Guo Jiakun, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, à Pékin
par Eduardo Baptista
La Chine a exhorté les États-Unis à mettre un terme à leur renforcement militaire dans l'espace après que Washington a admis avoir déployé des armes en orbite, a dit mercredi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun.
Ce dernier a ajouté que Pékin s'opposait à la militarisation de l'espace et à sa transformation en potentielle zone de guerre.
Le secrétaire américain à l'Armée de l'air, Troy Meink, a déclaré lundi que les États-Unis disposaient "d'armes de contrôle spatial en orbite capables de défendre les forces interarmées contre les actions hostiles d'adversaires", sans préciser la nature de ces armes.
Cette déclaration constitue la reconnaissance la plus affirmée à ce jour, de la part d'un responsable du Pentagone, de la présence d'armes américaines en orbite.
"Nous exhortons les États-Unis à cesser de renforcer leur présence militaire dans l'espace et à préserver la stabilité stratégique mondiale par des actions concrètes", a déclaré Guo Jiakun lors de son point de presse régulier.
Pour le Global Times, journal chinois contrôlé par l'État, la révélation du Pentagone met en lumière une quête d'"hégémonie spatiale" de la part des Etats-Unis, susceptible d'alimenter une course mondiale aux armements spatiaux.
"Si les États-Unis continuent sur cette voie, d'autres pays pourraient être contraints de réagir", a dit un analyste militaire chinois, Song Zhongping, cité par le journal.
La Russie a réagi à ces informations en proposant d'élaborer un traité international juridiquement contraignant interdisant le déploiement d'armes offensives dans l'espace.
"PAS UNE NOUVEAUTÉ POUR NOUS", DIT MOSCOU
Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a déclaré que Washington n'avait pas informé la Russie, l'une des trois principales puissances spatiales mondiales, de ses nouvelles armes, ajoutant toutefois que celles-ci ne constituait pas une surprise pour Moscou.
"Ce n'est pas une nouveauté pour nous ; nous surveillons tout cela, nous l'enregistrons et nous en tirons les conclusions qui s'imposent", a-t-il déclaré lors d'un point presse à Moscou, rappelant que la Russie plaide de longue date en faveur d'un traité excluant le recours à la force dans l'espace ou la menace de recours à la force contre des objets spatiaux.
"Les Américains et d'autres Occidentaux, en particulier les Britanniques, invoquent depuis des années des prétextes alarmistes pour masquer leur refus d'avancer dans cette direction ; ils cherchent des arguments fallacieux pour éviter de le faire et tentent de renverser la situation en nous accusant d'activités qu'ils jugent déstabilisatrices", a ajouté Sergueï Riabkov.
"Mais nous estimons qu'il n'est pas encore trop tard pour créer un cadre qui empêcherait une course aux armements accompagnée d'une escalade des risques de conflit ouvert dans l'espace."
Dans une dépêche publiée en début de mois, Reuters a détaillé, en se fondant sur des documents et des données de suivi, un état des lieux d'opérations spatiales militaires développées aussi bien par la Chine que par les Etats-Unis.
(Eduardo Baptista, avec Dmitry Antonov à Moscou, version française Benoit Van Overstraeten et Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)

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