanchez illustre la volonté de ce dernier de ne pas s'aligner sur Donald Trump, qui a vertement critiqué l'Espagne pour n'avoir pas autorisé l'armée américaine à utiliser son espace aérien dans le cadre d'opérations contre l'Iran et pour ses investissements jugés insuffisants en matière de défense.
Le président américain, qui a dit en mars vouloir rompre tous les liens commerciaux avec l'Espagne, a menacé de punir les alliés de l'Otan n'ayant pas coopéré avec Washington pour la protection du détroit d'Ormuz et pour les opérations en Iran.
Pedro Sanchez s'est démarqué des alliés européens en s'affichant comme un fervent détracteur des campagnes militaires menées par les Etats-Unis et Israël.
L'approche du dirigeant espagnol, populaire auprès des électeurs, a crispé des entreprises et des politiciens de l'opposition qui s'inquiètent que les tensions avec l'administration Trump s'avèrent coûteuses pour le pays.
D'après une source gouvernementale, une rencontre prévue mardi entre Pedro Sanchez et le président chinois Xi Jinping aura pour principal ordre du jour des questions géopolitiques.
Madrid considère Pékin comme une puissance stabilisatrice, a ajouté cette source.
Toutefois, pour Ramon Gascon Alonso, coordinateur Asie-Pacifique du Club espagnol des exportateurs et investisseurs, cette approche pourrait nuire davantage au commerce, déjà plombé par les droits de douane imposés par Donald Trump sur les produits en provenance de l'Union européenne.
"Notre situation déjà précaire pourrait empirer", a-t-il dit. "Les Etats-Unis sont le principal investisseur étranger en Espagne. Nous avons avec eux des volumes significatifs d'échanges commerciaux dans des secteurs qui sont centraux pour notre économie - absolument vitaux".
L'ESPAGNE VUE PAR LA CHINE COMME "PLUS RAISONNABLE"
Une source de haut rang au sein de l'opposition espagnole a prévenu qu'il valait mieux s'abstenir de toute critique supplémentaire à l'égard des Etats-Unis pendant cette visite en Chine, accusant Pedro Sanchez de s'embrouiller avec Donald Trump à des fins intérieures ainsi que de mettre en danger l'unité de l'Otan et la présence militaire américaine en Espagne.
L'ambassadeur chinois en Espagne a déclaré que les relations chaleureuses entre Pékin et Madrid avaient incité les entreprises chinoises à investir. "L'Espagne est plus raisonnable dans ses agissements à l'égard de la Chine", a dit Yao Jing. "Elle a son propre jugement, ses propres intérêts, elle veut un accès aux marchés chinois. Donc nous faisons des affaires", a-t-il ajouté.
Selon des données du ministère espagnol de l'Economie, les entreprises chinoises ont investi l'an dernier 643 millions d'euros en Espagne, contre 149 millions en 2024.
Un banquet est prévu par Xi Jinping en l'honneur de Pedro Sanchez et de son épouse Begona. Au cours de sa visite de trois jours, le dirigeant espagnol doit également rencontrer le Premier ministre chinois Li Qiang et d'autres responsables de haut rang.
Madrid espère de cette visite qu'elle contribuera à réduire un déficit commercial qui a plus que doublé en quatre ans, pour s'établir l'an dernier à près de 50 milliards de dollars. L'objectif est d'accroître les exportations agricoles et manufacturières avec la Chine afin de compenser les volumes élevés de produits chinois importés.
Reste que Pedro Sanchez n'est pas accompagné cette fois-ci par une délégation de dirigeants d'entreprises. Aucun accord commercial majeur n'est prévu durant la visite.
(Aislinn Laing, David Latona et Charlie Devereux; version française Jean Terzian)

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