La ministre de la Transition écologique Monique Barbut à l'Assemblée nationale, le 26 mai 2026 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut, qui pourrait claquer la porte du gouvernement si le projet de loi d'urgence agricole est adopté ce mardi soir, est une femme de dossiers restée dans l'ombre pendant neuf mois chahutés au ministère.
Dotée d'un solide parcours dans le service public et à l'international ainsi que dans la défense de l'environnement, Mme Barbut, 69 ans, a mené ses combats en coulisses plutôt que sur la place publique.
Son cheval de bataille ces derniers jours a porté sur la réintroduction partielle par ce projet de loi de certains pesticides interdits. C'est "encore le principal sujet qui crispe", disait-elle samedi. Un arbitrage gouvernemental rendu lundi a conservé la substance dans le texte, adopté lundi soir par l'Assemblée.
Reçue mardi midi à Matignon, elle est sortie sans un mot, après 50 minutes dans le bureau du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Franc-parler
Cela n'est pas le premier dossier sur lequel la ministre nommée en octobre et reconnaissable à ses cheveux courts et à son phrasé lent et soigneusement choisi, a fait entendre sa voix.
Elle s'est notamment opposée en janvier à la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou sur la réintroduction des hydrocarbures dans certains territoires ultramarins. Elle avait mis sa démission en jeu, avant de gagner l'arbitrage gouvernemental.
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut à la sortie de l'Elysée, le 24 juin 2026 à Paris ( AFP / MEHDI FEDOUACH )
Sur les budgets alloués à son ministère, Mme Barbut, connue pour son franc-parler, avait également menacé de partir. "Moi, ce que je veux, ce sont de vrais budgets pour l'adaptation et le Fonds vert", avait-elle répété. Sans éviter de nouvelles coupes - le Fonds vert a été réduit à 837 millions pour 2026 - elle a obtenu le maintien d'un niveau de financement qu'elle jugeait nécessaire.
"Ce n'est pas la première fois qu'elle menace de démissionner (...) faire de la politique ça ne s'improvise pas", a ironisé mardi devant quelques journalistes une source au gouvernement.
Diplômée de l’Institut des Hautes Études Internationales de l’Université Panthéon-Assas, Monique Barbut a été présidente de l'ONG environnementale WWF France entre 2021 et 2023, après avoir occupé le poste de secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies (ONU) sur la lutte contre la désertification, entre 2013 et 2019.
Avant cela, de 2006 à 2012, elle a été présidente et directrice générale du Fonds pour l'environnement mondial, puis en 2019, émissaire d'Emmanuel Macron pour la biodiversité dans le cadre du One Planet Summit. Monique Barbut est mariée et mère de trois enfants.
Isolée
Mais propulsée sur le devant de la scène politique, elle s'est retrouvée isolée, sans relais au Parlement ni même au sein du gouvernement.
D'autant que ses prises de parole publiques rares ont été ponctuées de maladresses.
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut à l'Assemblée nationale, le 17 juin 2026 à Paris ( AFP / Guillaume BAPTISTE )
Fin juin, elle présente un des scénarios de Météo-France sur la prochaine canicule comme un fait. C'est un "scénario" parmi d'autres, corrige la porte-parole du gouvernement, Maud Brégeon, invitant à être "extrêmement prudent lorsqu'on parle de prévisions météorologiques". Deux jours plus tard, ses propos sur la climatisation provoquent une nouvelle polémique.
Sur le budget, son ministre délégué, Mathieu Lefèvre, avec lequel les relations sont décrites comme "délicates", se désolidarise de sa ministre en défendant publiquement "le sérieux budgétaire". Idem sur la gestion des forêts, où M. Lefèvre, très présent dans les médias et sur les réseaux sociaux, défend sur X un "moratoire sur les normes imposées à la filière bois", contre l'avis de sa ministre.
Son action a "souvent malheureusement été contrée par l'exécutif" mais elle a aussi "beaucoup aidé" à faire avancer discrètement d'autres dossiers, comme celui de la protection des espèces, explique à l'AFP Cédric Marteau, directeur du pôle Protection de la Nature au sein de la Ligue pour la protection des oiseaux.
Sur le renforcement de la protection du lagopède alpin et du grand tétras, "elle a tenu bon". "Ca a été une ministre très courageuse qui a donné beaucoup d'énergie", dit le responsable associatif.
Mais selon un bon connaisseur des dossiers environnementaux, Monique Barbut a payé "son manque d'incarnation".
"L'absence remarquée de la ministre de l'Ecologie sur les bancs de l'Assemblée nationale questionne sur l'utilité d'une ministre qui joue au roi du silence depuis sa nomination", a encore critiqué mardi l'association Agir pour l'Environnement.

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