Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, à Moscou le 29 octobre. ( POOL / PAVEL BEDNYAKOV )
Ce lundi 2 novembre, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé que la menace des cyberattaques s'intensifiait avec l'essor de l'intelligence artificielle.
Que s'est-il passé ? Dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 novembre, des applications mobiles d'alerte russes et ukrainiennes ont été visées par des cyberattaques ayant entraîné la diffusion de fausses notifications faisant notamment état de menaces radioactives. Si les autorités sont depuis parvenues à reprendre le contrôle des systèmes, de nombreuses zones d'ombre demeurent, notamment sur l'identité des auteurs de ces attaques.
Des messages alarmants
"Alerte radioactive", "menace chimique" ou encore "combats de rue" : ces notifications sont apparues tard dimanche soir sur les téléphones de millions de personnes à travers l'Ukraine. L'armée de l'Air ukrainienne, chargée du contrôle de l'espace aérien du pays, a indiqué dans un premier temps que l'application officielle "Alerte aérienne", utilisée pour prévenir la population des bombardements russes, avait "probablement été victime d’une ingérence hostile", une information ensuite confirmée à l'AFP par son porte-parole, Iouri Ignat. Quelques heures plus tard, le ministère russe des Situations d'urgence a annoncé que sa propre application mobile avait été visée par une "cyberattaque massive", entraînant la diffusion de "fausses informations" auprès des utilisateurs.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs comptes régionaux du ministère ont également relayé des messages alertant sur une attaque nucléaire imminente contre la Russie. L'un d'eux, diffusé sur Telegram par les autorités de la région frontalière de Belgorod, affirmait que "des ogives nucléaires" avaient été lancées "contre toutes les régions de Russie" et exhortait les habitants à "faire en urgence des provisions de nourriture pour trois semaines".
Quelles applications concernées ?
En Ukraine, l'application officielle "Alerte aérienne" est devenue un outil essentiel pour la population, alors que les sirènes hurlent plusieurs fois par jour et par nuit à travers le pays. Développée avec le soutien du ministère ukrainien de la Transformation numérique, elle s'appuie sur les données radar pour transmettre des alertes en temps réel aux habitants. Selon son développeur, Ajax Systems, elle a été téléchargée plus de 46 millions de fois et compte plus de 6,7 millions d'utilisateurs quotidiens. Après le piratage, le développeur a temporairement suspendu l'envoi des notifications avant d'annoncer ce lundi un retour à la normale du service.
Selon Kiev, l'attaque n'a pas affecté les autres systèmes d'alerte et applications certifiés par les autorités et chargés de diffuser les avertissements liés aux frappes de drones et de missiles. En Russie, où il n'existe pas de système national d'alerte aérienne, les autorités n'envoient généralement pas d'avertissements systématiques à la population en cas d'attaques ukrainiennes, hormis dans les régions frontalières. L'application visée, gérée par le ministère des Situations d'urgence, n'est par ailleurs utilisée que par une fraction limitée de la population. Certaines autorités régionales, qui s'appuient sur les informations transmises par ce ministère, semblent avoir soit publié automatiquement le faux message, soit l'avoir relayé sur leurs réseaux sociaux en pensant qu'il était véridique.
Un acte de guerre ?
Le piratage de l'application ukrainienne "Alerte aérienne" a été revendiqué par un groupe prorusse se présentant sous le nom de Hitcore. L'une des notifications diffusées par cette application lors de son piratage renvoie vers un compte Telegram, "HitcoreCorp", créé peu de temps auparavant, dont le logo représente une tête d'aigle dans un octogone sur fond de drapeau russe. Sur cette page, un message en russe publié dimanche soir et adressé aux services de sécurité ukrainiens (SBU) affirme : "Votre gouvernement est en train de perdre", en exhortant les agents du SBU à faire défection.
Le Centre ukrainien de communication stratégique, organisme gouvernemental de contre-propagande russe, a pour sa part assuré que "les Russes ont piraté" l'application. Le porte-parole de l'armée de l'air ukrainienne, Iouri Ignat, a également affirmé que "les Russes" avait "attaqué" l'application "Alerte aérienne". Aucun acteur n'a en revanche revendiqué le piratage du système russe.
Interrogé ce lundi par des journalistes, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé que la menace des cyberattaques s'intensifiait avec l'essor de l'intelligence artificielle. Il a indiqué que Moscou prenait des "mesures appropriées" pour se protéger, sans préciser qui, selon la Russie, pouvait être responsable de ce piratage.
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