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Les chrétiens de Cisjordanie cèdent à la tentation de l'exil
information fournie par AFP 09/08/2026 à 09:57
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Le père Bachar Fawadleh, curé de l'Eglise latine, officie dans son village de Taybeh, en Cisjordanie occupée, le 22 juin 2026  ( AFP / Zain JAAFAR )

Le père Bachar Fawadleh, curé de l'Eglise latine, officie dans son village de Taybeh, en Cisjordanie occupée, le 22 juin 2026 ( AFP / Zain JAAFAR )

Les Palestiniens chrétiens sont fiers de vivre en Terre sainte depuis 2.000 ans, mais "si les conditions actuelles perdurent, il n'en restera plus un seul d'ici 2050", alerte Mitri Raheb, pasteur à Bethléem, ville natale de Jésus-Christ selon la tradition.

Confrontées à des difficultés économiques et une insécurité croissante comme le reste de la population palestinienne, plus de 200 familles chrétiennes ont quitté la Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre à Gaza en 2023, selon le révérend, fondateur de l'université Dar al-Kalima.

Jeune entrepreneur, Issa Qassis fait partie de ceux qui envisagent de sauter le pas.

A 31 ans, il se dit prêt à quitter sa famille et la start-up de communication et marketing qu'il a lancée à Ramallah pour faire cap sur les Etats-Unis.

Le village chrétien de Taybeh, en Cisjordanie occupée, le 22 juin 2026 ( AFP / Zain JAAFAR )

Le village chrétien de Taybeh, en Cisjordanie occupée, le 22 juin 2026 ( AFP / Zain JAAFAR )

"J'ai commencé à y réfléchir sérieusement il y a environ un an", confie à l'AFP celui dont le prénom signifie Jésus en arabe, se disant "frustré et sans espoir" face à la situation dans le territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.

Les conséquences de la guerre à Gaza, à savoir la multiplication des violences de colons israéliens et des opérations militaires israéliennes, une baisse de revenus et "la difficulté de se déplacer, en devant attendre trois à quatre heures aux barrages" israéliens, l'ont convaincu qu'il fallait trouver "un autre refuge".

"Souffrance quotidienne"

Les chrétiens de Cisjordanie sont estimés à environ 40.000 ou 45.000, soit un peu plus d'1% de la population. En 1967, ce chiffre était de 6%.

"Autrefois, les parents faisaient pression sur leurs enfants pour qu'ils restent. Aujourd'hui, ils les encouragent à émigrer et c'est douloureux", témoigne M. Qassis.

La violence qui gangrène le territoire touche toutes les communautés. Ainsi à Taybeh, dernier village entièrement chrétien, situé à l'est de Ramallah, les attaques de colons se sont multipliées ces dernières années, visant les terres, les biens voire les lieux saints.

Hors Jérusalem-Est, quelque 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, considérées comme illégales au regard du droit international, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens.

Une soeur catholique sort d'une église après la messe, dans le village chrétien de Taybeh, en Cisjordanie occupée, le 22 juin 2026 ( AFP / Zain JAAFAR )

Une soeur catholique sort d'une église après la messe, dans le village chrétien de Taybeh, en Cisjordanie occupée, le 22 juin 2026 ( AFP / Zain JAAFAR )

Taybeh, qui comptait 3.000 âmes dans les années 1980, n'en compte plus que 1.200. Et 15 familles sont parties depuis 2023, selon les Eglises locales.

"Les attaques répétées des colons" causent "une souffrance quotidienne", et l'absence de sécurité, combinée à des difficultés économiques, pousse les habitants "à penser à leur futur et à celui de leurs enfants", explique le père Bachar Fawadleh, curé de l'Eglise latine.

Bien que le village ne se trouve qu'à 12 km de Ramallah, il a fallu près d'une heure aux journalistes de l'AFP pour s'y rendre en raison des barrages militaires.

"Alarmer le monde chrétien"

Des catholiques prient pendant une messe dans le village de Taybeh, en Cisjordanie occupée, le 22 juin 2026 ( AFP / Zain JAAFAR )

Des catholiques prient pendant une messe dans le village de Taybeh, en Cisjordanie occupée, le 22 juin 2026 ( AFP / Zain JAAFAR )

La tentation de l'exil ne se limite pas aux chrétiens palestiniens, mais certains facteurs facilitent leur départ, relève la ministre des Affaires étrangères, Varsen Aghabekian Shahin.

Ils ont plus de chances d'avoir des proches à l'étranger, l'émigration ayant débuté dès le 18e siècle: une grande communauté s'est ainsi établie sur le continent américain, avec par exemple plus de 40.000 membres au Chili.

Ils ont ainsi plus de chances de trouver du travail et de s'intégrer culturellement et socialement, estime la ministre, elle-même chrétienne.

Selon elle, le déclin de sa communauté, y compris à Jérusalem-Est, "devrait vivement alarmer le monde chrétien" et mener à "une action très vigoureuse pour garantir qu'ils restent sur la terre de naissance du Christ".

"Le monde chrétien doit voir la réalité de cette occupation (israélienne)", plaide-t-elle.

En 2020, un sondage du Palestinian Center for Policy and Survey Research (PCPSR) rapportait que 35% des chrétiens de Cisjordanie envisageaient d'émigrer pour des raisons économiques, des opportunités d'enseignement ou une quête de stabilité et de liberté.

Il relevait également une inquiétude à l'égard de groupes islamistes radicaux dans la société palestinienne, ainsi que des groupes armés.

Khalil Shikaki, directeur du centre, estime aujourd'hui que le désir d'émigrer est deux fois plus élevé chez les chrétiens que chez les musulmans.

Et six ans après ce sondage, "presque tout a empiré", déplore-t-il.

2 commentaires

  • 10:27

    Bah! Oui, pris entre 2 intégrismes qui s'affrontent, fuir avant d'être écrasé ....


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