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Les Danois élisent leur Parlement, Frederiksen pourrait profiter de sa fermeté sur le Groenland
information fournie par Reuters 24/03/2026 à 16:48

par Stine Jacobsen et Tim Barsoe

Les Danois votaient mardi dans le cadre d'élections législatives anticipées qui pourraient offrir un troisième mandat à la Première ministre Mette Frederiksen grâce à sa position ferme face à Donald Trump au sujet du Groenland, bien que les inquiétudes liées au coût de la vie aient entaché sa crédibilité à gauche.

Selon les sondages d'opinion, les sociaux-démocrates de Mette Frederiksen risquent d'enregistrer leur plus mauvais résultat depuis plus d'un siècle, de nombreux électeurs lui reprochant de ne pas faire assez pour protéger le modèle social du pays, tandis que d'autres évoquent une lassitude croissante après quelque sept ans de mandat de la Première ministre.

La droite étant divisée, Mette Frederiksen est toutefois considérée comme la favorite pour rester au pouvoir à la tête d'une coalition remaniée.

Mette Frederiksen, 48 ans, a convoqué les élections plusieurs mois avant la date butoir d'octobre, ce que les analystes ont interprété comme une tentative de profiter d'un regain de popularité, en janvier, lié aux déclarations de Donald Trump en faveur d'une annexion du Groenland, territoire danois semi-autonome, notamment lorsque le président américain n'a pas exclu de recourir à la force militaire.

La question de l'île arctique a toutefois pris une tournure diplomatique moins houleuse depuis et les débats sur le coût de la vie, sur la proposition de la Première ministre d'instaurer un impôt sur la fortune ou encore sa politique d'immigration, ont fini par l'éclipser.

Les bureaux de vote ferment à 19h00 GMT et des sondages réalisés à la sortie des urnes sont attendus peu après.

Au total, 12 partis sont en lice pour obtenir des sièges au Folketing, le Parlement danois, qui en compte 179. Quatre sièges attribués à des candidats du Groenland et des îles Féroé pourraient s'avérer décisifs.

"FAIRE FRONT COMMUN"

Le Premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen, qui a pris ses fonctions l'année dernière après avoir remporté les élections au Parlement régional de l'île, a jugé crucial de renforcer la coopération entre Copenhague et Nuuk.

"Il s'agit peut-être des élections législatives les plus importantes que nous ayons connues (...). Nous devons garantir une plus grande égalité au sein de notre union et faire front commun contre les forces extérieures, y compris les États-Unis qui ont malheureusement montré une volonté ou un désir de nous posséder et de nous contrôler", a-t-il déclaré à Reuters en glissant son bulletin dans l'urne.

Mette Frederiksen a fait campagne en mettant en avant sa solide expérience en tant que dirigeante, faisant valoir que celle-ci aiderait le pays, qui compte 6 millions d'habitants, à gérer une relation complexe avec Washington et à apporter une réponse européenne à la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine.

"Je sais que je m'exprime parfois de manière un peu directe", a-t-elle récemment déclaré lors d'un meeting. "Mais compte tenu de l'époque dans laquelle nous vivons, il est peut-être très bien que certaines choses ne puissent pas être mal comprises : que la Russie ne doit pas être autorisée à gagner ou que le Groenland n'est pas à vendre."

RASMUSSEN VEUT DISCUTER D'UNE NOUVELLE COALITION

Mette Frederiksen, qui dirige le Danemark depuis 2019, a été la première Première ministre à surmonter le clivage gauche-droite au Danemark depuis plus de 40 ans, mais sa grande coalition est en passe de perdre sa majorité parlementaire.

Lars Lokke Rasmussen, chef du parti centriste des Modérés et actuel ministre des Affaires étrangères, qui est en position de jouer le rôle de faiseur de roi après les élections, a déclaré qu'il espérait toujours un gouvernement bipartisan, même si la coalition actuelle risque de perdre le pouvoir.

"Il s'agit essentiellement pour le Danemark de se préparer à un monde qui est nettement plus incertain que celui auquel nous étions habitués par le passé", a-t-il aux journalistes alors qu'il votait dans la ville de Graested, au nord de Copenhague.

Lars Lokke Rasmussen, qui a lui-même été Premier ministre à deux reprises, a réaffirmé qu'il ne briguait pas un troisième mandat à la tête du gouvernement, mais qu'il souhaitait mener des discussions en vue de former une coalition.

Le parti Social-démocratie de Mette Frederiksen, dont les réformes strictes en matière d'asile ont éloigné certains de ses soutiens traditionnels de gauche, a regagné du terrain dans les sondages depuis la crise du Groenland, passant d'un point bas de 17% en décembre à environ 21% par la suite.

Mais le bloc de centre-gauche devrait tout de même rester en deçà des 90 sièges nécessaires pour obtenir la majorité au Parlement. Selon les projections, il obtiendrait 85 sièges environ.

Avec des alliés de gauche qui devraient tenir bon et un bloc de droite divisé, Mette Frederiksen reste cependant la favorite pour former le prochain gouvernement, alors que les partis se repositionnent selon des lignes politiques plus traditionnelles.

(Reportage Stine Jacobsen, Louise Rasmussen, Soren Jeppesen, Ilze Filks, Tom Little et Leonhard Foeger à Copenhague, Tim Barsoe à Nuuk et Oliver Barth à Graested ; rédigé par Justyna Pawlak, version française Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)

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