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L’épargne est-elle keynésienne ou schumpétérienne ?

information fournie par Le Cercle des économistes 20/12/2021 à 08:35

(Crédits photo : Adobe Stock -  )

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Livret A et assurance-vie ont battu des records cette année. Selon Jean-Hervé Lorenzi, poser la question de la structure et de l'origine du phénomène est fondamental pour s'assurer que l'épargne est bien suffisamment orientée vers des investissements risqués, conformément aux enjeux sociétaux et aux souhaits des entrepreneurs.

L'épargne, on le sait, est aujourd'hui abondante et devrait le rester, en raison du vieillissement des populations. Mais le vrai débat est celui de l'excès d'épargne, que la crise de 2020 n'a fait que renforcer. Dans ce contexte et avec la baisse généralisée des taux d'intérêt, les entreprises se déterminent d'abord en fonction des risques qu'elles estiment courir suivant les types d'investissement à faire.

D'une manière générale, les investissements d'expansion, d'accroissement des capacités de production, sont plus risqués que les investissements de rationalisation. Cet arbitrage dépend du climat des affaires, de l'optimisme ou du pessimisme des agents économiques. Dans les crises, l'arbitrage est orienté vers les investissements de rationalisation, moins risqués. Les décisions des entrepreneurs vont dépendre de l'interaction avec les investisseurs, auprès de qui ils empruntent et pour lesquels rendement et risque sont inséparables.

Les investisseurs sont, chacun le sait, sensibles à la prime de risque présente sur les marchés financiers. Quel appétit ont les investisseurs pour le risque ? C'est un déterminant essentiel pour des investissements risqués. Il diffère selon la culture du pays, le climat des affaires… et l'âge des investisseurs. En effet, l'avancée en âge rend généralement prudent et averse au risque, ce qui n'est pas sans poser de questions à nos sociétés vieillissantes.

Comment assurer l'adéquation, a priori difficile, entre les projets d'investissement des entrepreneurs et ceux des investisseurs ? C'est le rôle des marchés financiers, qui assurent l'intermédiation entre eux et les épargnants en redistribuant l'épargne, notamment selon les risques pris. L'État, qui joue là un rôle de régulateur des produits financiers, peut garantir certains emprunts faits par les entreprises ou limiter l'ampleur des risques pris.

Il existe deux difficultés principales, renforcées par les évolutions de ces dernières décennies. La première est liée aux exigences de rentabilité des actionnaires sur des marchés financiers mondialisés, qui pousse l'ensemble des agents économiques à prendre toujours plus de risques. La deuxième est liée au vieillissement de la population, les seniors possèdent la majorité des actifs immobiliers et financiers. Comme l'appétit au risque diminue avec l'âge, des exigences de rentabilité élevée conduisent à privilégier des investissements de rationalisation au détriment d'investissements innovants, hypothéquant la croissance à long terme.

D'autres risques sont liés à des investissements intangibles, comme la R&D. L'objectif d'une innovation de rupture est évidemment plus risqué que celui d'une innovation incrémentale. Il met en jeu tout l'écosystème de l'innovation : recherche publique, entrepreneurs, relations entreprises-universités. L'État a ici un rôle clé à jouer, comme le montrent les États-Unis où, contrairement aux idées reçues, l'Etat est très interventionniste.

Cette répartition met au cœur de la croissance économique le couple rendement-risque. Alors que la prise de risque n'a pas connu de limites dans le secteur financier, elle doit être renforcée à l'avenir dans le secteur productif. Miser sur les innovations destinées à de nouveaux produits et services reste une des clés de la croissance de long terme. L'État a ici aussi un rôle primordial à jouer pour élaborer et mettre en place les bonnes incitations.

Finalement, on peut penser que l'épargne abondante dans les décennies à venir ne permettra pas de financer les investissements nécessaires à la croissance souhaitable. Seul l'État peut donc venir stimuler et inciter les épargnants à financer des actifs risqués et, surtout, prendre sa part pour atteindre l'objectif. L'État revient au cœur de la croissance.

Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes

8 commentaires

  • 30 décembre 18:26

    que l'on n'arrête de nous prendre la tête avec l'Etat stratège, c'est un désastre.


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