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Les milliards de "créances douteuses" hérités de la crise de 2009, un fléau pour la Grèce
information fournie par Reuters 01/07/2026 à 14:05

par Lefteris Papadimas

Lorsque la crise de la dette a éclaté en Grèce en 2009, George, propriétaire d’une bijouterie dans la banlieue d’Athènes, ployait sous un nouveau prêt de 100.000 euros alors même que le chiffre d’affaires de son entreprise s’effondrait.

Le prêt a été transféré de banque en banque avant d'aboutir dans une société de gestion de créances qui a rejeté sa demande de remboursements échelonnés adaptés à son budget contraint.

Le litige a été porté devant les tribunaux mais le dossier reste à ce jour pendant, comme des centaines de milliers d'autres dans un système judiciaire saturé.

"J'ai une corde autour du cou depuis 16 ans. Je suis pris au piège. Je ne peux pas contracter un nouveau prêt pour rembourser l’ancien, pour investir dans mon entreprise, ni même obtenir une carte de crédit", témoigne George, dont la dette a doublé en raison des intérêts impayés.

Le redressement économique de la Grèce a été notable ces dernières années, et sa croissance dépasse désormais la moyenne de l’Union européenne.

Mais une montagne de créances dites "douteuses" (prêts non performants) comme celle de George leste l'économie nationale : les acquéreurs immobiliers ou les entreprises ne peuvent pas emprunter tant que ces anciens prêts ne sont pas épongés.

Leur effacement pourrait prendre des années, ont déclaré à Reuters huit emprunteurs ainsi que six responsables gouvernementaux et experts.

Au total, 1,5 million de Grecs, soit près d’un quart de la population adulte, sont toujours exclus du système bancaire. Près de la moitié sont des patrons de petites entreprises, selon les données du gouvernement et de sociétés de services spécialisées dans la gestion et la comptabilité des entreprises.

On estime à quelque 75 milliards d'euros, doit presque un tiers du PIB national, les sommes bloquées en raison des litiges hérités de la crise.

"Une économie ne peut pas prospérer si une telle fraction de la société n'a pas accès aux instruments de financement et d'investissement, à des prêts ou à des cartes de crédit", souligne Nana Papadogeorgaki, avocate représentant des dizaines de propriétaires de PME.

315 JOURS EN MOYENNE POUR CLORE UN DOSSIER

Le ministère de la Justice a précisé à Reuters qu’une récente réforme du code civil et le recrutement de 1.000 juges supplémentaires avaient considérablement réduit les délais de traitement des dossiers en souffrance.

Il faut désormais 315 jours en moyenne pour clore un dossier, contre 1.200 jours il y a deux ans. La question des prêts non-performants devrait être réglée d’ici 2028, a ajouté le ministère.

Toutefois, responsables et experts estiment qu’il faudra au moins cinq ans avant que les sociétés de services ne résolvent tous les cas particuliers.

En 2015, sous la pression des créanciers internationaux, la Grèce a mis en place un cadre juridique permettant aux banques de transférer plus de 90% de leurs créances douteuses, soit 110 milliards d’euros, à des sociétés spécialisées dans leur gestion.

Ce système n’a commencé à fonctionner que cinq ans plus tard, en partie à cause de retards administratifs. Les sociétés pratiquant les restructurations de prêts et les liquidations immobilières sont devenues la cible de la colère populaire dans un contexte d’austérité.

La grande majorité des emprunteurs avaient utilisé des biens immobiliers comme garantie, principalement des résidences principales protégées par la loi. Face au risque de perdre leur logement, beaucoup ont saisi la justice.

Le Fonds monétaire international (FMI) et l’UE, qui ont renfloué la Grèce pendant la crise, ont critiqué à plusieurs reprises le pays pour ces retards.

Selon les gestionnaires de créances, c'est le système qui est en cause.

"Lorsque l’activité des gestionnaires de créances dépend fortement des procédures judiciaires et de décisions souvent incohérentes et contradictoires, le résultat en pâtit considérablement", a déclaré à Reuters l’Association hellénique des gestionnaires de créances, qui regroupe des sociétés telles que Do Value et Intrum.

(Version française Rihab Latrache, édité par Sophie Louet)

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