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Qui était Marc Bloch ?
information fournie par AFP 20/06/2026 à 10:39

La tombe de l'historien Marc Bloch au cimetière du Bourg-d'Hem, dans la Creuse, le 1er juin 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

La tombe de l'historien Marc Bloch au cimetière du Bourg-d'Hem, dans la Creuse, le 1er juin 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

Marc Bloch va rejoindre mardi le Panthéon après une vie d'engagement dans la défense de la République et dans la Résistance avant de mourir sous les balles des Nazis.

Mort en 1944 à l'âge de 57 ans, Marc Bloch est le premier historien à entrer au Panthéon, où il va demeurer aux côtés d'illustres résistants comme Jean Moulin et Missak Manouchian. Il y sera admis, avec son épouse Simonne Vidal, "pour son œuvre, son enseignement et son courage", a déclaré le président de la République Emmanuel Macron.

Cet homme discret, petit et mince, aux fines lunettes rondes d'intellectuel, est né le 6 juillet 1886 à Lyon dans une famille juive alsacienne.

L'historien

Après de brillantes études, marquées par son passage à l'École normale supérieure, Marc Bloch devient professeur d'histoire au lycée puis à l'université de Strasbourg.

Il s'affirme comme un spécialiste reconnu du Moyen-Age en publiant en 1924 son œuvre-phare, "Les Rois thaumaturges", avant "La société féodale" et "Les caractères originaux de l'histoire rurale française".

"Sans doute aucun historien du XXe siècle ne fait-il l'objet d'un culte aussi unanime, tout camps intellectuels et politiques confondus", avance Peter Schöttler dans "Marc Bloch, une biographie intellectuelle" (Gallimard).

Ce statut, Marc Bloch le doit notamment à la prestigieuse revue d'histoire des "Annales d'histoire économique et sociale", qu'il crée en 1929 avec son collègue Lucien Febvre. Elle renouvelle en profondeur le champ de la recherche historique, alors très tournée vers les "grands hommes", en l'étendant au social, au droit, à la psychologie et à l'économie.

"Faire de l'histoire, c'est d'abord établir les faits, même les plus dérangeants", résume-t-il.

Le républicain

La tombe de l'historien Marc Bloch au cimetière du Bourg-d'Hem, dans la Creuse, le 1er juin 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

La tombe de l'historien Marc Bloch au cimetière du Bourg-d'Hem, dans la Creuse, le 1er juin 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )

"Ce qui frappe chez Marc Bloch, c'est sa ferveur, encore plus que son action. Sa ferveur à faire que l'on puisse vivre ensemble. Il voyait qu'il fallait convaincre chaque citoyen de ce qu'est être citoyen", souligne l'historienne Annette Becker, citée par le ministère de la Culture.

Durant la Première Guerre mondiale, Marc Bloch est mobilisé comme adjudant d'infanterie avant d'être nommé officier de renseignement puis capitaine. Il reçoit la Croix de guerre avec quatre citations.

Grand patriote et se définissant comme "passionné de la République", il signe dans les années 1930 le manifeste des intellectuels antifascistes.

Le résistant

Bien qu'âgé de 53 ans et père de six enfants, Marc Bloch demande à être de nouveau mobilisé en 1939. "Je suis le plus vieux capitaine de l'armée française", s'amuse-t-il.

Après l'armistice de 1940, il écrit un ouvrage sans concession, "L'Etrange défaite", qui sera publié à titre posthume après la guerre, dans lequel il revient sur "le plus atroce effondrement de notre histoire".

Parce que juif, l'historien est banni de la Sorbonne et dépossédé de son appartement et de sa bibliothèque.

Avec les siens, il se réfugie dans la maison familiale de la Creuse avant de s'engager dans la Résistance en 1943 dans la région lyonnaise au sein du mouvement Franc-Tireur.

"Le refus d'accepter la défaite figure au premier chef des motivations à l'origine de l'engagement" dans la Résistance, explique l'historienne Alya Aglan, autrice de "La double mort de Marc Bloch" (Flammarion).

Il est arrêté à Lyon le 8 mars 1944, emprisonné et torturé à la prison de Montluc. Il est fusillé le 16 juin avec 29 de ses camarades.

Ses cendres sont transférées en 1977 dans le caveau familial dans la Creuse, avec deux mots gravés en guise d'épitaphe, "Dilexit veritatem" ("J'ai chéri la vérité", en latin).

Le juif athée

Sa famille est juive, non pratiquante. Marc Bloch dit ne tirer "ni orgueil, ni honte" du fait d'être juif et déclare ne revendiquer sa judéité "que dans un cas: en face d'un antisémite".

"Il a connu l'affaire Dreyfus jeune, il a subi des persécutions antisémites mais il était profondément laïque. C'est une famille juive qui a été émancipée par la Révolution française, qui porte les valeurs de la République avant tout et Marc Bloch a toujours refusé l'essentialisation par la religion", explique sa petite fille Suzette Bloch, coautrice d'une BD, "Marc Bloch, l'historien combattant" (Tallandier).

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