Marine Le Pen, candidate du Rassemblement National (RN) à la présidentiellede 2027, lors d'une conférence de presse en marge d’une réunion du groupe parlementaire "Patriotes", à la veille d’un sommet de l’UE à Bruxelles, le 14 octobre 2026 ( AFP / NICOLAS TUCAT )
Marine Le Pen, favorite dans la course à l'Elysée pour 2027, donne déjà des sueurs froides à Bruxelles. Ses menaces de renverser la table offrent en creux un répit à Emmanuel Macron sur la scène européenne, malgré une fin de mandat difficile.
"Elle est dans la salle" du Conseil, dessine à sa manière un diplomate européen alors que les Vingt-Sept discutent jeudi et vendredi du futur budget de l'Union européenne et du soutien à l'Ukraine.
La candidate d'extrême droite, qui promet de réduire drastiquement la contribution de la France à l'UE et d'arrêter le financement à l'Ukraine, a porté la charge jusqu'à Bruxelles mercredi, où elle a tenu une conférence de presse dans un hôtel cossu, entourée de journalistes européens.
Marine Le Pen s'est aussi longuement épanchée dans les colonnes du Financial Times, qui fait la pluie et le beau temps dans la capitale belge, agitant la menace d'un "bras de fer" sur le budget et de temps difficiles pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, si elle est élue.
Dans un paysage politique français plus polarisé que jamais, les Européens ne cachent pas leurs inquiétudes de voir la cheffe de file du Rassemblement National chercher, déjà, à peser dans le jeu européen.
"Elle est très maligne d'avoir fait sa conférence de presse hier", souffle un autre diplomate européen, s'exprimant sous couvert d'anonymat.
"Son interview au Financial Times est quand même assez effrayante" pour les institutions européennes, en particulier sur l'Ukraine, renchérit Francesco Nicoli, professeur de sciences politiques à l'institut Politecnico de Turin (Italie).
"Avant l'orage"
Un haut responsable européen ose à peine imaginer à quoi pourrait ressembler l'UE avec l'extrême droite au pouvoir à Paris. D'autant que le contact avec Marine Le Pen n'a jamais été vraiment établi.
Et Emmanuel Macron, dans ce contexte?
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (g), et le président français Emmanuel Macron,lors d’un sommet de l’UE à Bruxelles, le 15 octobre 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )
Le président sortant, qui n'a cessé depuis neuf ans de plaider pour plus d'Europe, garde pour sa part l'oreille de ses pairs à Bruxelles même s'il est affaibli par une triple crise politique, financière et sociale en France avec le mouvement de contestation des lycéens et étudiants.
"Ce qui est sûr, c'est qu'il y a à Bruxelles la volonté de profiter autant que possible du fait qu'il soit encore là et de sécuriser tout ce qui peut l'être avant un possible orage", analyse Sébastien Maillard, conseiller spécial à l'Institut Jacques Delors.
Aucun autre dirigeant européen n'a réussi non plus à imposer son leadership, à commencer par le chancelier allemand Friedrich Merz, très affaibli intérieurement et confronté à une montée en puissance inédite de l'extrême droite dans son pays depuis 1945.
"Faible sur l'économie"
"Macron capte ce qui se passe dans la salle du (Conseil). Il sait très bien négocier, est beaucoup plus agile que Merz", assure le premier diplomate européen cité.
De quoi capitaliser dans les négociations en cours, notamment sur le budget où la bataille s'annonce rude entre les pays dit "frugaux", emmenés par l'Allemagne, et les tenants d'une ligne plus ambitieuse comme la France ?
Le Premier ministre luxembourgeois Luc Frieden (g) et le président français Emmanuel Macron lors d'un sommet de l'UE à Bruxelles, le 15 octobre 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )
"Il a acquis une stature internationale un peu comme Tony Blair qui peut perdurer et quelque part le sauve par rapport à l'état de la France", estime Sébastien Maillard, citant son influence sur la succession de Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne (BCE) ou le budget.
D'autres se montrent plus dubitatifs. "Macron est clairement en position de force sur la sécurité, l'Ukraine, mais il est faible sur les questions économiques", pointe Francesco Nicoli, qui ne voit pas forcément une urgence des autres Etats européens à négocier sur le budget.
En attendant, le chef de l'Etat a-t-il voulu éviter que les questions sur Marine Le Pen parasitent le sommet jeudi en esquivant les journalistes à son arrivée? "Je pense que c'est pour cela que Macron est invisible. Il ne veut pas réagir", avance une source diplomatique.

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