par Anita Komuves
Quand Peter Magyar était enfant, il avait accroché au mur de sa chambre une photo de Viktor Orban, alors figure de proue de la lutte anticommuniste, enthousiasmé par les premières élections démocratiques organisées en Hongrie en 1990.
A 45 ans, il espère mettre un terme à ses 16 années de règne à la tête de la Hongrie lors des élections législatives de dimanche.
Âgé de seulement neuf ans lors de la chute du communisme, Pete Magyar a raconté qu’il avait décoré les murs de la maison familiale à Budapest avec des photos de personnalités politiques de premier plan.
Viktor Orban, alors jeune avocat, était devenu un héros du mouvement pro-démocratique hongrois lorsqu’il avait publiquement exigé, en 1989, que les troupes soviétiques quittent le pays.
"Il y avait une vague d’énergie autour du changement de régime qui m’a emporté alors que j’étais enfant", témoignait Peter Magyar au podcast Fokuszcsoport en 2025.
Aujourd’hui, la plupart des sondages d’opinion indiquent que le parti de centre-droit Tisza de Peter Magyar, pro-européen, devance le parti nationaliste Fidesz d’Orban dans les intentions de vote.
Magyar, dont le nom de famille signifie littéralement "Hongrois", s’est retrouvé sous les feux de la rampe il y a deux ans après que son ex-épouse, Judit Varga, ancienne ministre de la Justice d’Orban, a démissionné de toutes ses fonctions politiques à la suite d’une grâce accordée dans une affaire d’abus sexuels qui avait provoqué un tollé général.
Peter Magyar a rapidement pris ses distances avec le Fidesz et l’a accusé de corruption et de propagande, avouant sa déception à l'égard de l'ancien mentor.
À peine quatre mois après avoir gagné en notoriété grâce à une interview sur la chaîne YouTube Partizan, le nouveau parti de Peter Magyar avait remporté 30% des voix aux élections européennes de juin 2024, terminant deuxième derrière le Fidesz et écrasant le reste de l’opposition.
"PRAGMATISME" AVEC MOSCOU
Depuis 2010, Viktor Orban s'efforce de créer ce qu'il appelle une "démocratie illibérale", en restreignant la liberté des médias et les activités des ONG, et en affaiblissant l'indépendance du pouvoir judiciaire.
Il entretient de bonnes relations avec son homologue russe Vladimir Poutine ainsi qu’avec le président américain Donald Trump, mais s’est heurté à plusieurs reprises à l’UE, qui a gelé
des milliards d’euros de financement pour marquer sa préoccupation quant au respect des libertés démocratiques en Hongrie.
À l’inverse, Peter Magyar s’est engagé à rapprocher la Hongrie de l'Ouest et à mettre fin à sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie d’ici 2035, tout en s’efforçant d’entretenir des "relations pragmatiques" avec Moscou. Il a également promis de débloquer les fonds européens gelés, ce qui contribuerait à relancer une économie hongroise au point mort.
Mais Magyar avance prudemment, soucieux de ne pas braquer les électeurs les plus conservateurs.
Contrairement à Orban, il ne rejette pas le principe d'une adhésion de l’Ukraine à l’UE, mais le programme de Tisza ne soutient pas une intégration accélérée pour Kyiv. À l’instar du Fidesz, Tisza s’oppose aux quotas européens d’accueil des migrants et maintiendrait également la barrière frontalière construite en 2015 pour empêcher l’entrée de clandestins.
Mais selon des analystes, les tensions entre Budapest et Bruxelles – encore aggravées par le veto d'Orban au plan d’aide de 90 milliards d’euros en faveur de Kyiv – pourraient s’apaiser sous Tisza.
"Orban a perdu confiance dans la forme et l'orientation actuelles de l'intégration européenne, et mène une politique de vetos et d'obstruction", observe Botond Feledy, analyste géopolitique chez Red Snow Consulting.
"Tisza n'a aucune objection de principe à l'intégration et mènerait ses combats avec pragmatisme".
"EN CONFLIT AVEC LE SYSTÈME"
Peter Magyar s'est inspiré de la stratégie d'Orban pour cette élection, menant une campagne de terrain qui l'a conduit dans les bastions ruraux du Fidesz.
Ses rassemblements sont toujours marqués par une profusion de drapeaux nationaux, dans un appel au patriotisme qui fait écho au Premier ministre sortant.
Ses messages cohérents et clairs, ainsi que son usage habile des réseaux sociaux, ont contribué à son ascension rapide, estime Gabor Toka, chercheur senior aux Archives Vera et Donald Blinken de l'Open Society.
"Beaucoup de gens sont également rassurés par l’histoire d’une personne qui est irrévocablement entrée en conflit avec le système et qui n’a plus de retour en arrière possible", note-t-il, faisant référence à la rupture de Magyar avec Orban.
Né en 1981 dans une famille d’avocats, Peter Magyar a lui aussi étudié le droit. Il a épousé Varga en 2006 et, lorsque la carrière de celle-ci l’a conduite à Bruxelles, Magyar a rejoint le corps diplomatique hongrois et a travaillé sur la législation européenne. De retour en Hongrie, il a intégré une banque publique puis a dirigé une agence de prêts étudiants.
Magyar, qui se décrit comme croyant, aimant cuisiner et jouer au football, et Varga ont divorcé en 2023. Ils ont trois fils.
Interrogé en décembre sur la façon dont il avait changé depuis son entrée en politique, Magyar a fait allusion aux articles de presse le décrivant comme colérique, en déclarant : "Maintenant, je compte jusqu'à 10!"
(Reportage d'Anita Komuves, Mara Vilcu pour la version francaise, édité par Sophie Louet)

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