Les "installations américaines tournent actuellement à environ 135% de leur capacité habituelle", selon un représentant du secteur.
Le terminal de GNL de Sabine Pass, à Cameron, aux États-Unis. ( GETTY IMAGES NORTH AMERICA / BRANDON BELL )
Les ressources naturelles sont bien là. Mais les États-Unis n'ont pas les infrastructures nécessaires pour pouvoir exporter des volumes suffisants pour remplacer les volumes de gaz naturel liquéfié bloqués au Qatar par la guerre au Moyen-Orient, ont estimé jeudi 26 mars les patrons rassemblés à la plus grande conférence sur l'énergie au Texas.
Face aux attaques américaines et israéliennes, l'Iran bloque le détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement près de 20% du pétrole et gaz naturel liquéfié (GNL) vers les marchés mondiaux, principalement l'Asie mais aussi l'Europe. Le Qatar, deuxième exportateur mondial de GNL, a vu ses exportations stoppées après des frappes sur ses installations.
Tous les regards sont donc tournés vers les États-Unis, devenus ces dernières années le premier exportateur mondial.
"Nous avons les ressources naturelles, mais pas les infrastructures" pour absorber le choc, reconnaît auprès de l' AFP Charles Riedl, président du Center for Liquefied Natural Gas, qui représente plusieurs géants américains du secteur, parmi lesquels Cheniere Energy, Chevron et ConocoPhillips. "Nous ne pourrons pas combler le volume perdu" , insiste-t-il à la CERAWeek, le Davos de l'énergie, qui se tient jusqu'à vendredi à Houston.
Depuis 2016, les États-Unis ont certes accéléré leur production de GNL et leurs exportations ont été multipliées par 30 , selon l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA). Huit terminaux d'exportation de GNL sont actuellement en service. Huit autres sont en cours de construction et neuf projets supplémentaires ont été approuvés, selon les derniers chiffres de l'Autorité de régulation de l'énergie (FERC), mis à jour mardi.
"Acheminer autant que possible"
"Mais le secteur américain du GNL n'a pas encore atteint un stade de maturité qui nous permette de disposer d'un surplus d'approvisionnement", souligne Charles Riedl.
Il ajoute que les "installations américaines tournent actuellement à environ 135% de leur capacité habituelle."
Cette tension fait craindre à l'Europe -premier marché pour le GNL américain- de ne pas pouvoir constituer ses réserves de gaz pour l'hiver ou de devoir le faire à prix d'or, d'autant que la région a accru sa dépendance au États-Unis et au Qatar après avoir renoncé aux gazoducs russes. La Commission européenne a appelé les États membres à ne remplir leurs réserves qu'à 80% au lieu de 90%, afin d'atténuer la pression sur les prix.
"On commence à voir se mettre en place des mesures visant à réduire la consommation dans différentes régions d'Asie qui dépendent fortement du gaz", a aussi expliqué mardi devant une salle comble à la CERAWeek Jack Fusco, patron de Cheniere Energy, grand groupe exportateur américain de GNL.
Quelque 80% du pétrole et presque 90% du gaz transitant normalement par le détroit d'Ormuz sont destinés à l'Asie. "Nous allons essayer d'acheminer autant que possible vers les pays d'Asie qui en ont vraiment besoin (...), mais nous devons aussi garantir la sécurité et la fiabilité" des flux, a remarqué Jack Fusco.
Fenêtre d'opportunité
Un obstacle revient dans toutes les conversations à Houston : le processus américain d'octroi de permis pour construire ou étendre les infrastructures énergétiques. Malgré le retour au pouvoir de Donald Trump en janvier 2025, les lenteurs administratives et les blocages politiques continuent de freiner l'expansion du GNL américain, selon Dena Wiggins, présidente de la Natural Gas Supply Association.
"Il y a eu tellement de contentieux et tant d'efforts pour stopper les projets de la part de ceux qui s'y opposent que le système a complètement déraillé", dit-elle à l'AFP.
Les recours environnementaux n'ont pas disparu et visent les projets actuels de terminaux. Au Congrès, plusieurs propositions de loi visant à accélérer les permis n'ont, pour le moment, pas abouti.
Mais le contexte géopolitique actuel crée une "fenêtre d'opportunité" , selon Dena Wiggins. D'autant que "l'impulsion pour la réforme des permis vient des deux partis" républicain et démocrate, assure-t-elle.
Une opinion partagée par le ministre américain de l'Intérieur, Doug Burgum. "Si votre projet est bloqué par un permis (…) il existe aujourd'hui une opportunité sans précédent d'obtenir un soutien des deux partis ", a-t-il lancé mercredi à Houston. Mais aucune réforme, aussi consensuelle soit-elle, ne fera sortir des terminaux de terre en quelques mois.
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