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France-Le double pari, politique et judiciaire, de Marine Le Pen
information fournie par Reuters 08/07/2026 à 14:02

* La candidate du RN prend de court ses adversaires

* Elle mise sur un duo gagnant avec Jordan Bardella

* Ses adversaires vont l'attaquer sur sa probité

* La Cour de cassation pourrait étudier son cas rapidement

par Elizabeth Pineau

En visant l'Elysée malgré sa condamnation en appel suspendue par un recours devant la Cour de cassation, la candidate du Rassemblement national (RN) Marine Le Pen fait le pari - politiquement et juridiquement risqué selon les analystes - de poursuivre, quoi qu'il arrive, son rêve présidentiel.

Son intervention sur TF1 à peine terminée mardi soir, la double finaliste de la course à l'Elysée en 2017 et 2022 a lancé sa quatrième campagne présidentielle avec un site internet (www.marinelepen.com), une photo en bleu-blanc-rouge et un slogan : "Pour la France, la Renaissance".

La patronne du groupe RN à l'Assemblée et son dauphin, le président du parti Jordan Bardella, étaient ensemble ce mercredi sur un marché de La Flèche (Sarthe), ville ravie en mars aux socialistes dans cet Ouest qui résistait jusqu'ici à une extrême droite bien ancrée dans le Nord et le Sud-Est.

Cette entrée en campagne fulgurante prend de court leurs opposants, à l'heure où droite et gauche se cherchent encore des candidatures stables.

"Quoi qu'ils en disent, les adversaires du RN, des Insoumis aux LR en passant par le centre 'macroniste', s'attendaient à une option Bardella, jugée fragile", a dit à Reuters le constitutionnaliste Benjamin Morel. "Là ils auront autre chose à exploiter mais à la différence de l'affaire [qui, en 2017, a fait dérailler la campagne présidentielle du candidat conservateur François] Fillon, ça ne va pas 'feuilletonner' tant que ça, et Marine Le Pen pourra faire campagne".

Clamant son innocence, Marine Le Pen en appelle aux Français, dans un élan populiste rappelant la stratégie du président américain Donald Trump.

"Il y a quelque chose de 'trumpien' au sens où elle part du principe que la justice lui en veut et qu'en gros, elle prend à témoin le peuple contre le juge", dit Benjamin Morel. "Toutefois le respect de l'Etat de droit n'est pas de ne pas critiquer la justice mais le respect de la chose jugée. A aucun moment elle n'est dans ce cas."

Pour devenir présidente de la République, Marine Le Pen devra convaincre de sa probité - mise à mal par sa condamnation pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires du Front national (devenu RN) - bien au-delà de ses fidèles.

"Ma conviction est que son socle électoral est réel, une part importante des 'marinistes' vont la suivre", déclaré à Reuters Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale de BVA Xsight.

"Ses adversaires vont s'engouffrer dans cette brèche mais pour ses électeurs, ça reste acceptable. Élargir sa base électorale pourrait être plus compliqué", ajoute-t-elle, insistant sur la bonne perception dans l'opinion d'une Marine Le Pen pugnace, déterminée.

Stewart Chau, directeur adjoint du cabinet de conseil Destin Commun France, juge également "peu probable que ce jugement porte préjudice à la candidate étant donné le soutien indéfectible de sa base électorale et la perception initiale que le jugement l'empêchait de se présenter".

AU RN, LE SCÉNARIO "ÉTAIT ENVISAGÉ"

"Il lui appartiendra de s'expliquer", a déclaré mardi sur France 2 le candidat Horizons Edouard Philippe, décidé à "éviter aux Français de vivre le cauchemar" que constituerait selon lui un duel final entre Marine Le Pen et le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Au sein du RN, la journée de mardi replace Jordan Bardella dans le rôle de potentiel Premier ministre, là où les déboires judiciaires de Marine Le Pen avaient fait de lui un possible présidentiable, sondages flatteurs à l'appui.

"Le RN avait tellement anticipé le fait que Marine Le Pen n'irait pas au bout qu'il a poussé Jordan Bardella, et une partie de l'électorat avait intégré que ce serait lui le candidat", observe Adélaïde Zulfikarpasic.

Interrogé par Reuters, un proche de l'eurodéputé minimisait la déception de son "camp".

"C'est un scénario qui était envisagé, et tout le monde fera campagne ensemble comme cela aurait été le cas dans le sens inverse", a-t-il dit à Reuters sous couvert d'anonymat. "Au-dessus de nous, il y a la France et 2027 est sans doute l'une des dernières chances pour le pays sur les plans migratoires, sécuritaires et économiques".

Du côté des adhérents du RN comme Alexandre Mahoudeaux, étudiant de 19 ans d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), la campagne commence vraiment.

"Nous, les militants, portons l'idée fantastique de Marine Le Pen d'un duo, un homme, une femme, Marine Le Pen et Jordan Bardella", a-t-il dit à Reuters.

Élue du Pas-de-Calais, Marine Le Pen est populaire auprès des Français modestes, tandis que Jordan Bardella plaît aux jeunes, à un électorat plus bourgeois, et tente de séduire les milieux économiques.

"Avec Bardella ils marchent bien en couple, il est ce qu'elle n'est pas. Ce qui marque et fonctionne, c'est le caractère très complémentaire de l'un et de l'autre", souligne Benjamin Morel.

PRÉSUMÉE INNOCENTE

Pour Marine Le Pen, l'autre inconnue est judiciaire.

La Cour de cassation a laissé entendre qu'au titre du bon déroulement de la vie démocratique du pays, elle pourrait traiter le dossier en priorité.

Mercredi sur France Inter, l'un des deux avocats de Marine Le Pen, Me Rodolphe Bosselut, demandait que sa cliente soit traitée en justiciable ordinaire qui doit attendre au moins huit mois pour voir son cas étudié. Un tel délai permettrait à Marine Le Pen, présumée innocente, de concourir sans entrave pour l'élection des 18 avril et 2 mai 2027.

"Si le premier président de la Cour de cassation, M. Christophe Soulard, s'y était engagé, il est probable que la Cour de cassation mette tout en oeuvre pour examiner ce pourvoi avant l'élection présidentielle", a toutefois déclaré à Reuters Elodie Le Prado, avocate au Conseil d'Etat et à la Cour de Cassation.

En cas d'examen précoce et de décision défavorable à Marine Le Pen, dès janvier 2027 par exemple, les spécialistes expliquent que la pose d'un bracelet électronique, décidée par le juge d'application des peines, pourrait prendre des mois.

Marine Le Pen a aussi l'espoir que la Cour de cassation lui donne raison.

"Dans ce cas, c'est la fusée. Et le nouveau procès en appel n'arrivera pas avant 2028", déclare Benjamin Morel.

(Reportage Elizabeth Pineau, avec Juliette Jabkhiro, édité par Sophie Louet)

1 commentaire

  • 14:15

    Cette reprise de justess e collabo de Poutine doublement condamnée pour détournement de fonds publics se présente comme "gaullienne" alors que son père pétainiste a fondé le FN avec un ancien Wàffen SS........comment dire.......En pensant à De Gaulle tous les gaullistes, les français démocrates et républicains seront sans pitié pour ce clan o û règne la cr@pulerie depuis plus de 50ans


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