Aller au contenu principal
Fermer

Kyiv accuse Moscou d'avoir violé la trêve énergétique de Trump
information fournie par Reuters 12/10/2026 à 13:57

par Daniel Flynn et Pavel Polityuk

Le président ukrainien Volodimir Zelensky a accusé lundi la Russie d’avoir violé le cessez-le-feu portant sur les infrastructures énergétiques annoncé la veille par le président américain Donald Trump, alors qu'une frappe a touché une centrale thermique à Kharkiv, dans l'est de l'Ukraine.

Donald Trump, sous la pression des prix élevés de l'énergie à l'approche des élections de mi-mandat américaines le 3 novembre, a pris au dépourvu Kyiv et ses alliés européens ce weekend en annonçant un "cessez-le-feu énergétique", après avoir également dévoilé un accord visant à acheter du diesel à la Russie.

Alors que les responsables européens exprimaient leur scepticisme quant à ce cessez-le-feu, l’Union européenne a exhorté les États-Unis à maintenir la pression sur Moscou et a approuvé de nouvelles sanctions visant le complexe militaro-industriel russe.

Volodimir Zelensky a de son côté demandé à Washington de veiller à ce que Moscou respecte tout accord.

Le président ukrainien a déclaré qu’il attendait toujours les détails de l’accord annoncé par Donald Trump, Kyiv se méfiant de tout traité qui pourrait donner un avantage à la Russie en contraignant l’Ukraine à cesser unilatéralement ses attaques contre les raffineries russes.

"Il y a eu des violations russes du cessez-le-feu énergétique annoncé par le président Trump", a annoncé Volodimir Zelensky lors d’une conférence à Varsovie par visioconférence.

"Nous attendons les détails des conditions convenues entre les Américains et les Russes, et nous attendons de voir quelle mesure concrète les Américains sont prêts à prendre", a-t-il précisé, disant avoir pris connaissance de l’accord par la presse.

"Ce cessez-le-feu énergétique peut fonctionner, et il peut constituer une avancée majeure vers la fin de la guerre si les Américains interviennent véritablement dès maintenant et veillent à ce que les Russes le respectent."

Le chef de l'Etat ukrainien a indiqué que l’Ukraine n’avait mené aucune attaque contre les raffineries russes pendant la nuit de dimanche à lundi, mais a clairement fait savoir que l'Ukraine ne suspendrait pas ces attaques plus longtemps si la Russie ne cessait pas de frapper le réseau énergétique ukrainien.

La Russie n’a pas réagi dans l'immédiat.

Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, a déclaré qu’elle préférerait un cessez-le-feu "qui implique qu’il n’y ait pas de morts", et qu’il n’était pas certain que la Russie s’y tienne.

"Nous appellerions les États-Unis à mettre en place les sanctions nécessaires pour que nous puissions réellement mettre fin à la guerre", a-t-elle déclaré lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères à Luxembourg.

Une source proche du dossier a indiqué que les États-Unis avaient menacé de suspendre le partage de renseignements avec l’Ukraine ainsi que les livraisons d’armes afin de faire pression sur Kyiv pour le cessez-le-feu énergétique.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison blanche, les États-Unis ont déjà largement cessé de fournir des armes à l’Ukraine, tout en autorisant les pays européens à en acheter pour le compte de Kyiv.

LES UKRAINIENS SCEPTIQUES FACE AU CESSEZ-LE-FEU

Les attaques russes sur l'Ukraine ont fait six morts dimanche dans deux villes différentes, ont indiqué les autorités locales.

Alors que les équipes de secours fouillaient les décombres à Kharkiv, Nataliia Minka, une témoin, a raconté qu’elle venait tout juste de rejoindre un abri lorsqu’un missile a frappé à proximité.

"Dix minutes s'étaient écoulées depuis qu'ils avaient promis de ne pas viser les installations énergétiques, et il y a déjà eu cinq frappes. Mon enfant et moi avons vu un missile frapper la centrale thermique n°5 et l'avons regardée brûler. C'est horrible", a-t-elle témoigné.

"C’est tellement difficile de décrire la scène : une enfant gisait là, déjà recouverte, et son père courait autour d’elle en pleurant et en hurlant", a-t-elle décrit.

Au moins 12 personnes ont également été blessées lors de plusieurs attaques russes contre Kharkiv lundi matin, a déclaré le maire de la ville Ihor Terekhov.

À quelques centaines de kilomètres de là, dans la capitale ukrainienne, les habitants se montraient également sceptiques quant à la possibilité qu’une promesse de "cessez-le-feu énergétique" soit respectée.

"Je porte un regard très critique sur toute information", a déclaré Vira, une fonctionnaire de 37 ans.

Lors des négociations, "une décision est parfois prise, mais malheureusement, l’agresseur russe ne la respecte souvent pas ; il est donc inutile de croire que nous serons sauvés demain et qu’une sorte de paix nous sera accordée."

Afin de maintenir la pression sur Moscou, les ministres de l’Union européenne ont adopté lundi près de 1.600 nouvelles sanctions visant le complexe militaro-industriel russe, a déclaré Kaja Kallas sur X.

"Plus de la moitié d’entre elles sont liées à la chaîne de production des missiles balistiques", a-t-elle indiqué.

Donald Trump exige que l’Ukraine cesse ses attaques contre les raffineries de pétrole russes, imputant à ces frappes la hausse des prix du diesel qui nuit à son parti républicain à l’approche des élections aux États-Unis.

Dans un contexte de détérioration des relations américano-ukrainiennes, Donald Trump a averti samedi son homologue ukrainien qu’il ferait mieux de cesser d’attaquer les raffineries russes, et a exhorté les Ukrainiens à remplacer leur président lors de nouvelles élections.

Les élections sont suspendues en Ukraine depuis l’invasion russe en 2022 et l'instauration de la loi martiale. Volodimir Zelensky a déclaré qu’il "appartenait aux Ukrainiens" de choisir leur dirigeant et fait savoir qu’il organiserait un scrutin si le président russe Vladimir Poutine acceptait un cessez-le-feu de 60 jours.

Donald Trump avait précédemment annoncé un cessez-le-feu énergétique en Ukraine à la mi-septembre, bien qu’aucune des deux parties n’ait jamais confirmé qu’un tel accord ait été conclu.

Volodimir Zelensky a rejeté toute responsabilité dans la hausse des prix de l’énergie, ajoutant que "tout le monde" savait que la guerre au Moyen-Orient était un facteur plus déterminant.

(Daniel Flynn, Pavel Polityuk, Inti Landauro, Lili Bayer, Karol Badohal, Pawel Florkiewicz; rédigé par Matthias Williams; version française Etienne Breban)

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Pages les plus populaires