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Indonésie: prison ferme contre des militaires pour une attaque à l'acide contre un militant des droits humains
information fournie par AFP 10/06/2026 à 12:17

Des soldats indonésiens accusés d'avoir mené une attaque à l'acide contre un militant des droits humains, comparaissent au tribunal militaire de Jakarta, le 10 juin 2026 ( AFP / Yasuyoshi Chiba )

Des soldats indonésiens accusés d'avoir mené une attaque à l'acide contre un militant des droits humains, comparaissent au tribunal militaire de Jakarta, le 10 juin 2026 ( AFP / Yasuyoshi Chiba )

Un tribunal militaire indonésien a condamné mercredi quatre soldats à des peines de prison ferme comprises entre 18 mois et trois ans, pour avoir mené une attaque à l'acide contre un militant des droits humains.

Mi-mars, Andrie Yunus, coordinateur adjoint de l'ONG Kontras et très critique envers les initiatives visant à accroître l'influence de l'armée au sein du gouvernement, a été grièvement blessé et a perdu l'usage d'un oeil après avoir été aspergé d'acide.

La semaine dernière, les procureurs militaires avaient requis des peines de deux ans et demi de prison ferme à l'encontre de chacun des quatre inculpés.

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont jugé légères les peines infligées aux soldats, estimant que le verdict visait à protéger ceux qui avaient ordonné et planifié l'attaque.

M. Andrie, âgé de 27 ans, venait de terminer l'enregistrement d'un podcast sur l'influence grandissante de l'armée au sein du gouvernement lorsqu'il a été agressé.

Quatre soldats, âgés de 40 à 45 ans, membres des services de l'Agence de renseignements stratégiques (BAIS) de l'armée, ont ensuite été arrêtés. Le chef de l'agence a démissionné.

Le juge Fredy Ferdian Isnartanto devant les soldats indonésiens accusés d'avoir mené une attaque à l'acide contre un militant des droits humains, au tribunal militaire de Jakarta, le 10 juin 2026 ( AFP / Yasuyoshi Chiba )

Le juge Fredy Ferdian Isnartanto devant les soldats indonésiens accusés d'avoir mené une attaque à l'acide contre un militant des droits humains, au tribunal militaire de Jakarta, le 10 juin 2026 ( AFP / Yasuyoshi Chiba )

Les accusés ont été reconnus coupables d'avoir prémédité l'attaque. Deux d'entre eux ont été exclus de l'armée dans le cadre de leur sanction, en raison de leur "conduite arrogante", a précisé le juge Fredy Ferdian Isnartanto.

Selon l'accusation, les soldats n'ont pas agi sur ordre mais de leur propre initiative, motivée par la colère suscitée par l'interruption, en 2025, d'une réunion parlementaire par M. Andrie et un autre militant, pour protester contre une révision de la loi sur les forces armées indonésiennes.

Cette réforme, finalement votée par le parlement l'an dernier, permet aux militaires en service de travailler dans 14 ministères et institutions publiques, contre 10 auparavant.

"Les actes des accusés constituent un acte de vengeance extrajudiciaire", avait déclaré la semaine dernière le procureur Wasinton Marpaung.

Le gouvernement, par la voix de Yusril Ihza Mahendra, ministre en charge des droits de l'Homme, a réagi en indiquant rejeter "toutes les formes d'intimidation, de violence physique et d'actes de représailles (...) contre les citoyens qui expriment des critiques ou leurs opinions".

"Il n'y a pas de place pour les fonctionnaires véreux qui commettent des actes anarchiques, enfreignent la loi ou utilisent la violence pour faire taire les autres", a-t-il ajouté dans un communiqué.

"Dissimulation flagrante"

Des militants en soutien à Andrie Yunus réclament justice,à Jakarta le 30 avril 2026 ( AFP / BAY ISMOYO )

Des militants en soutien à Andrie Yunus réclament justice,à Jakarta le 30 avril 2026 ( AFP / BAY ISMOYO )

L'ONG Amnesty International a décrit le procès comme une "dissimulation flagrante qui n'apporte ni la justice ni la vérité à Andrie Yunus".

La décision "ne tient pas dûment compte de l'implication d'autres acteurs ou de la chaîne de commandement, alors que des enquêtes indépendantes ont récemment (suggéré) qu'au moins 14 personnes avaient été impliquées", a dénoncé le directeur d'Amnesty International Indonésie, Usman Hamid, dans un communiqué.

L'ONG Human Rights Watch (HRW) a jugé de son côté que les décisions rendues mercredi constituaient une "parodie de justice".

"Ces peines légères (...) démontrent précisément pourquoi le système des tribunaux militaires n'est pas adapté à des affaires comme celles-ci", a déclaré Elaine Pearson, directrice de l’organisation pour l’Asie.

M. Andrie et d'autres militants avaient demandé à ce que les accusés comparaissent non pas devant un tribunal militaire mais devant un tribunal civil, de peur que l'affaire soit minimisée dans un pays où les attaques contre des militants sont rarement punies.

M. Andrie a refusé d'assister aux audiences, invoquant des raisons de santé et une méfiance envers le tribunal.

Des soldats indonésiens accusés d'avoir mené une attaque à l'acide contre un militant des droits humains, comparaissent au tribunal militaire de Jakarta, le 10 juin 2026 ( AFP / Yasuyoshi Chiba )

Des soldats indonésiens accusés d'avoir mené une attaque à l'acide contre un militant des droits humains, comparaissent au tribunal militaire de Jakarta, le 10 juin 2026 ( AFP / Yasuyoshi Chiba )

L'un des juges, Mokhamad Zainal Abidin, avait argué pendant le procès que les accusés avaient "seulement tenté de donner une leçon" au militant, pour qu'il "ne piétine plus ni ne rabaisse" l'armée.

Le parlement a adopté mardi une réforme de la loi sur la police nationale qui, selon ses détracteurs, confère à la police un pouvoir excessif au sein du gouvernement, comparable à celui dont jouit l'armée.

Le mois dernier, Amnesty International avait estimé que le gouvernement du président Prabowo Subianto prenait un virage "autoritaire".

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