Le Premier ministre britannique Keir Starmer (g) rencontre les premiers intervenants de Shomrim North West London lors d'une visite à Golders Green, dans le nord-ouest de Londres, le 30 avril 2026, au lendemain d'une agression au couteau ( POOL / Stefan Rousseau )
Le Royaume-Uni a rehaussé jeudi son niveau de menace terroriste d'un cran, à "sévère", évoquant à la fois l'attaque antisémite survenue la veille dans le nord de Londres et une hausse de la "menace islamiste et d’extrême droite".
"Aujourd'hui, le niveau national de menace a été relevé à +sévère+, ce qui signifie qu'une attaque terroriste est considérée comme hautement probable", a déclaré la ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans un communiqué.
Cette décision intervient après l'agression à l'arme blanche de deux hommes Juifs mercredi dans le nord de Londres, une attaque qualfiée de "terroriste" par la police, mais aussi en raison "d’une hausse plus générale de la menace terroriste islamiste et d’extrême droite, provenant d’individus et de petits groupes basés au Royaume-Uni".
L’attaque de mercredi s’inscrit dans une série d’incendies et de tentatives d’incendie qui, depuis fin mars, visent notamment des synagogues dans plusieurs quartiers du nord-ouest de la capitale, où vit une importante communauté juive.
Ces actions n'avaient pas fait de blessés mais ont accru les craintes de la population juive, déjà vives après une attaque qui avait fait deux morts à la synagogue de Manchester en octobre, dans un contexte de hausse des actes antisémites dans le pays ces dernières années.
Plus tôt dans la journée, le chef du gouvernement travailliste s'est rendu dans les locaux d'un service d'ambulances de la communauté juive à Golders Green, où il a été hué par plusieurs dizaines de personnes rassemblées devant le bâtiment.
La police retient des manifestants anti-Keir Starmer au moment de la visite du Premier ministre britannique à la communauté juive du quartier de Golders Green, au nord de Londres, le 30 avril 2026, au lendemain de l'attaque au couteau ayant fait deux blessés ( AFP / CARLOS JASSO )
Dans la foulée, M. Starmer a appelé le pays à "s'unir pour lutter contre l'antisémitisme".
En outre, il a mis en cause des slogans scandés lors de marches pro-palestiniennes, qui se tiennent régulièrement dans les grandes villes du pays depuis la guerre à Gaza, déclenchée après l'attaque du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas.
- "Les mots ne suffisent plus" -
"Si vous vous tenez aux côtés de gens qui appellent à +mondialiser l'intifada+, vous appelez à des actes de terrorisme contre les Juifs", a-t-il déclaré, ajoutant que ces personnes devaient être poursuivies. La police a pour sa part indiqué qu'elle allait "examiner de près" tous les appels à de futures manifestations.
Le chef du parti anti-immigration Reform UK Nigel Farage dans le quartier de Golders Green, au nord de Londres, le 30 avril 2026, au lendemain d'une attaque au couteau ( AFP / CARLOS JASSO )
Dans son allocution, Keir Starmer a également promis d'agir "pour faire face à la menace malveillante que représentent des États comme l'Iran". "Nous savons pertinemment qu'ils veulent nuire aux Juifs britanniques", a dit le dirigeant travailliste, qui a récemment promis de présenter un projet de loi destiné à interdire le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), l'armée idéologique de l'Iran.
Parallèlement, le gouvernement a annoncé qu'il allait mobiliser 25 millions de livres (28,8 millions d'euros) supplémentaires pour accroître les patrouilles de police et la sécurité de la communauté juive.
Mais à Golders Green, des habitants ont laissé éclater leur colère auprès de l'AFP. Parmi eux, Max Radford, 53 ans, pour qui "les mots ne suffisent plus".
Le Premier ministre britannique Keir Starmer (d) en conférence de presse avec la ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood (g) et le commissaire de la Police métropolitaine Mark Rowley (c) à Londres, le 30 avril 2026, après une attaque au couteau à Golders Green ( POOL / Dan Kitwood )
A une semaine d'élections locales cruciales pour l'impopulaire Keir Starmer, le chef du parti anti-immigration Reform UK Nigel Farage a accusé, depuis Golders Green, les autorités d'être trop "laxistes" face à l'antisémitisme.
La cheffe de l'opposition conservatrice Kemi Badenoch avait fait le déplacement dès mercredi.
- Un suspect arrêté -
Les deux hommes blessés dans l'attaque, Shloime Rand, et Moshe Shine, sont respectivement âgés de 34 et 76 ans. Ils se trouvaient mercredi soir dans un "état stable", selon la police.
Interviewé par la BBC, Shloime Rand a jugé que sa survie était "un grand miracle".
Un officier de la Metropolitan Police demande à des membres de la communauté juive de s'éloigner d'un cordon policier dans le quartier de Golders Green, au nord de Londres, le 29 avril 2026 ( AFP / JUSTIN TALLIS )
Le suspect, un Britannique de 45 ans né en Somalie, a été arrêté sur place pour tentative de meurtre. Selon les médias britanniques, il se nomme Essa Suleiman. La police n'a pas voulu confirmer son identité.
Elle avait précédemment indiqué qu'il avait des "antécédents de violence grave et des problèmes psychologiques", et qu'il avait été "signalé en 2020" au programme gouvernemental de prévention de l'extrémisme, mais que son dossier avait été classé la même année.
Un groupe méconnu, "Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyya" (Hayi), et qui serait pro-Iran, a revendiqué les incendies et tentatives d'incendie à Londres ces dernières semaines, ainsi que d'autres ailleurs en Europe.
Mercredi, ce groupe a salué l'attaque au couteau de Golders Green et l'a attribuée à ses "loups solitaires".
Les experts s'interrogent sur l'existence de ce groupe, qui s'apparente à une coquille vide reprenant "des stratégies utilisées par le passé par des milices pro-Iran en Irak", selon un rapport publié jeudi par le groupe de réflexion Institute for Strategic Dialogue.

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