De la fumée s'élève au-dessus d'un immeuble après des frappes russes sur Kiev, tôt le 9 janvier 2026 ( AFP / Eugene KOTENKO )
Des frappes russes massives ont fait au moins quatre morts et privé de chauffage la moitié des immeubles résidentiels de Kiev, poussant le maire à appeler vendredi les habitants à évacuer "temporairement" la capitale ukrainienne.
Cette nouvelle nuit de bombardements a vu l'utilisation, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, du missile balistique russe de dernière génération Orechnik, dans l'ouest de l'Ukraine. L'UE, Paris, Berlin et Londres ont vu une "escalade" de la part de Moscou dans l'utilisation de ce missile à portée intermédiaire capable d'emporter des ogives nucléaires.
Moscou continue de pilonner l'Ukraine au lendemain de son rejet du plan européen de déploiement d'une force multinationale en Ukraine après une éventuelle fin du conflit, dont la perspective s'éloigne.
Des journalistes de l'AFP à Kiev ont vu des habitants se précipiter dans des abris après le déclenchement d'une alerte antiaérienne dans la nuit de jeudi à vendredi, et ont entendu des drones exploser contre des immeubles.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réclamé une "réaction claire" de la communauté internationale après une attaque en pleine vague de froid, qui a touché une quarantaine de sites à Kiev, dont 20 immeubles résidentiels et l'ambassade du Qatar.
Le parquet ukrainien a fait état de quatre morts et 26 blessés.
Un immeuble à Kiev après des frappes russes le 9 janvier 2026 ( AFP / Serhii Okunev )
"La moitié des immeubles d'habitation à Kiev — près de 6.000 — sont actuellement privés de chauffage", s'est alarmé le maire de la ville Vitaly Klitschko, qui a appelé ceux qui le peuvent à quitter "temporairement" Kiev.
Les journalistes de l'AFP n'ont pas constaté d'affluence massive aux gares routières et ferroviaires.
Les services ukrainiens étaient à l'oeuvre vendredi par des températures oscillant entre -7° et -12° pour rétablir au plus vite le chauffage dans la capitale, coupé pour 417.000 foyers selon l'opérateur électrique privé DTEK.
Les réparations devraient s'achever dans la journée pour une partie des zones touchées, mais pourraient prendre plus longtemps là où les dégâts sont "plus complexes", a indiqué le vice-Premier ministre Oleksiï Kouleba.
- "Où est l'Amérique ?" -
Nina, 70 ans, qui vit dans l'un des immeubles touchés, s'est dite en colère que le monde parle d'un possible accord pour mettre fin au conflit au moment où la Russie bombarde. "Où est l'Europe, où est l'Amérique ?" a-t-elle lancé, interrogée par l'AFP.
Moscou a indiqué avoir frappé des "cibles stratégiques" en Ukraine, notamment avec son missile Orechnik, qui peut porter une charge nucléaire et atteindre une vitesse d'environ 13.000 km/h.
Selon le ministère russe de la Défense, ces attaques ont été menées "en réponse" à une tentative ukrainienne de frapper une résidence de Vladimir Poutine fin décembre, des accusations que l'Ukraine et les Occidentaux qualifient de "mensonge".
Le service ukrainien de sécurité (SBU) a publié des images de débris présentés comme ceux du missile Orechnik utilisé par Moscou pour frapper la région de Lviv (ouest). Il n'a pas précisé quelles cibles avaient été visées par l'engin ni l'ampleur des dégâts.
Un immeuble à Kiev après des frappes russes le 9 janvier 2026 ( AFP / Tetiana DZHAFAROVA )
"Une telle attaque à proximité de la frontière de l'Union européenne et de l'Otan représente une menace grave pour la sécurité du continent européen et un test pour l'alliance transatlantique", a estimé le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiga.
Les dirigeants français, allemand et britannique Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer ont dénoncé les attaques "continues" de la Russie, "y compris l'utilisation d'un missile balistique de portée intermédiaire Orechnik dans l'ouest de l'Ukraine", qui représentent "une escalade et sont inacceptables", lors d'un échange téléphonique vendredi.
La cheffe de la diplomatie de l'UE Kaja Kallas a estimé de son côté que ce tir démontre que Vladimir Poutine "ne veut pas la paix".
Le missile Orechnik, qui ne portait pas d'ogive nucléaire lors de ces tirs, a été utilisé pour la première fois en 2024 contre une usine militaire située dans la ville de Dnipro, dans le centre-est de l'Ukraine.
Il a été déployé mi-décembre au Bélarus, pays allié de la Russie situé aux portes de l'UE, avait annoncé alors son président Alexandre Loukachenko.
- "Cibles légitimes" -
Infographie sur le missile balistique hypersonique russe à portée intermédiaire Orechnik, variante du RS-26 pouvant être équipée d'ogives nucléaires ( AFP / Valentina BRESCHI )
Près de quatre ans après le lancement de l'offensive à grande échelle du Kremlin, Moscou continue de bombarder l'Ukraine quasi-quotidiennement, ciblant notamment les infrastructures énergétiques et portuaires.
Kiev a accusé Moscou vendredi d'avoir frappé avec des drones deux cargos naviguant en mer Noire, causant la mort d'un marin de nationalité syrienne, après plusieurs attaques similaires ces dernières semaines.
En réponse, l'Ukraine vise également les infrastructures énergétiques russes.
Quelque 556.000 personnes ont ainsi été privées vendredi matin de courant et de chauffage dans la région russe de Belgorod, frontalière de l'Ukraine, selon le gouverneur local, Viatcheslav Gladkov.
Un homme couvre avec du plastique des fenêtres brisées après une attaque russe, le 9 janvier 2026 à Kiev ( AFP / Tetiana DZHAFAROVA )
Ces nouvelles frappes interviennent alors que les discussions diplomatiques impulsées par le président américain Donald Trump ces derniers mois sur ce conflit semblent dans l'impasse.
La Russie a rejeté le plan de déployer des milliers de soldats en Ukraine après la guerre, présenté par la "Coalition des volontaires" qui réunit des pays alliés de Kiev essentiellement européens, Moscou rappelant que toutes troupes et installations militaires constitueraient des "cibles légitimes" pour l'armée russe.

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