Ratko Mladic, l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, le deuxième à droite sur la photo, dans la banlieue de Sarajevo, le 15 février 1994 ( AFP / Pascal GUYOT )
L'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, surnommé "Le boucher des Balkans" pour son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995, est mort jeudi à La Haye, où il était détenu.
Cet ancien général purgeait une peine de prison à vie pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité, après avoir orchestré le massacre de Srebrenica, la pire tuerie en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale.
Gravement malade depuis des mois, il s'est éteint quelques jours après le dernier rejet par le Mécanisme international appelé à exercer les fonctions résiduelles des Tribunaux pénaux de la demande de sa famille et du gouvernement serbe de le transférer dans un hôpital militaire de Belgrade pour y être soigné.
Siégeant à La Haye aux Pays-Bas,, cette instance internationale, qui a confirmé la mort de Ratko Mladic - auparavant annoncée par la télévision d'Etat serbe RTS -, a à cet égard précisé que la juge Graciela Gatti Santana avait ordonné "une enquête approfondie sur les circonstances" dans lesquelles son décès était survenu.
Cet homme incarnait le visage militaire d'un sinistre trio — aux côtés de l'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic et de l'ex-dirigeant des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic — au moment où l'ex-Yougoslavie sombrait dans le carnage après la chute du communisme.
La guerre de 1992-1995 en Bosnie a fait environ 100.000 morts et 2,2 millions de personnes ont été déplacées.
A cette époque, la tragédie la plus tristement célèbre a eu lieu à Srebrenica, où les forces serbes placées sous le commandement de Ratko Mladic ont exécuté 8.000 Bosniaques musulmans qui avaient cherché refuge dans ce qui était censé être une enclave protégée par les Nations unies.
Il "symbolisera à jamais le génocide"
Des images d'époque le montraient en train de distribuer des bonbons à des enfants avant que ces derniers et les femmes de cette ville ne soient emmenés à bord de cars tandis que les hommes et les garçons étaient conduits dans une forêt pour y être tués.
Ratko Mladic, l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, lors de son procès au tribunal de La Haye, le 22 novembre 2017 ( POOL / Peter Dejong )
Le nom de Ratko Mladic "symbolisera à jamais le génocide", "cela ne sera jamais effacé", a réagi à la nouvelle de sa mort Sehida Abdurahmanovic, une représentante de l'association des "Mères de Srebrenica", qui pense que son frère a perdu la vie dans ce massacre.
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a quant à lui fait part de "sa solidarité envers les victimes, les survivants et leurs familles ayant subi les crimes pour lesquels M. Mladic a été reconnu coupable".
"Des milliers de personnes de Srebrenica n'ont jamais eu la chance de vieillir", a déclaré à l'AFP Almasa Salihovic, porte-parole du Centre mémorial de la ville.
Elle a elle-même perdu son frère de 18 ans en juillet 1995. "Cet homme l'a envoyé à la mort", a-t-elle raconté. "Pour nous c'est un criminel de guerre et il le restera dans notre histoire."
Une fresque murale de Ratko Mladic, l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, à l'entrée de la ville de Kalinovik, le 22 mai 2021 en Bosnie-Herzégovine ( AFP / ELVIS BARUKCIC )
Des commentaires qui tranchent avec ceux recueillis dans l'entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska (RS), où les autorités locales ont appelé les habitant à lui rendre hommage à l'église.
L'ancien dirigeant de l'entité Milorad Dodik a allumé un cierge à Banja Luka, la capitale de la Republika Srpska, qualifiant Mladic de "grande figure pour le peuple serbe" qui "a pris le commandement de l'armée à une période difficile".
Pour Dragan Beric, un retraité interrogé par l'AFP, c'était même "le plus grand homme", "le plus grand général du peuple serbe".
"Le mépris délibéré des règles élémentaires d'impartialité et de traitement équitable des condamnés, au profit de motivations politiques, restera à jamais inscrit dans l'+héritage+ peu enviable du mécanisme international" qui a succédé au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), a de son côté déclaré le ministère russe des Affaires étrangères.
Prison à vie
En novembre 1995, le TPIY a inculpé Ratko Mladic qui, démis de ses fonctions, a échappé à son arrestation pendant encore seize ans.
Il a alors d'abord mené une vie de luxe, choyé par l'armée en Serbie, où certains le considèrent encore aujourd'hui comme un héros.
La pression s'est toutefois accrue sur lui après la chute de Slobodan Milosevic en 2000 et il a finalement été arrêté en mai 2011 puis transféré à La Haye.
Tout au long de ses comparutions, Ratko Mladic a soutenu qu'il n'était coupable ni de génocide ni de crimes de guerre.
La prison à La Haye où Ratko Mladic, l'ex-chef militaire des Serbes de Bosnie, était emprisonné, le 27 août 2026 ( ANP / Phil Nijhuis )
Condamné en 2017 à la prison à vie, une peine confirmée en appel en 2021, il a également été reconnu responsable d'une vaste campagne de "nettoyage ethnique", destinée à chasser des populations de zones clés afin de créer une "Grande Serbie".
L'ancien Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Zeid Ra'ad al-Hussein l'a pour tout cela qualifié d'"incarnation du mal".
Son âge a par ailleurs toujours fait l'objet de controverses: il affirmait en effet être né en mars 1943 alors que le tribunal situait sa naissance en 1942.

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