(Actualisé avec réaction de Flavio Bolsonaro)
par Ricardo Brito, Luciana Magalhaes et Pedro Fonseca
Le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva a remporté dimanche un nouveau mandat à la tête du Brésil, a annoncé le tribunal électoral national, un résultat surprenant alors que les sondages donnaient son adversaire, le sénateur de droite Flavio Bolsonaro, en tête.
Lula, figure de la gauche qui a déjà occupé par trois fois les fonctions de président, s'est imposé face au fils de l'ancien président d'extrême-droite Jair Bolsonaro lors du deuxième tour du scrutin.
Flavio Bolsonaro, qui était arrivé en tête au premier tour, a déclaré qu'il demanderait l'annulation du résultat en raison d'une décision rendue dimanche par la Cour suprême du Brésil de prolonger de deux heures la durée du vote.
L'ampleur de la défaite de Flavio Bolsonaro face à Lula et le fait que sa campagne ait également demandé de prolonger la durée du vote en raison des pluies dans le sud du pays rendent toute annulation peu probable, ont estimé les analystes.
UN PARCOURS INATTENDU VERS LA VICTOIRE
Les sondeurs estiment que le taux de participation, plus élevé qu'attendu, a joué en faveur de Lula.
"Les gens devaient choisir aujourd'hui entre le changement, avec une certaine appréhension, et rester en terrain connu, ce qui garantit certains droits", a dit Leonardo Barreto, du cabinet de conseil Think Policy, pour qui les électeurs ont préféré Lula, qui leur est familier, à Flavio Bolsonaro, qui représentait la nouveauté.
Durant la campagne, Lula s'est notamment appuyé sur son bilan, alors que le chômage, l'illettrisme et la déforestation ont atteint des plus bas inédit durant son troisième mandat.
Il avait prévenu que son adversaire réduirait les allocations, reviendrait sur les avancées sociales et offrirait la souveraineté du Brésil au président américain Donald Trump.
Durant la campagne, Lula a accusé l'administration Trump d'ingérence électorale et dénoncé des actes d'intimidation de la part de Washington.
Samedi, Reuters a révélé l'existence d'une campagne menée par le département d'Etat américain pour aider les Bolsonaro à revenir au pouvoir.
LE ROI DU "COME-BACK"
Cette victoire marque un nouveau "come-back" pour Lula, 80 ans.
"C'est un homme d'Etat. Un géant", a déclaré à Reuters l'élue de gauche Erika Hilton, qui était aux côtés de Lula lors du dépouillement.
Lula devient le premier candidat depuis le retour du Brésil à la démocratie dans les années 1980 à remporter une élection présidentielle après être arrivé en deuxième position au premier tour.
Le président sortant avait fait campagne en s'appuyant sur le savant mélange de pragmatisme et de populisme qui a marqué sa carrière politique pendant un demi-siècle, promettant de mettre en oeuvre une série de réformes visant à améliorer les conditions de vie des travailleurs et des Brésiliens défavorisés.
En fin de campagne, il a pris divers engagements comme la gratuité des transports publics le week-end à l'échelle nationale – mesure qui doit encore être officiellement soumise au Parlement – ou une augmentation de 15% de son programme phare d'aide sociale - dont la mise en oeuvre est déjà en cours.
Lula a également défendu un amendement constitutionnel qui a donné lieu à la plus grande réforme du droit du travail que le Brésil ait connue depuis des décennies, et qui a été adopté avec un large soutien au sein du Congrès.
Figure de proue du Parti des travailleurs (PT), Lula s'est retrouvé en 2016 au coeur d'une enquête tentaculaire pour des soupçons de corruption. Il avait alors passé 580 jours en prison avant que sa condamnation ne soit annulée pour des vices de procédure.
Cette peine l'a toutefois empêché de se présenter à l'élection présidentielle de 2018 remportée par Jair Bolsonaro.
UN MANDAT QUI S'AVÈRE DIFFICILE
Le quatrième mandat de Lula pourrait toutefois être le plus difficile, alors que le Brésil a élu le Congrès le plus conservateur depuis le retour à la démocratie.
Le parti de Flavio Bolsonaro, le Parti libéral (PL), et ses alliés pourraient contrôler plus de 280 sièges de la chambre basse du Parlement, et jusqu'à 50 sièges au Sénat, assez pour bénéficier de majorités confortables dans les deux chambres.
"Il risque d'avoir des difficultés dès le début de son mandat", a déclaré Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas de São Paulo.
VENTS CONTRAIRES ÉCONOMIQUES
Lula sera également confronté à une économie qui, selon les prévisions de son gouvernement, devrait croître de seulement 2,3% l'année prochaine, ce qui alimente les inquiétudes liées aux taux d'intérêt élevés et à la dette publique, qui a dépassé les 82% du produit intérieur brut, un plus haut depuis la pandémie de COVID-19.
Les détracteurs du président imputent cette situation aux dépenses, alors que ce sont les intérêts qui ont principalement contribué à l'augmentation de la dette publique.
Goldman Sachs a déclaré s'attendre à ce que Lula ne parvienne, tout au plus, qu'à des progrès modestes pour maîtriser les dépenses au cours d'un quatrième mandat, car il reste attaché à un modèle de croissance piloté par l'Etat.
La hausse fulgurante de l'endettement des ménages inquiète également les économistes. Pour tenter de remédier à ce problème, Lula a mis en place une interdiction provisoire des paris en ligne et a dévoilé un nouveau programme d'allègement de la dette pendant la campagne.
(Oliver Griffin, Luciana Magalhaes et Lisandra Paraguassu à Sao Paulo, Ricardo Brito, Bernardo Caram and Brendan O'Boyle à Brasilia, Marta Nogueira à Rio de Janeiro, Trevor Hunnicutt à Washington, rédigé par Brendan O'Boyle et Oliver Griffin; version française Camille Raynaud)

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