Photo prise le 12 février 2026 montrant la vue depuis un bateau faisant la navette entre Nuuk, la capitale du Groenland, et Kapisillit ( AFP / Florent VERGNES )
"Non, merci", ont répondu dimanche Groenland et Danemark après la déclaration du président américain Donald Trump sur l'envoi d'un navire hôpital vers le territoire autonome danois qu'il convoite, annonce qui a laissé de marbre les Groenlandais dans les rues de Nuuk, la capitale.
"Ce sera non, merci, de notre part. L'idée du président Trump d'envoyer un navire-hôpital américain ici au Groenland a bien été notée. Mais nous avons un système de santé public où les soins sont gratuits pour les citoyens", a écrit sur Facebook le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen.
Samedi, Donald Trump a affirmé sur sa plateforme Truth Social "envoyer un grand navire hôpital au Groenland pour prendre soin des nombreuses personnes qui sont malades et qui ne sont pas soignées là-bas", sans donner de chiffre ni préciser qui pourrait en bénéficier.
A Nuuk, où vit un tiers des 57.000 Groenlandais, la population est lassée des multiples sorties du président américain.
"Je m'en fiche", a répondu sous une neige éparse et glaciale un homme questionné par l'AFP, tandis que la plupart fuient les questions des journalistes.
Au Groenland, l'accès universel et gratuit aux soins, parfois compliqué en raison des distances et du manque de personnel, est "un élément fondamental de notre société", a pour sa part insisté M. Nielsen.
"Ce n'est pas le cas aux États-Unis, où aller chez le médecin coûte de l'argent", a-t-il écrit.
"Nous sommes toujours ouverts au dialogue et à la coopération. Avec les États-Unis aussi. Mais parlez avec nous, au lieu de simplement lancer des déclarations plus ou moins aléatoires sur les réseaux sociaux", a-t-il conclu.
- Pas informé -
Plus tôt dimanche, Copenhague, via le ministre de la Défense Troels Lund Poulsen, avait affirmé que le Groenland n'avait pas "besoin d'une initiative sanitaire spéciale".
La ministre groenlandaise de la Santé, Anna Wangenheim, a elle indiqué ne pas avoir été contactée sur l'éventuelle arrivée d'un navire-hôpital américain.
L'USNS Mercy, dont une image générée par intelligence artificielle accompagnait le message de M. Trump, est actuellement localisé à Mobile dans l'Alabama, selon les données du site Vesselfinder.
Depuis le début des années 1990, le Groenland gère lui-même son système de santé mais travaille beaucoup avec du personnel danois.
"Notre système de santé est profondément mis à mal", a reconnu sur Facebook Aaja Chemnitz, qui représente le Groenland au Parlement danois.
Selon elle, ses défis peuvent se résoudre "au mieux en coopération avec le Danemark, qui est l'un des pays les plus riches et les mieux éduqués, par exemple dans le domaine de la santé. Pas avec les États-Unis, qui ont leurs propres problèmes de système de santé".
A travers l'immense île arctique, il existe cinq hôpitaux régionaux, celui de Nuuk accueillant des patients provenant de tout le territoire. Les malades de cancer doivent eux être majoritairement soignés au Danemark.
- "Efficacité" -
Le gouvernement local groenlandais a signé début février un accord avec Copenhague pour améliorer le traitement de patients groenlandais dans des hôpitaux danois.
Cela répond aux inquiétudes liés au vieillissement de la population. La banque nationale du Danemark a noté début janvier que la solidité des finances publiques groenlandaise était mise à l'épreuve par l'évolution démographique, qui implique une pression accrue sur les dépenses de santé et celles liées aux personnes âgées.
Samedi, un membre d'équipage d'un sous-marin américain a été évacué au large de Nuuk.
"Le Président est le bienvenu pour constater avec quelle efficacité un citoyen américain a récemment reçu une assistance lors d'une évacuation médicale d'urgence menée par le commandement arctique en étroite coopération avec le système de santé groenlandais", a noté Mme Wangenheim.
Photo prise le 12 février 2026 d'une maison récemment construite sur les hauteurs du hameau Kapisillit, au Groenland ( AFP / Florent VERGNES )
Après avoir longtemps refusé d'exclure l'usage de la force pour prendre le contrôle du territoire autonome danois, Donald Trump a annoncé fin janvier un "cadre d'accord" négocié avec le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, dont les détails ne sont pas connus.
Copenhague a cependant rappelé que seuls le Danemark et le Groenland pouvaient prendre les décisions qui les concernent.
Parallèlement, un groupe de travail rassemblant des hauts-fonctionnaires danois, groenlandais et américains travaillent ensemble sur la question groenlandaise, sans que leur feuille de route n'ait été rendue publique, et l'Otan a lancé une mission, baptisée Arctic Sentry, pour renforcer sa présence en Arctique.
Mi-février, la première ministre danoise Mette Frederiksen a estimé que le "désir" du président américain pour le Groenland restait le même.

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