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Qui pour diriger le système théocratique iranien ?
information fournie par Reuters 02/03/2026 à 18:59

La mort de l'ayatollah et guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, tué samedi par des frappes aériennes menées par les Etats-Unis et Israël à l'âge de 86 ans, peut remettre en cause la survie du régime théocratique iranien mis en place lors de la révolution de 1979.

Alors que l'opération militaire américano-israélienne contre l'Iran se poursuivait lundi pour la troisième journée consécutive, visant les plus hautes autorités du pays ainsi que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), il est très difficile de prévoir qui succédera à Ali Khamenei.

Voici comment le système est censé fonctionner, comment un nouveau guide suprême peut être choisi et comment l'attaque subie par l'Iran a peut-être changé la donne.

QUEL RÔLE JOUE LE GUIDE SUPRÊME ?

Dans la foulée de la révolution de 1979, qui a entraîné la chute du chah, l'ayatollah Rouhollah Khomeini, fondateur de la République islamique d'Iran, a établi le système du Velayat-e faqih, un terme de droit musulman désignant la tutelle du jurisconsulte.

Selon cette théorie, jusqu'à ce que le douzième imam chiite, qui a disparu au neuvième siècle, ne revienne, le pouvoir sur Terre doit être détenu par un haut responsable religieux.

Sous Ali Khamenei ainsi que sous son prédécesseur, le guide suprême avait le dernier mot sur toutes les branches du gouvernement, sur l'armée et sur le pouvoir judiciaire mais jamais le système n'a été aussi soumis à aussi rude épreuve que depuis samedi.

Ali Khamenei usait de son influence au travers de ses proches conseillers mais personne ne sait combien de ces derniers ont survécu aux frappes de samedi. Agé de 86 ans au moment de sa mort, Ali Khamenei n'a jamais publiquement désigné de successeur.

QUI CHOISIT LE SUCCESSEUR D'ALI KHAMENEI

La constitution de la république islamique prévoit qu'un nouveau guide suprême doit être choisi dans les trois mois suivant le décès de celui qui occupait le poste.

D'ici là, un conseil de direction provisoire est chargé d'assurer l'intérim, composé du président iranien, Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, et d'un dignitaire religieux membre de l'Assemblée des experts et du Conseil des gardiens de la révolution, Alireza Arafi.

Le choix d'un nouveau guide suprême ressort de la responsabilité de l'Assemblée des experts, une instance composée de 88 hauts dignitaires religieux, élus tous les huit ans. Mais avec la poursuite des frappes sur l'Iran, il est difficile de dire où et quand les membres de cette instance pourront se réunir.

QUI SONT LES PRINCIPAUX RESPONSABLES PRESSENTIS ?

Le fils d'Ali Khamenei, Mojtaba Khamenei, a parfois été cité comme un possible successeur mais il y a des incertitudes quant au sort de ce partisan d'une ligne dure. Il a été confirmé que sa femme a été tuée lors d'une frappe samedi et il n'y aucune garantie à ce stade sur le fait qu'il soit lui-même encore vivant.

Cela pourrait signifier qu'Hassan Khomeini, un des 15 petits-enfants du fondateur de la République islamique d'Iran, devienne un choix plus vraisemblable. Il est perçu comme un relatif modéré au sein des instances religieuses du pays.

Il est proche de certains réformistes, y compris les anciens présidents Mohammed Khatami et Hassan Rouhani, qui avaient préconisé l'instauration d'un dialogue avec l'Occident lorsqu'ils étaient en poste.

Hassan Khomeini, actuellement le conservateur du mausolée de son grand-père dans le sud de Téhéran, n'a jamais occupé de poste gouvernemental. Tout en se montrant fidèle à la République islamique, il est connu pour avoir appelé plusieurs fois à la mise en place de réformes et a pu se montrer critique envers les autorités.

Cependant, lors des émeutes de décembre 2025 et janvier 2026 - et leur répression sanglante - il avait fait corps avec les instances gouvernementales, accusant les manifestants de servir les intérêts d'Israël et participant à une manifestation de soutien au pouvoir.

Gholamhossein Mohseni Ejei et Alireza Arafi, des candidats moins probables à la succession d'Ali Khamenei, s'inscriraient vraisemblablement dans la continuité de la ligne dure incarnée par ce dernier. Ahmad Alamolhoda et Mohsen Araki, membres de l'Assemblée des experts et également tenants du conservatisme, pourraient également être considérés pour le poste.

Hassan Rouhani est également un haut dignitaire religieux mais il n'a pas la confiance des tenants d'une ligne dure.

QUEL ROLE JOUERONT LES GARDIENS DE LA RÉVOLUTION ?

Il a longtemps été tenu pour acquis que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) allait jouer un rôle central dans le choix d'un successeur à Ali Khamenei. Contrairement à l'armée régulière, qui est sous l'autorité du président, ce corps ne rend des comptes qu'au guide suprême.

Mais la hiérarchie des Gardiens de la révolution a été décimée par des frappes américaines et israéliennes au cours des dernières années et nul ne sait s'ils sont encore capables d'influencer la décision.

LE PEUPLE IRANIEN A-T-IL SON MOT A DIRE ?

Les Iraniens élisent un président et un Parlement pour des mandats de quatre ans. Le président nomme un gouvernement chargé de mettre en place une politique définie par les paramètres d'action établis par le guide suprême.

Au cours des premières années de la République islamique, la participation des électeurs à ces votes était massive. Mais la plupart des Iraniens ont depuis perdu foi dans ce processus électoral.

Le président Massoud Pezeshkian, qui a la réputation d'être modéré, a beau faire partie du conseil de direction provisoire, il n'est guère évident qu'il puisse jouer un grand rôle dans la suite des événements.

(Parisa Hafezi, rédigé par Angus McDowall, version française Benoit Van Overstraeten)

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