Situé à 25 kilomètres des côtes du Canada, le petit archipel français abrite près de 6.000 habitants et assure la présence de la France sur le continent nord-américain.
L’archipel de Saint-Pierre et Miquelon compte deux îles habitées (illustration) ( AFP / LUDOVIC MARIN )
A l'occasion d'une visite samedi 19 et dimanche 20 septembre, Emmanuel Macron a défendu la souveraineté "évidente" de la France sur Saint-Pierre et Miquelon, un archipel dont la pêche se contracte et dont un village doit être déplacé face à la montée des eaux.
Une population qui fond
L'archipel de 242 km2, comptait 5.790 habitants au 1er janvier 2023, selon l'Insee, contre 6.316 en 1999. Il enregistre plus de décès que de naissances chaque année depuis 2016, sauf en 2021. En 2025, il a compté 51 décès pour 36 naissances, selon l'Institut d'émission des départements d'outre-mer (IEDOM).
Le député Stéphane Lenormand (LIOT) veut "garder espoir": "en 2026, nous allons avoir plus de 64 naissances", dit-il à l'AFP.
Dans un territoire où le chômage avoisinait 3% en 2025, les jeunes partent étudier dans l'Hexagone ou au Canada et reviennent peu, "faute d'opportunités professionnelles", explique la sénatrice. "La mort de la pêche depuis 1992 a détruit toute perspective économique".
Une pêche à bout de souffle
Depuis le moratoire canadien sur la morue et la sentence arbitrale qui n'a laissé à la France en 1992 qu'une zone économique exclusive de 12.400 km2, la pêche industrielle a fondu: 367 tonnes par an en moyenne entre 2017 et 2022, contre 974 tonnes entre 2010 et 2017, selon l'IEDOM.
"La pêche a un avenir à Saint-Pierre-et-Miquelon si elle se restructure", répond Annick Girardin. "Comment pouvons-nous demander davantage du Canada alors que nous sous-exploitons chroniquement nos propres quotas de pêche"?, s'interroge-t-elle. Le député veut, lui, "pêcher la majorité des quotas dont nous disposons". Cela suppose une organisation professionnelle structurée à même de gérer la ressource, aujourd'hui surtout exploitée par des bateaux artisanaux.
Huit espèces sont sous quotas dans la zone économique exclusive française et la zone 3PS partagée avec le Canada: crabe des neiges, concombre de mer, flétan blanc, buccin, morue, sébaste, plie grise, pétoncle.
Un face à face avec le Canada
La France a demandé en 2014 à l'ONU d'étendre ses droits sur les fonds marins, demande contestée par le Canada. Ce n'est "pas un obscur dossier technique, c'est l'affirmation de notre souveraineté", juge la sénatrice. "La France doit décider si elle veut être une puissance subarctique ou une simple spectatrice".
Sur le numérique, elle réclame que tout nouveau câble transatlantique intègre "un point d'atterrage sur notre archipel avant de rejoindre le Canada ou les États-Unis".
Depuis l'arrêt fin février du Cessna d'Air Saint-Pierre, liaison inter-îles et évacuations sanitaires vers le Canada dépendent d'un avion et d'un équipage canadiens, selon l'IEDOM. "Nous devons trouver les moyens de garantir notre indépendance", a plaidé l'élu le 19 mai à l'Assemblée nationale.
Selon l'IEDOM, l'archipel, à 4.300 km de Paris, achète près de la moitié de ses importations au Canada. La vie est chère: l'alimentation coûtait 70,1% de plus que dans l'Hexagone en 2022 (Insee).
Infrastructures délabrées
Plus de 200 mètres du quai du commerce de Saint-Pierre, seul point d'approvisionnement de l'archipel, sont fermés par sécurité. Sa remise en état coûterait environ 20 millions d'euros, selon le député Stéphane Lenormand, pour un PIB local de 240 millions d'euros (2015). Le gouvernement a renvoyé en février le financement au prochain budget.Annick Girardin y voit "le symbole même des limites d'une gestion purement comptable" depuis Paris.
Sur ce point, le chef de l'Etat a annoncé une enveloppe de 19 millions d'euros. Il a par ailleurs esquissé l'ambition de créer dans l'archipel une "économie des données, de développer des acteurs du numérique derrière, des data centers".
Miquelon déménage
Le village de Miquelon, 600 habitants, bâti à moins de trois mètres au-dessus de la mer, doit être reconstruit à un kilomètre, à au moins dix mètres d'altitude, selon la préfecture.
"L'enjeu majeur de la visite" est "d'annoncer le montant alloué à la deuxième phase", juge la sénatrice, qui table sur "un minimum de 25 ans" pour l'ensemble de la relocalisation, avec un "double village" transitoire.
Pour le député, les priorités sont ailleurs: une nouvelle centrale électrique et la protection de l'isthme vers la presqu'île de Langlade, "poumon économique" de la commune.
Lors d'une rencontre avec des pionniers de ce grand déménagement, qui ont déjà construit leur nouvelle maison, le chef de l'Etat a promis d'accélérer le projet, avec une nouvelle phase destinée à achever la relocalisation de la moitié de la population "à l'horizon 2033". Emmanuel Macron, qui quittera l'Elysée en mai, n'a toutefois pas précisé pour quel montant. Pour l'heure, une dizaine de maisons ont été construites. Mais le projet s'annonce long et il est loin de faire l'unanimité.
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