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"Qui a tué nos enfants?": six ans après l'explosion au port de Beyrouth, les familles toujours sans réponse
information fournie par AFP 04/08/2026 à 20:40
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Des familles de victimes rassemblées sur le port de Beyrouth six ans après une explosion, le 4 août 2026 ( AFP / Anwar AMRO )

Des familles de victimes rassemblées sur le port de Beyrouth six ans après une explosion, le 4 août 2026 ( AFP / Anwar AMRO )

Des familles de victimes se sont réunies mardi sur le port de Beyrouth, dévasté il y a six ans par une explosion, pour réclamer "justice" et l'arrestation des responsables, dans un Liban habitué à l'impunité.

"Jusqu'à présent, nous n'avons pas obtenu justice, personne n'a été tenu pour responsable ni arrêté", déplore auprès de l'AFP Hiam al-Békaï, qui a perdu son fils Ahmad dans le drame, lors d'un rassemblement organisé dans la matinée à la mémoire des victimes.

"C'est un anniversaire extrêmement douloureux (...) la blessure n'a pas encore cicatrisé", poursuit-elle.

Le 4 août 2020, l'une des plus grandes explosions non nucléaires de l'histoire a dévasté des quartiers entiers de la capitale libanaise, faisant plus de 220 morts et de 6.500 blessés.

Cette catastrophe a été déclenchée, selon les autorités, par un incendie dans un entrepôt où étaient stockées sans précaution des tonnes de nitrate d'ammonium servant d'engrais, malgré des avertissements répétés adressés aux plus hauts responsables.

"Nous devrions aujourd'hui avoir en main l'acte d'accusation et savoir qui a tué nos enfants (...), qui a apporté le nitrate, qui l'a stocké, qui a déclenché l'explosion", assène Hiam al-Békaï. "Nous voulons que (les responsables) répondent de leurs actes".

Le juge en charge du dossier a clôturé son enquête en mars, ouvrant la voie à de possibles renvois devant le tribunal de près de 70 personnes auditionnées au cours des investigations, dont des responsables politiques, sécuritaires, militaires et des fonctionnaires, avait alors indiqué une source judiciaire à l'AFP.

Il a transmis les éléments au parquet pour avis avant d'éventuelles inculpations sous forme d'acte d'accusation.

Mais depuis, les choses n'ont pas avancé et aucune personne n'est actuellement détenue dans cette affaire au Liban.

L'envoyé spécial de l'ONU pour le Liban, Jean Arnault, a appelé mardi "à redoubler d'efforts (...) afin de rendre justice aux victimes et au peuple libanais".

"Prolonger l'injustice"

Après une marche dans le centre-ville, un autre hommage s'est tenu en fin d'après-midi sur le port, à 18H07 locales, six ans exactement après la déflagration.

Dans la foule, certains brandissent des photos de leurs proches ou des drapeaux libanais, tandis que les noms des victimes sont projetés sur grand écran.

"Etablir la vérité et traduire les coupables en justice restent la priorité", martèle Cécile Roukoz, une avocate dont le frère a péri dans l'explosion, exhortant le pouvoir judiciaire à "respecter un délai raisonnable pour rendre son avis, car une justice tardive ne fait que prolonger l'injustice et la souffrance".

De son côté, le ministre de la Justice Adel Nassar, présent au premier rassemblement, a déclaré à l'AFP que "le procureur était en train de préparer ses réquisitions". Selon lui, il devrait "dans un délai de 60 à 90 jours" communiquer ses conclusions au magistrat qui publiera alors l'acte d'accusation pour permettre l'ouverture du procès.

Le président libanais Joseph Aoun avait lui aussi appelé lundi à passer à l'étape des inculpations, "une nécessité qui ne supporte plus aucun délai".

Le juge d'instruction Tarek Bitar avait dû interrompre son enquête en janvier 2023 face à l'hostilité d'une grande partie de la classe politique, notamment du mouvement chiite Hezbollah qui accusait le magistrat de partialité.

Il avait été poursuivi un temps pour insubordination, mais avait pu reprendre son enquête début 2025 après l'arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants qui avaient promis de restaurer l'indépendance de la justice.

Les familles des victimes n'ont eu de cesse de dénoncer les ingérences politiques.

William Noun, 32 ans, dont le frère Joe, pompier, a été tué, se souvient: "C'est ici qu'a eu lieu ce terrible crime. Ici, que j'ai passé dix jours d'enfer, jusqu'à ce que nous retrouvions des restes de mon frère".

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