(Actualisé avec déclarations)
La Russie n'aura pas son mot à dire sur le choix de la personnalité qui représenterait l'Union européenne lors d'éventuelles négociations visant à mettre fin à la guerre en Ukraine, ont déclaré jeudi les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept réunis à Chypre.
Ces derniers se réunissent de manière informelle pour discuter de leur stratégie alors que Kyiv plaide en faveur d'une plus grande implication européenne afin de tenter de mettre fin à cette guerre qui dure depuis plus de quatre ans, les États-Unis étant focalisés sur leur conflit avec l'Iran.
Au début du mois, le président Vladimir Poutine a suggéré que l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, qui a décrit le dirigeant russe comme un ami personnel, pourrait représenter l'Europe lors d'éventuelles négociations.
Les pays européens ont rejeté cette proposition et la cheffe de la politique étrangère de l'UE, Kaja Kallas, a réaffirmé cette position jeudi.
"Je pense que c'est un piège dans lequel la Russie veut nous faire tomber, en nous faisant discuter de qui doit lui parler alors qu'elle a déjà fait son choix", a-t-elle déclaré.
"Ne tombons pas dans ce piège. La négociation est toujours un travail d'équipe", a souligné Kaja Kallas en rappelant que "le fond est bien plus important que la forme".
"C'est le moment de discuter avec les ministres des Affaires étrangères des intérêts fondamentaux (de l'UE), des demandes essentielles que nous avons à l'égard de la Russie, car quant on s'assoit à la table de négociations, il faut savoir ce qu'on veut y faire", a-t-elle conclu.
Si l'UE a cherché à isoler la Russie en réponse à l'invasion de l'Ukraine lancée en février 2022, en imposant de multiples trains de sanctions et en s'abstenant tant que possible de tout contact politique et diplomatique avec Moscou, elle a été mise à l'écart des négociations de paix chapeautées par l'administration du président américain Donald Trump.
A défaut d'avancées dans ces négociations et à mesure que se prolonge la guerre, certains responsables européens appellent l'UE à se tenir prête à engager, le moment venu, des discussions avec la Russie.
Moscou n'apparaît pas fermé à cette hypothèse: le président russe Vladimir Poutine est ouvert à des négociations avec l'Europe, a dit mercredi le Kremlin, cité par l'agence de presse officielle RIA.
PAS D'UNANIMITÉ
Le sujet ne fait cependant pas l'unanimité au sein des Vingt-Sept et les pays européens qui seraient éventuellement disposés à entamer des négociations n'entendent pas le faire à n'importe quelles conditions.
"C'est l'Europe qui décidera du nom du négociateur, pas M. Poutine", a martelé le chef de la diplomatie italienne, Antonio Tajani, à son arrivée à Chypre.
Son homologue lituanien, Kestutis Budrys, a pour sa part jugé une telle démarche prématurée.
"Ce n'est pas le moment de discuter de qui mènera les négociations", a-t-il dit. "Mais nous devons discuter des mesures à prendre pour exercer une pression supplémentaire sur la Russie et fournir davantage de moyens à l'Ukraine, afin qu'elle puisse résister aux attaques et remporter la victoire."
Des diplomates ont déclaré à Reuters avant la réunion de jeudi qu'aucune décision n'était attendue à ce sujet et qu'il n'y avait pas de consensus sur les conditions préalables ou les exigences de l'Europe à l'égard de Moscou.
De nombreux ministres ont souligné la nécessité pour l'UE de trouver une position commune sur la manière d'aborder d'éventuelles négociations.
"Ce qui importe, plus que de parler (du nom) de l'émissaire(...) c'est qu'il nous faut parler d'une seule voix", a pointé le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares.
Certains ministres ont insisté sur le fait que l'Europe devrait avoir son mot à dire, l'issue de la guerre en Ukraine conditionnant également sa propre sécurité.
"L'Europe doit être présente à la table de négociations, pas seulement 27 États membres (...) Je suis convaincue qu'ensemble, nous pourrons non seulement nous mettre d'accord sur un mandat, mais peut-être aussi sur certaines personnes susceptibles d'assumer ce rôle", a déclaré la ministre finlandaise des Affaires étrangères, Elina Valtonen.
Son homologue belge, Maxime Prévot, s'est également dit favorable à ce que soit désignée "une personne qui incarnera le message européen".
Interrogée à ce sujet, Kaja Kallas a laissé entendre qu'elle assumerait cette fonction, dans sa fonction de haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, si les Vingt-Sept lui en font la demande. "Mais pour cela, nous devons être unis", a-t-elle insisté.
(Rédigé par Lili Bayer à Bruxelles, avec la contribution de Bart Meijer, Emma Pinedo Gonzalez, Alvise Armellini, Friederike Heine and Essi Lehto ; version française Jean Terzian et Tangi Salaün, édité par Benoit Van Overstraeten)

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