par Andrea Shalal
Les dernières semaines n'ont guère rassuré ceux qui pensaient que l'Europe pouvait surmonter sans heurts ses relations contrariées avec le président américain Donald Trump.
Cette semaine, Donald Trump s'en est pris au chancelier allemand Friedrich Merz après ses critiques de la guerre en Iran, le qualifiant de "totalement inefficace", tout en menaçant de retirer les 36.400 soldats américains stationnés en Allemagne.
Le président américain a également visé en mars le Premier ministre britannique Keir Starmer sur un registre très personnel, déplorant qu'il ne soit "pas Winston Churchill" et brandissant la menace "d'énormes droits de douane" sur les importations en provenance du Royaume-Uni.
Plus préoccupant encore pour les Européens, le département américain de la Défense a évoqué des mesures punitives à l'encontre d'alliés de l'Otan jugés insuffisamment solidaires des opérations américaines dans la guerre contre l'Iran, allant jusqu'à évoquer une suspension de l'Espagne de l'Alliance et un réexamen de la reconnaissance américaine des Malouines comme territoire britannique.
"C'est pour le moins déstabilisant", confie à Reuters un diplomate européen sous le sceau de l'anonymat. "Nous nous préparons à tout, à tout moment."
Ces nouvelles attaques américaines, alimentées par les désaccords autour de la guerre en Iran, semblent ramener les relations entre les États-Unis et l'Europe aux débuts du second mandat de Donald Trump et relancent les interrogations sur la meilleure manière de réagir à cet allié imprévisible.
Un deuxième diplomate européen estime que l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel, dont les relations avec Donald Trump furent fraîches lors de son premier mandat, avait montré la bonne approche.
"Nous avons tous appris un peu comment gérer Trump. Il ne faut pas réagir immédiatement, il faut laisser passer l'orage, tout en restant fermement campé sur ses positions", a-t-il déclaré.
Même ceux qui ont tenté la flatterie ont essuyé le courroux présidentiel, ajoute-t-il. "Tous ceux qui ont essayé ont reçu leur volée d'insultes, comme les autres. Tout le monde comprend désormais que la flatterie ne fonctionne pas non plus."
RETOUR DANS LA LIGNE DE MIRE
Les relations transatlantiques étaient déjà fragilisées par les attaques répétées de Donald Trump l'an dernier sur des sujets variés, qu'il s'agisse de sa volonté de réduire le déficit commercial américain en instaurant des droits de douane colossaux, de celle de s'emparer du Groenland, territoire autonome du Danemark, membre de l'Otan ou encore de celle de réduire considérablement le soutien américain à l'Ukraine.
Certains dirigeants, dont Keir Starmer, Friedrich Merz et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, ont bien tenté de stabiliser les liens par des visites régulières, des accords commerciaux et des ajustements de politique, sans que ça ne les empêche d'être ultérieurement vilipendés par Donald Trump.
Le déclenchement du conflit avec l'Iran par les Etats-Unis et Israël, sans qu'aucun dirigeant occidental n'en soit préalablement averti, a creusé le fossé entre les deux rives de l'Atlantique.
Le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, souvent présenté en Europe comme le petit télégraphiste de Donald Trump et devenu maître en matière de flagornerie, a lui-même été ciblé par l'ire de Donald Trump lors d'un entretien à la Maison blanche.
La proximité idéologique n'a pas non plus permis d'épargner la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni qui a déploré l'ouverture du front iranien et s'est élevée contre les attaques verbales de Donald Trump à l'égard du pape Léon XIV.
Si de nombreux membres de l'administration américaine affichent un scepticisme et un mépris marqués à l'égard de l'Europe, tous les républicains ne soutiennent pas la ligne du président.
"Les attaques répétées contre les alliés de l'Otan sont contre-productives, ces propos nuisent aux Américains", a écrit jeudi sur X le représentant républicain Don Bacon, après la menace de réduction des effectifs militaires en Allemagne.
"Les deux grandes bases aériennes en Allemagne nous offrent un accès privilégié à trois continents. Nous nous tirons une balle dans le pied."
Certaines publications de Donald Trump sur les réseaux sociaux cette semaine ont pris de court des responsables européens.
Moins de deux heures avant les menaces de Donald Trump, le chef d'état-major allemand Carsten Breuer expliquait à des journalistes avoir reçu un accueil favorable à la nouvelle stratégie militaire allemande lors d'un entretien plus tôt dans la journée au Pentagone avec le sous-secrétaire à la Défense Elbridge Colby.
Il n'avait fait état d'aucune discussion sur une réduction des effectifs, une perspective qui terrifie les territoires qui abritent les bases américaines et qui en tirent de confortables revenus.
Des responsables militaires allemands se montraient relativement sereins et la coopération militaire demeurait intacte, selon un ancien haut responsable américain de la Défense. "Ils disent: 'On connaît la musique. Il va y avoir beaucoup d'esbroufe et, au final, rien ne changera.'"
UNE OPPOSITION EUROPÉENNE PLUS AFFIRMÉE
Jeffrey Rathke, ancien diplomate américain et directeur de l'American-German Institute à l'université Johns Hopkins, constate que les alliés européens s'opposent désormais plus ouvertement aux politiques de Donald Trump, sous la pression notamment de leurs opinions publiques.
"Friedrich Merz est devenu de plus en plus explicite dans ses critiques de la décision américaine d'entrer en guerre contre l'Iran", a-t-il expliqué. "Il est assez clair que quelque chose a changé chez quelqu'un qui, il y a seulement deux mois, prenait soin de dire: 'Ce n'est pas à nous de donner des leçons aux États-Unis.'"
"La guerre américaine n'est pas quelque chose que le public allemand peut observer de manière détachée. Elle a des conséquences directes pour lui", a-t-il ajouté, citant la flambée des coûts de l'énergie liée au conflit.
Des diplomates européens affirment rester attachés aux liens transatlantiques, même si les "plaques tectoniques" entre l'Europe et les États-Unis sont en mouvement et nécessitent des ajustements.
"Pour nous, la principale leçon est que nous ne pouvons plus nous appuyer sur le statu quo d'après-guerre et que nous devons être non seulement un espace de 'soft power', mais aussi un espace adossé à la puissance", a déclaré un diplomate occidental sous le sceau de l'anonymat, soulignant que les Européens agissaient rapidement pour renforcer leurs capacités militaires.
(Andrea Shalal; avec la contribution de Michel Rose à Paris et de Humeyra Pamuk et Patricia Zengerle à Washington; version française Nicolas Delame, édité par Benoit Van Overstraeten)

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