par Anna Ringstrom et Simon Johnson
Les élections législatives en Suède dimanche donnent lieu à un coude-à-coude entre la coalition de droite au pouvoir et l'opposition de centre gauche, laquelle dispose selon des résultats partiels d'une majorité d'un siège à même d'enrayer le virage conservateur opéré par le pays, à la tradition libérale.
D'après l'autorité électorale, après dépouillement des suffrages dans 4.853 des 6.312 districts électoraux, le bloc de centre-gauche, dirigé par la cheffe de file des sociaux-démocrates Magdalena Andersson, est donné victorieux de 175 sièges, sur les 349 que compte le Parlement suédois ("Riksdag").
La coalition de droite du Premier ministre sortant Ulf Kristersson est créditée de 174 sièges, montrent les résultats partiels.
Si l'issue du scrutin ne devrait pas entraîner de changement dans la position pro-Europe et pro-Ukraine de Stockholm, un nouveau mandat du dirigeant conservateur permettrait à celui-ci de faire avancer son programme très strict de lutte contre l'immigration.
Etant donné l'écart infime dans les suffrages, il est possible que le vainqueur de ces législatives soit connu seulement dans plusieurs jours, une fois pris en compte les bulletins des ressortissants suédois vivant à l'étranger.
Au cours de la campagne électorale, Ulf Kristersson s'est affranchi d'un tabou en exprimant son intention d'offrir en cas de victoire des ministères aux Démocrates de Suède, un parti d'extrême droite plongeant ses racines dans la mouvance néo-nazie, avec le but d'ancrer la coalition gouvernementale à droite. Les Démocrates de Suède ont jusqu'à présent soutenu le gouvernement de Kristersson sans y participer.
Nombre d'électeurs de droite ont dit penser qu'une victoire de leur camp équivaudrait à une validation des mesures ayant selon eux contribué à réduire la criminalité et de la politique anti-immigration mise en oeuvre par le gouvernement sortant.
Toutefois, certains Suédois ont fait part de leurs craintes, disant considérer que l'invitation formulée par Ulf Kristersson à l'extrême droite dépassait les limites.
Donné perdant au début de la campagne électorale, le Premier ministre conservateur a repris espoir ces dernières semaines en gagnant du terrain dans les sondages face à Magdalena Andersson.
Cette tendance s'est inscrite sur fond de nouvelle percée des partis anti-immigration en Europe, avec la victoire du parti allemand d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) lors d'élections régionales organisées la semaine dernière.
Selon un sondage de sortie des urnes réalisé pour la chaîne de télévision publique SVT, le parti Démocrates de Suède, dont le chef de file est Jimmie Akesson, obtiendrait cependant environ 17% des voix seulement, soit un recul de trois points par rapport à 2022.
Magdalena Andersson a accusé les politiques d'Ulf Kristersson d'avoir rendu la Suède plus intolérante et plus pauvre. "Nous sommes devenus une société plus dure, plus silencieuse, mais aussi plus pauvre, car notre croissance est restée bien en deçà de notre potentiel et les ménages voient leur pouvoir d'achat diminuer de plus en plus", a-t-elle dit à Reuters avant le scrutin. "Notre pays a fondé sa force sur le partage des réussites de chacun et sur le fait que nous restons solidaires lorsque les temps sont durs."
(Niklas Pollard, Simon Johnson, Johan Ahlander et Tom Little, avec la contribution de Greta Rosen Fondahn, Marie Mannes, Terje Solsvik et Justyna Pawlak; version française Camille Raynaud, Tangi Salaün et Jean Terzian)

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