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Ressuscité par la crise sanitaire, le masque "made in France" se cherche un avenir
information fournie par Reuters08/02/2021 à 12:29

LE MASQUE FRANÇAIS

LE MASQUE FRANÇAIS

par Elizabeth Pineau

VELIZY-VILLACOUBLAY (Yvelines) (Reuters) - En ce 11 Novembre 2020, face à une avenue des Champs-Elysées désertée pour cause de COVID-19, Emmanuel Macron passe les troupes en revue en souvenir de l'Armistice de 1918, bleuet à la boutonnière, le bas du visage camouflé par un masque noir fabriqué en France.

Plus que jamais en ce jour de célébration nationale, le masque mis en boîte à la main dans une usine de la banlieue parisienne symbolise une activité ressuscitée par une pandémie qui a révélé les carences d'une industrie mise au défi de produire des biens essentiels pour la population.

"Le Masque français" fait partie de la vingtaine d'usines surgies depuis un an dans l'Hexagone, qui en comptait à peine quatre avant la crise sanitaire. En dix mois, l'entreprise située à Vélizy-Villacoublay (Yvelines) est passée de zéro à une cinquantaine de salariés. Elle fabrique chaque semaine un million de masques colorés et fournit aujourd'hui l'Elysée.

"C'est une relation commerciale bien sûr, on ne veut pas forcément s'en vanter. On fait pour le mieux et on en est extrêmement fiers", dit son fondateur de 42 ans, Emmanuel Nizard, dirigeant d'un cabinet de stratégie qui s'est lancé dans l'aventure via deux millions d'euros d'investissement après avoir contracté le COVID-19.

Avec l'arrivée du vaccin, l'entrepreneur sait que l'avenir est incertain pour sa jeune activité, là où un masque français revient à une dizaine de centimes contre six pour un produit "made in China" qui inonde le marché.

"Les masques chinois sont imbattables en terme de coût donc on va se retrouver après la pandémie dans une situation similaire à celle que l'on avait avant, avec une filière française qui, mathématiquement, va se désagréger", prédit-il.

Une inquiétude qui rejoint, à une autre échelle, celle du PDG de Kolmi-Hopen, usine historique proche d'Angers où Emmanuel Macron a fixé, lors d'une visite le 31 mars, l'objectif de rendre la France "indépendante" dans la production de masques avant fin 2020.

"Il y avait un gâteau base 100, il est devenu 5.000 en 2020, il va peut-être aller à 200 ou 300 après la crise, et fatalement le marché va revenir à des choses normales", dit son directeur général Gérard Heuliez, qui a embauché 170 personnes en un an pour faire face aux besoins.

SÉCURISATION DES MATIÈRES PREMIÈRES

Après la grave pénurie du printemps, les stocks stratégiques ont été reconstitués avec plus 400 millions de masques FFP2 et 1,3 milliard de masques chirurgicaux en réserve, selon la Direction générale de la santé.

Dans quelques mois, si le vaccin donne les résultats escomptés, les Européens pourront se passer de masques... jusqu'à la prochaine pandémie, toujours possible.

"Aujourd'hui sur le marché 80% des masques achetés viennent de Chine donc si la Chine était en pandémie on serait toujours en manque de masques. La seule solution c'est de pérenniser une filière 100% française ou européenne pour être autonome complètement", considère Christian Curel, industriel occitan qui vient de prendre la tête du syndicat F2M rassemblant 13 fabricants de masques tricolores.

L'Etat estime avoir, cette fois, pris les devants.

Le travail entrepris pour produire des vaccins en France rejoint celui "qui nous a permis de produire des masques en quelques semaines et qui nous permettra dans quelque temps, peu de temps maintenant, d'être autosuffisants en matériel de protection type masques, blouses, surblouses", déclarait le 2 février devant les députés le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Pour sécuriser la matière première, le ministère de l'Industrie a sélectionné à l'automne dernier 10 projets français de production de meltblown, matière filtrante utilisée pour fabriquer les masques, qui seront subventionnés à hauteur de 30% de leur projet d'investissement, soit environ 18 millions d'euros.

Autre piste : favoriser un dialogue entre producteurs de masques, acheteurs et Etat pour présenter les produits français en incitant à ne pas s'intéresser seulement au prix au moment des appels d'offre.

"Comment peut-on mettre une note environnementale meilleure sur un masque importé de Chine qui a traversé la moitié de la planète, sachant que la Chine c'est 70% d'énergie carbonée, la France c'est 80% d'énergie décarbonée ?", s'étonne Emmanuel Nizard.

RÈGLES DU JEU

D'autres critères peuvent être pris en compte : qualité des produits, coût environnemental et social, services. Un hôpital pourrait par exemple signer avec un fournisseur un contrat assorti de la garantie d'être servi en cas de pénurie.

Selon une source proche des discussions entre l'Etat et les industriels, l'objectif post-COVID de l'Etat français est d'assurer une production de 40 millions de masques par semaine - chirurgicaux et FFP2 - contre 100 millions actuellement. Ce qui pourrait faire disparaître plus de la moitié des usines existantes.

Réduire le personnel "n'est ni un objectif ni une prévision", affirme pour l'heure Gérard Heuliez, qui prévoit des lancements de produits en mars et décembre. "Une partie des gens qui travaillent chez Kolmi-Hopen sont en intérim mais on va repousser cela le plus tard possible."

La fibre patriote peut aussi jouer, comme l'espèrent les centres Leclerc, en passe de "constituer une filière française" de masques vendus au même prix que ceux importés de Chine en partenariat avec le groupe normand Lemoine, a annoncé la semaine dernière sur BFM TV le patron du géant français de la distribution, Michel-Edouard Leclerc.

Emmanuel Nizard invite pour sa part Bruxelles à aller plus loin en favorisant les produits à faible valeur ajoutée comme les masques, qui donnent du travail à des personnes peu qualifiées, les plus frappées par le chômage.

"Il faut que les règles du jeu soient les mêmes pour tout le monde", dit-il, évoquant l'idée d'une taxe européenne sur les produits asiatiques délicate à envisager en raison des risques de guerre commerciale qu'elle pourrait déclencher.

Le clé, c'est la "vitalité créative", dit Gérard Heuliez, qui croit à un retour des usines en France, objectif affiché de l'actuelle majorité via sa ministre dédiée Agnès Pannier-Runacher alors que la part de l'industrie dans la richesse nationale est passée de 23,4% à 10% entre 1980 et 2018.

"Le tissu artisanal, la 'petite main', c'est une grande valeur ajoutée et trop peu de messages sont passés en ce sens-là", dit l'entrepreneur.

(Elizabeth Pineau, édité par Jean-Michel Bélot)

5 commentaires

  • 08 février13:56

    Idéalement, on ne devrait importer que ce que l'on ne peut produire dans son propre pays. C'est la philosophie du "protectionisme intelligent" de la Suisse