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France-Macron dénonce un "dysfonctionnement" et des "failles" de la justice dans l'affaire Lyhanna
information fournie par Reuters 05/06/2026 à 14:33

(Actualisé avec éléments de Matignon, réactions de la classe politique, avocats de la famille et du principal suspect, collectif féministe)

Le président Emmanuel Macron a dénoncé vendredi un "dysfonctionnement" et des "failles" de la justice dans l'affaire de la disparition d'une collégienne de 11 ans, Lyhanna, pour laquelle l'enquête a révélé que le principal suspect était déjà visé par plusieurs plaintes et signalements, notamment pour viols.

La jeune fille a disparu il y a une semaine, le 29 mai, à Fleurance, dans le Gers. Un corps a été retrouvé jeudi, "porteur de vêtements similaires" à ceux de Lyhanna lors de sa disparition, a indiqué le procureur de la République d'Agen, Olivier Naboulet.

Le corps est en cours d'identification.

Un homme âgé de 41 ans, dont Lyhanna connaissait la fille, a été mis en examen et placé en détention pour enlèvement et séquestration. Lyhanna avait été vue pour la dernière fois dans la voiture de ce dernier.

L'enquête a révélé que le principal suspect était déjà visé par trois procédures judiciaires avant la disparition de Lyhanna, notamment une plainte datant de 2022 pour viol sur mineure de 15 ans - classée sans suite en 2024 - et une autre plainte pour viol déposée en août 2025 pour laquelle le suspect n'avait pas encore été entendu par la justice.

Une autre plainte pour viol sur mineur a été déposée mercredi, a fait savoir la procureure de la République d'Auch Clémence Meyer.

L'affaire a pris un tour politique face à la vague de critiques concernant d'éventuels dysfonctionnements dans le traitement des plaintes pour viols accusant le suspect.

"Il est clair qu'il y a un dysfonctionnement", a réagi vendredi Emmanuel Macron depuis le Monténégro où il assiste à un sommet UE-Balkans occidentaux. "Nous ne pouvons pas ne pas voir que des failles se sont révélées. Il faut maintenant les clarifier."

"Les choses ne se sont pas passées comme elles auraient dû se passer. C'est une évidence. Et c'est inacceptable", a jugé Emmanuel Macron, se disant "choqué".

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réuni vendredi dans la matinée le ministre de la Justice Gérald Darmanin et le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez pour faire un "point de situation" sur cette affaire.

"ÉLÉMENTS ACCABLANTS"

Le Garde des Sceaux et le ministre de l'Intérieur "ont fait état d’éléments accablants dans la procédure, à tous les niveaux, qui rendent évidemment incompréhensible que le mis en cause n’ait pas été entendu dans le cadre de la plainte de viol déposée en août dernier", a indiqué Matignon dans un communiqué à l'issue de la réunion.

Une mission d'inspection a été lancée dont les premières conclusions sont attendues sous 15 jours.

"La question est de savoir si tous les signaux d’alerte ont été pris en compte à temps, si toutes les procédures ont fonctionné comme elles auraient dû fonctionner et si les priorités ont été les bonnes", a indiqué Matignon.

"Peut-être qu'il y a eu un dysfonctionnement spécifique mais de toute manière on sait très bien que les services de justice sont complètement surchargés (...) Les plaintes pour viol mettent des années à être traitées", a souligné Sophie Barre, membre du collectif "Nous Toutes", auprès de Reuters.

L'affaire a suscité de multiples réactions dans la classe politique, tous bords confondus.

La patronne des Écologistes, Marine Tondelier, a dénoncé sur X un "fait social qui illustre l'incapacité systémique de notre société à protéger les femmes et les enfants des violences sexuelles". "Ce n'est pas un dysfonctionnement isolé", a-t-elle accusé.

"Tant de temps gâché, de témoignages et de plaintes ignorés", a regretté pour sa part la cheffe de file des députés La France insoumise (LFI) Mathilde Panot sur le même réseau tandis que Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a jugé que "toute la France est révoltée par l’inaction des pouvoirs publics".

Par la voix de son avocat, la famille de Lyhanna a dit jeudi son "plus grand effroi" après la découverture du corps sans vie non identifié.

Les avocates du principal suspect, présumé innocent, ont fait savoir pour leur part qu'elles ne feraient aucune déclaration à la presse.

(Rédigé par Blandine Hénault, avec la contribution de Juliette Jabkhiro et Michel Rose, édité par Benoit Van Overstraeten)

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