La tombe d’Inass Touloub, la "martyre de l'A10" dont le corps mutilé a été retrouvé en 1987, le 1er octobre 2026 dans le cimetière de Suèvres, dans le Loir-et-Cher ( AFP / Alain JOCARD )
Depuis près de 40 ans, les habitants de Suèvres entretiennent la mémoire de la "martyre de l'A10", dont le corps mutilé a été retrouvé en 1987. Avec le procès des parents, qui s'ouvre lundi à Blois, beaucoup espèrent pouvoir "tourner la page".
Dans le vieux cimetière de cette commune du Loir-et-Cher, située entre Orléans et Tours, la petite tombe d'Inass Touloub fait partie des plus fleuries.
Comme depuis des années, Annick Denis vient en voisine se recueillir en pensant à cette fillette de 4 ans, retrouvée morte le 11 août 1987 dans un fossé bordant l'autoroute A10 par deux agents de la société concessionnaire, à hauteur de Suèvres.
Longtemps privée d'identité, l'enfant est devenue au fil des années une figure familière pour de nombreux habitants.
"Cette petite ne pouvait pas rester comme ça, dans l'inconnu. Toute la commune se l'est appropriée. Très vite, la tombe a été entretenue, fleurie... et cela continue depuis toutes ces années", raconte-t-elle à l'AFP en arrangeant la pierre tombale décorée de dizaines de messages et de petits anges.
"Il a fallu trente ans pour apprendre qui elle était. On a tous créé un lien très particulier avec cette histoire et avec la petite", poursuit Annick Denis. "Encore aujourd'hui, cela me perturbe. Tout cela dépasse l'entendement".
"Barbarie"
Au moment de la découverte du corps, personne n'imaginait que le dossier resterait non élucidé pendant si longtemps.
"Quand les gendarmes ont appelé, on pensait que l'affaire serait résolue en quelques jours", se souvient auprès de l'AFP Raphaël Pilleboue, ancien maire de Suèvres et gardien de la mémoire de la petite Inass. "Puis nous avons découvert les sévices qu'avait subis cette enfant", dont le corps comportait de multiples morsures et ecchymoses.
Un panneau de signalisation à l'entrée de la commune de Suevres, où Inass Touloub, la "martyre de l'A10" , a été retrouvée morte en 1987, le 14 juin 2018 dans le Loir-et-Cher ( AFP / GUILLAUME SOUVANT )
"Toute l'émotion est née de cette barbarie", poursuit-il.
Après l'identification et l'interpellation des parents en 2018, plus de 30 ans après les faits, il aura fallu encore huit ans de contentieux et de procédures, à la suite de plusieurs recours des parents, notamment, pour permettre la tenue du procès.
La mère, aujourd'hui âgée de 72 ans, sera jugée à partir de lundi devant la cour d'assises du Loir-et-Cher à Blois pour torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort, au côté du père, âgé de 74 ans, qui comparaîtra pour complicité.
M. Pilleboue, malgré une attente qu'il juge "inadmissible", estime que le procès permettra enfin "qu'un dossier se referme et que la petite Inass repose en paix".
Plusieurs habitants interrogés prévoient d'assister aux audiences. Quelque 200 d'entre eux se sont rassemblés devant la tombe d'Inass il y a quelques jours pour "une photo de famille".
Au bar-restaurant face à la mairie, la gérante Sandrine Bihel s'attend à ce que le procès alimente les discussions, comme chaque rebondissement judiciaire l'a fait ces dernières années, dans cette commune de 1.600 habitants.
Veiller sur sa tombe
"Tout le monde a ici un lien particulier avec cette histoire. On suivra le procès avec attention, mais aussi beaucoup d'émotion", estime la gérante qui vit à Suèvres depuis 27 ans.
Annick Denis se recueille sur la tombe d’Inass Touloub, la "martyre de l'A10", dans le cimetière de Suèvres, 1er octobre 2026 dans le Loir-et-Cher ( AFP / Alain JOCARD )
"Nous avons attendu ce procès depuis tant d'années, trop d'années", souligne de son côté Annick Denis, craignant que beaucoup de questions "restent encore sans réponse".
Il permettra au moins de "conclure une histoire" et de "tourner la page", même si Inass "restera de toute façon dans nos coeurs", poursuit-elle.
"Chaque jour de plus" sans justice rendue "est un coup de plus donné à cette petite", selon Me Jean Sannier, avocat de la commune qui s'est constituée partie civile à l'audience.
Il estime que le procès est "une étape indispensable dans cet esprit de justice, de réponse à l'inadmissible" pour tout un village "qui a vécu avec cette histoire", a-t-il insisté.
"Inass a une famille aujourd'hui. Les habitants de Suèvres ont veillé sur sa tombe et entretenu sa mémoire. Ce village est devenu sa famille. Ce sont les seuls à avoir conservé dans leur cœur cette petite qu'on avait abandonnée", conclut Me Sannier.

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