La rapporteuse de la commission des affaires économiques, la députée Aurélie Trouvé (LFI) à l'Assemblée nationale, le 11 février 2026 à Paris ( AFP / STEPHANE DE SAKUTIN )
La rapporteure de la commission d'enquête parlementaire sur "les fonds spéculatifs", Aurélie Trouvé (LFI) qui publie ses conclusions lundi, a dénoncé auprès de l'AFP la place "systémique" de fonds d'investissement "prédateurs" dans l'économie française, le représentant du secteur en France regrettant une "vision erronée".
La députée de La France insoumise s'est penchée sur la "prédation des capacités productives par les fonds spéculatifs" dans le cadre d'une commission d'enquête parlementaire, et estime avoir mis au jour le caractère "systémique" de leur présence.
"D'un côté, il y a des politiques qui favorisent très fortement les fonds d'investissement, (avec) notamment des avantages fiscaux, et de l'autre, une absence quasi totale de règles ou de contrôle de pratiques prédatrices", a-t-elle déploré à l'AFP.
Elle estime que l'essor de ces acteurs financiers remonte à 2012 avec le quinquennat de François Hollande puis les deux mandats d'Emmanuel Macron.
Le président de la commission d'enquête, le député MoDem Emmanuel Mandon, a estimé dans l'avant-propos du rapport que ce dernier était construit "sur une logique de dénonciation qui entend dresser un tableau clairement négatif" de l'activité des fonds d'investissement, faisant peser sur ces derniers "une forte présomption négative".
Ce, alors qu'il n'est à ses yeux "pas possible de parvenir aux conclusions exhaustives qu'appelait l'objectif initial de la commission ('la prédation' alléguée des capacités productives)".
Les travaux parlementaires se sont en tout cas tenus alors que la France "figure parmi les marchés les plus actifs de cette industrie", selon la Banque de France et France Invest.
Cette dernière organisation, qui représente les acteurs du capital-investissement, de l'infrastructure et de la dette privée, a déploré lundi une "vision erronée du secteur diffusée dans les conclusions des travaux de cette commission d'enquête".
Elle assure que le capital-investissement "contribue au financement de l'économie réelle, à la croissance des entreprises et à la création d'emplois sur l'ensemble du territoire" et que ses entreprises membres "accompagnent plus de 11.000 entreprises" de toute taille, dont plus de 8.000 françaises.
Rachats par effet de levier
Les parlementaires se sont notamment penchés sur les rachats d'entreprise par endettement avec effet de levier, leverage buy-out ou LBO en anglais, qui consistent à financer l'acquisition de l'entreprise par ses revenus à venir.
Leur rapport considère que ces opérations "organisent méthodiquement le transfert de richesse des entreprises vers leurs actionnaires" et que la France en est devenue "le principal terrain de chasse sur le continent européen".
Or, "l'horizon temporel et les exigences de rendement" des fonds, souvent étrangers, "sont structurellement incompatibles avec les besoins de pérennité de notre tissu productif", estiment les parlementaires.
La banque publique d'investissement Bpifrance, accusée de "soutenir fortement les fonds de capital-investissement" et d'être "principalement guidée par la performance financière au détriment de sa mission d'intérêt général", est notamment pointée du doigt.
En audition devant la commission d'enquête, le dirigeant de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, avait estimé que la vision des choses de Mme Trouvé ne "correspond(ait) absolument pas à la réalité".
Inquiétudes sur la santé
Mme Trouvé déplore aussi auprès de l'AFP le "pantouflage" de hauts fonctionnaires, voire de ministres, dans des fonds d'investissement.
Cela pose un "énorme problème" selon elle, relevant notamment la "proximité" entre M. Dufourcq et Bruno Bézard, désormais dirigeant du fonds Cathay Capital qui est "un des premiers fonds financés par Bpifrance".
Les parlementaires se sont également penchés sur l'appétit des fonds d'investissement pour le secteur de la santé, biologie médicale, cliniques, cabinets de radiologie, Ehpad, par exemple. Mme Trouvé accuse certains acteurs de gagner de l'argent "sur le dos de la sécurité sociale" française.
Dans leur rapport, les élus citent un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l'Inspection générale des finances (IGF) publié en 2025, selon lequel les montants investis par le capital-investissement dans les services de soins ont été multipliés par six entre la période 2017-19 et 2020-22.
Dans le même temps s'est observée "une accélération brutale de l'endettement du secteur de l'offre de soins", la commission s'inquiétant d'une "fragilisation financière systémique des secteurs du soin sous l'effet de l'intervention des fonds".

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