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La hausse du Smic relance le débat sur l'évolution des salaires
information fournie par AFP 01/06/2026 à 08:44

La revalorisation automatique du Smic a relancé débats et crispations sur l'évolution des salaires ( AFP / DENIS CHARLET )

La revalorisation automatique du Smic a relancé débats et crispations sur l'évolution des salaires ( AFP / DENIS CHARLET )

Le salaire minimum augmente lundi. Et les autres ? La revalorisation automatique du Smic a relancé débats et crispations sur l'évolution des salaires, entre reprise marquée de l'inflation et conjoncture économique incertaine.

"A partir du 1er juin, je repasse en dessous du Smic (...) c'est difficile à digérer", explique Sarah Cottenet, 29 ans, téléconseillère à l'Assurance maladie dans le Val d'Oise depuis cinq ans.

Le salaire de cette mère célibataire, encartée CFDT, aura dépassé le Smic seulement un an, de trois euros "mais c'était quand même trois euros", après des négociations salariales.

Si sa paie finale sera obligatoirement ramenée au niveau du nouveau minimum légal, avec "une quarantaine d'euros" supplémentaires bienvenus, elle voudrait "une hausse vraiment conséquente" pour ne pas être rattrapée par le Smic à chaque réévaluation automatique. Sa situation financière est désormais tendue avant même le milieu du mois.

Dès l'annonce de la hausse de 2,4% du Smic (seul salaire évoluant mécaniquement avec l'inflation), les syndicats ont réclamé plus pour tout le monde.

La secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon, comme celle de la CGT, Sophie Binet, selon qui "la France est en train de devenir un pays de Smicards", ont demandé l'ouverture de négociations salariales dans tous les secteurs.

- Salaires "tassés" -

En théorie, on pourrait s'attendre à ce qu'une augmentation du Smic au bas de l'échelle "force un peu à pousser le haut aussi" pour maintenir une perspective d'évolution salariale, mais "en pratique, la diffusion s'arrête assez tôt", au mieux sur les salaires proches du Smic, explique l'économiste Clément Carbonnier.

En conséquence, et dans un contexte de "perte de pouvoir de négociations des salariés", "les salaires se sont tassés sur le Smic", au fur et à mesure des réévaluations mécaniques, relève le professeur à l'université Panthéon-Sorbonne.

Le gouvernement renvoie le sujet aux négociations d'entreprises ou de branches.

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou le 27 mai 2026, à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou le 27 mai 2026, à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )

"J'ai confiance dans le dialogue social, je suis convaincu que les syndicats et les organisations professionnelles vont arriver à relever les salaires minimaux pour qu'ils atteignent le Smic", a déclaré le ministre du Travail jeudi sur franceinfoTV. "Et pourquoi pas le dépasser", s'est aventuré Jean-Pierre Farandou.

Côté patronat, le Medef souhaite "améliorer les salaires nets", mais par des baisses de cotisations. Mais, en pleine recherche d'économies budgétaires, la décision du gouvernement de geler les allègements de cotisations sociales sur les bas salaires est vue comme un frein: "Cela ne donne pas envie d’augmenter les autres salaires. Cela va être très très difficile", affirme à l'AFP Eric Chevée, vice-président de la CPME, chargé des affaires sociales.

"On ne va pas entamer la phase de négociations de façon sereine", a-t-il estimé.

- Minima non conformes -

Le chef Thierry Marx à Monaco le 16 mars 2026 ( AFP / Valery HACHE )

Le chef Thierry Marx à Monaco le 16 mars 2026 ( AFP / Valery HACHE )

"Si l’augmentation des rémunérations est légitime et nécessaire pour les salariés, elle ne peut être dissociée de ses effets économiques sur les entreprises qui les emploient, en particulier dans les secteurs les plus intensifs en main-d’œuvre", a écrit à Sébastien Lecornu, le chef Thierry Marx, président de l'union des métier de l'hôtellerie restauration (Umih).

Des négociations semblent pourtant indispensables car, conséquence récurrente des augmentations du Smic, de nouvelles branches professionnelles vont avoir des grilles salariales dont les salaires les plus bas sont sous le niveau du salaire minimum légal: environ 70% selon le ministère du Travail, près de 80% selon la CGT.

"Une proportion scandaleuse", selon Thomas Vacheron, secrétaire confédéral de la CGT.

Dans le privé comme dans le public, avec "près de 10% des agents publics" concernés, dont certains peuvent rester "19 ans sans aucune progression salariale réelle", selon une lettre des huit centrales syndicales au Premier ministre.

Payer un salarié sous le Smic est interdit, donc les employeurs compensent la différence avec le minima de branche, via indemnités ou primes. Mais cela peut entraîner une stagnation des salaires au minimum légal pendant des années.

Les branches professionnelles qui ne sont plus en conformité sont censées rouvrir sous 45 jours des négociations, mais, selon Luc Mathieu, secrétaire national de la CFDT, elles "traînent pour faire le moins possible".

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