Le quartier d'affaires de Lujiazui, à Shanghaï (illustration) ( AFP / JADE GAO )
La Chine se fixe un objectif de croissance de 4,5 à 5% en 2026, le plus bas depuis plus de trois décennies, dans un contexte intérieur et extérieur incertain, indique un rapport gouvernemental publié jeudi.
Le géant asiatique a par ailleurs annoncé que son budget de la Défense, le deuxième mondial loin derrière les Etats-Unis, augmenterait de 7% en 2026, dans la ligne des années précédentes face à des défis stratégiques multiples, en mer de Chine méridionale ou vis-à-vis de Taïwan.
La deuxième économie mondiale, qui représente à elle seule un tiers de la croissance mondiale, fait face, malgré la vitalité de ses exportations, à de sérieux déséquilibres structurels et aux pressions commerciales américaines.
"Rarement, depuis de nombreuses années, avions-nous été confrontés à une conjoncture aussi grave et complexe, où les chocs et défis extérieurs se sont conjugués et superposés aux dilemmes internes et à des choix politiques cornéliens", a dit le Premier ministre Li Qiang en présentant le rapport gouvernemental lors du grand évènement politique annuel dit des "Deux Sessions" à Pékin.
Le chiffre de 4,5 à 5%, baromètre des ambitions chinoises ajustées aux réalités et priorités nationales et internationales, est le plus bas depuis 1991, selon les recherches de l'AFP.
La Chine a affiché officiellement une croissance de 5% en 2025.
Le pays peine encore à retrouver le dynamisme d'avant la pandémie de Covid-19, qui a lourdement frappé l'économie chinoise entre 2020 et 2022.
- "Risques géopolitiques" -
Son économie continue à subir les effets prolongés d'une grave crise de l'immobilier. Elle est confrontée à l'endettement des gouvernements locaux, une consommation domestique atone, des surcapacités de production, des pressions déflationnistes et un fort chômage des jeunes.
Elle a dû livrer aux Etats-Unis en 2025 une âpre bataille aux retombées mondiales, à coups de droits de douanes et de restrictions diverses. Les présidents Xi Jinping et Donald Trump se sont entendus en octobre sur une trêve.
Les discussions commerciales doivent reprendre dans les prochaines semaines. M. Trump est annoncé en Chine en avril.
Malgré la confrontation avec les Etats-Unis, la Chine a enregistré en 2025 un excédent commercial record de près de 1.200 milliards de dollars. Ses partenaires la pressent de réduire sa dépendance aux exportations.
"Les risques géopolitiques vont croissant, le vrai démarrage des nouveaux moteurs de développement de l'économie mondiale se fait attendre, les acquis du multilatéralisme et du libre échange sont sérieusement remis en cause, les problèmes d'hier s'ajoutent aux difficultés du moment dans le développement et la reconversion de notre économie", reconnaît le rapport gouvernemental.
Le rapport promet des mesures destinées à stimuler la consommation, comme un plan d'augmentation des revenus. Le renforcement de la demande intérieure est avec l'innovation l'un des axes du nouveau plan quinquennal, dont 2026 sera la première année et qui devrait être approuvé lors des "Deux Sessions".
- Impact de la guerre -
Zhiwei Zhang, président et économiste en chef de Pinpoint Asset Management, voit dans les nouveaux objectifs de croissance "un tournant majeur qui marque (le) changement de priorités" des dirigeants.
"Les décideurs politiques ont répété à maintes reprises que la qualité de la croissance importe davantage que son rythme", a-t-il écrit dans une note.
"Même si le déficit budgétaire reste fixé à 4% cette année, je pense qu'il existe une marge de manoeuvre pour un soutien économique plus marqué si les tensions au Moyen-Orient venaient à freiner l'activité économique en Chine. Mais la priorité absolue reste de favoriser le progrès technologique et l'innovation", ajoute-t-il.
Viser 4,5 à 5% revient à "reconnaître les difficultés actuelles de croissance tout en se ménageant de l'espace pour mener des réformes structurelles afin de rééquilibrer l'offre et la demande", commente Yue Su, économiste à l'Economist Intelligence Unit.
Le gouvernement fixe un objectif d'inflation de 2% en 2026. Yue Su souligne l'importance de contrer les tendances déflationnistes.
"Les chocs externes, comme la guerre en Iran ou d'éventuelles pénuries de puces, pourraient faire grimper les prix. Cependant, contrairement à celle tirée par la demande, ce type d'inflation par les coûts n'est pas l'objectif du gouvernement chinois", dit-elle.
En termes de défense, les 1.909,6 milliards de yuans de dépenses prévues (276,8 milliards de dollars) restent environ trois fois moindres que celles des Etats-Unis. Les experts s'accordent généralement pour dire que les chiffres budgétaires chinois en la matière sont sous-évalués par rapport à la réalité des dépenses.
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