(Actualisé avec Sébastien Lecornu, Darmanin à l'Assemblée nationale)
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a mis en garde mardi contre "la rhétorique de la confrontation" après la mort d'un militant identitaire à Lyon, dénonçant à mots couverts les "ambiguïtés" du chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, que le ministre de la Justice a nommément mis en cause dans ce drame.
Les députés ont observé une minute de silence en hommage à Quentin Deranque, un étudiant de 23 ans passé à tabac jeudi dernier en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences-Po Lyon et décédé samedi.
La police recherche les auteurs de l'agression - au moins six, selon le procureur de Lyon - dans le cadre d'une enquête pour "homicide volontaire". Selon plusieurs médias, cinq des six suspects ont été identifiés et seraient pour certains issus de la mouvance d'ultra-gauche. Aucune interpellation n'est intervenue à ce stade.
Némésis, groupuscule d'extrême droite auquel appartenait la victime, accuse la Jeune Garde, un groupe antifasciste dissous en juin 2025, d'avoir tendu un "guet-apens" à ses militants.
La Jeune Garde a été fondée par le militant antifasciste lyonnais Raphaël Arnault, élu député en 2024 dans le Vaucluse sous les couleurs de LFI. Il a été condamné en 2022 à quatre mois de prison avec sursis pour "violences volontaires en réunion" lors d'une manifestation d'extrême droite. Son assistant parlementaire Jacques-Elie Favrot, mis en cause sur les réseaux sociaux, s'est mis en retrait de ses fonctions avant d'être interdit d'accès au Palais Bourbon.
Il a démenti "formellement" par la voix de son avocat toute implication dans le drame, qui a pris une tournure politique à l'approche des élections municipales des 15 et 22 mars.
La mort de Quentin Deranque a de fait monopolisé les débats mardi après-midi lors de la séance des questions au gouvernement, où Raphaël Arnault était absent.
"C'est un moment de vérité (...) dans lequel un certain nombre de formations politiques ne pourront pas s'abriter derrière des raisonnements trop compliqués : soit on lutte et on refuse la violence, soit on ne lutte pas contre elle", a déclaré Sébastien Lecornu en réponse à une question du député (Droite républicaine) Laurent Wauquiez qui a estimé que "l'extrême gauche a du sang sur les mains".
"CEUX QUI ARMENT MORALEMENT LES ARMES"
"On ne peut pas avoir la rhétorique de la confrontation en permanence et ne pas voir que ce qui se passe parfois dans cet hémicycle peut infuser dans l'ensemble de la société", a ajouté le chef du gouvernement, visant sans les nommer les bancs des Insoumis.
Il a lancé "un appel à la responsabilité individuelle, à la responsabilité de chaque formation politique, dans le respect du vote des Français mais dans le respect des valeurs de la République".
Sébastien Lecornu a évoqué la possibilité d'interdire "un certain nombre de conférences" dans les établissements d'enseignement supérieur pour éviter des "troubles à l'ordre public".
Intervenant à plusieurs reprises, le garde des Sceaux - le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez était en déplacement en Algérie - s'est fait plus incisif dans les attaques, dénonçant la responsabilité de "M. Mélenchon" qui avait présenté la Jeune Garde comme "une organisation alliée" en avril 2025.
"Il y a une violence incontestable entre La France insoumise et la Jeune Garde", a lancé Gérald Darmanin, fustigeant "ceux qui arment moralement les armes des tueurs".
"La Jeune Garde tue et la France insoumise devrait le condamner", a-t-il souligné, prônant de poursuivre la dissolution des "groupuscules d'ultra-gauche et d'ultra-droite".
Prenant acte d'une "brutalisation" de la politique et de la société, le ministre de la Justice a annoncé une prochaine circulaire aux préfets disposant que "tout élu (...) qui menace, qui utilise sa fonction tribunicienne en dehors de l'hémicycle" doit faire l'objet de poursuites.
Face à ces accusations, la présidente du groupe LFI à l'Assemblée, Mathilde Panot, a accusé le gouvernement d'"instrumentaliser" le drame de Lyon pour "salir" les Insoumis.
"Aucun Insoumis n'est impliqué ni de près ni de loin dans ces violences", a-t-elle affirmé. "Il faut méconnaître l'Histoire pour accepter la victimisation de l'extrême droite et prétendre que les violences seraient à gauche de l'hémicycle."
S'interrogeant sur l'absence de dispositif policier lors de la conférence de Rima Hassan, elle a lancé au Premier ministre : "Faire peser sur notre groupe une responsabilité morale imaginaire ne parviendra pas à éclipser votre réelle responsabilité politique".
Sébastien Lecornu a invité à ne pas "inverser le récit".
(Rédigé par Sophie Louet, édité par Blandine Hénault)

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