Aller au contenu principal
Fermer

Les combattantes kurdes des YPJ cherchent à s'imposer dans la nouvelle administration syrienne
information fournie par Reuters 02/09/2026 à 16:54
Ajouter Boursorama à vos sources

par Orhan Qereman

Les combattantes kurdes, symboles de la lutte contre l’organisation État islamique, sont confrontées à un avenir grandement incertain après l'accord d'intégration des composantes de la coalition kurde dans l'Etat syrien et s'efforcent de négocier avec Damas le maintien de leur rôle.

Les Unités de protection de la femme, connues sous le nom de YPJ, ont combattu aux côtés des Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les États-Unis, pendant la guerre civile syrienne et ont contribué à chasser l'EI de vastes portions du nord et de l’est du pays.

Forces emblématiques du conflit, les YPJ, composées exclusivement de femmes, cherchent désormais à s'imposer dans la nouvelle administration du président Ahmed al-Charaa, alors qu'un accord de cessez-le-feu a conduit à l'intégration des groupes armés kurdes autrefois autonomes au sein des institutions nationales.

Cet accord est intervenu en janvier peu après une offensive éclair des forces gouvernementales pour reprendre des zones contrôlées par les FDS dans le Nord et l'Est syriens, notamment à Alep.

La semaine dernière, les FDS ont été officiellement dissoutes, une étape majeure en vue de leur intégration au sein du pouvoir central à Damas. Leur commandant, Mazloum Abdi, a été nommé conseiller à la présidence, tandis que d’autres membres des FDS ont rejoint le ministère syrien de la Défense.

Mais aucune femme n'est présente au sein du nouveau ministère syrien de la Défense, et la commandante des YPJ, Nowruz Ahmed, a déclaré qu’on lui avait fait savoir, lors de réunions avec Ahmed al-Charaa la semaine dernière, que ses combattantes n’avaient pas leur place dans l’armée.

"Notre objectif était de rejoindre l’armée, car nos forces disposent d’une expérience et d’un savoir-faire qui leur permettraient de se protéger de manière organisée, sous la forme d’une brigade ou d’un bataillon indépendant", a-t-elle déclaré à Reuters depuis une base militaire à Qamichli, dans le nord-est de la Syrie.

"Notre condition principale était que cette force soit organisée, qu’elle ne soit déployée nulle part et qu’elle ne soit pas divisée en petits groupes. Ils ont rejeté cette proposition."

UN RÔLE INCERTAIN POUR LES YPJ

Les YPJ sont actuellement en pourparlers avec le ministère syrien de l’Intérieur afin de trouver une autre solution pour maintenir une force de combat organisée, a indiqué Nowruz Ahmed.

Ces discussions interviennent alors que le nouveau gouvernement procède à la refonte des institutions de sécurité syriennes après la fin d’une guerre civile qui a duré plus d’une décennie.

Le ministère de l'Intérieur compte déjà du personnel féminin au sein d'une police touristique. Au début de l'année, les autorités centrales syriennes ont proposé que les combattantes des YPJ rejoignent cette unité, selon des sources informées des délibérations.

Cette proposition a toutefois été rejetée par les YPJ, ont indiqué ces sources. Une porte-parole des YPJ a nié qu’une telle offre leur ait été faite.

Nowruz Ahmed a déclaré à Reuters que les YPJ avaient proposé de rejoindre les forces spéciales du ministère de l’Intérieur, qui correspondent davantage aux capacités de ses unités et pourraient contribuer à accroître la représentation des femmes au sein de contingents majoritairement masculins.

"Lors de nos discussions avec le ministère de l’Intérieur, nous leur avons indiqué que nos forces comptaient plus de 1.500 combattantes et nous avons demandé si toutes ces forces seraient fusionnées ou non", a-t-elle déclaré.

Une réponse est attendue "dans les prochains jours", a fait savoir Nowruz Ahmed.

Les ministères syriens de la Défense et de l’Intérieur n’ont pas répondu aux questions de Reuters dans l'immédiat.

Dans une déclaration faite vendredi au média kurde Rudaw, le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Noureddine al-Baba, a assuré que les combattantes des YPJ seraient les bienvenues dans les rangs du ministère, sans toutefois donner de détails sur leur rôle potentiel.

Noureddine al-Baba a précisé que les unités seraient déployées dans toute la Syrie et ne se limiteraient pas à une seule zone géographique.

LA MÉFIANCE À L'ÉGARD DE DAMAS PERSISTE

Ces pourparlers sur l'avenir des YPJ s’inscrivent dans un contexte de défiance persistante des Kurdes à l’égard des dirigeants syriens, issus de rangs islamistes.

De nombreux Kurdes se méfient en effet des nouvelles autorités syriennes, invoquant les violences de masse perpétrées par les forces gouvernementales syriennes contre les minorités en 2025.

La question du sort des YPJ revêt par ailleurs une importance plus large pour de nombreuses femmes kurdes, qui considèrent cette force comme un symbole des acquis politiques et sociaux durement obtenus pendant le conflit.

"Ils considèrent toujours les femmes comme faibles. Nous, en tant que femmes, ne tirons pas notre force des hommes, ni de l’État actuel", déclare Goksu Ciyager, une combattante des YPJ âgée de 20 ans.

"Bien sûr, nous voulons bénéficier d’un statut particulier et nous insistons sur ce point."

Penaber Baran, une commandante d’unité des YPJ âgée de 31 ans, estime que la Constitution syrienne devrait garantir explicitement un rôle à cette force.

"Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avons jamais attendu que quelqu’un nous défende", plaide-t-elle. "En tant que femmes, nous nous sommes défendues nous-mêmes."

(Reportage Orhan Qereman ; avec Khalil Ashawi ; rédigé par Maya Gebeily ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Pages les plus populaires