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France-L'affaire "Quentin" marginalise LFI et aide le RN à se normaliser
information fournie par Reuters 20/02/2026 à 12:12

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Les Français "choqués" par le lynchage mortel de Lyon-sondage

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Vers la fin du "Front républicain" ?

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Bardella veut entourer les Insoumis d'un "cordon sanitaire"

par Elizabeth Pineau

Épisode d'une rare violence en France, le lynchage à mort à Lyon du jeune identitaire Quentin Deranque par des militants d'extrême gauche présumés marginalise La France insoumise (LFI) et promeut un Rassemblement national (RN) prompt à affirmer que le diable a changé de camp, estiment des analystes interrogés par Reuters.

A un mois du premier tour des élections municipales et un peu plus d'un an de la présidentielle, cet épisode creuse la fracture entre le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et le reste de la gauche tout en illustrant une recrudescence de la violence au pays des "Gilets jaunes", crise sociale majeure de la fin 2018.

"Ce genre d'évènement - un jeune homme de 23 ans frappé à mort - marque en profondeur le pays", considère Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof. "Les images sont terribles, tout le monde les a vues, tout le monde en parle."

Selon un sondage Odoxa–Backbone pour Le Figaro paru jeudi, 87% des Français en ont entendu parler et autant disent que cela les a "personnellement choqués". Trois-quarts (73%) y voient le signe que "la violence politique gagne du terrain en France."

Auteur du livre "Les racines sociales de la violence politique" (Editions de l'Aube), Luc Rouban voit dans cette "violence incontrôlée" le signe d'une "crise démocratique".

"Il y a toujours eu des violences politiques mais elles étaient encadrées par les partis, les syndicats, l'Etat. Depuis les 'Gilets jaunes', les institutions sont dépassées. Livrée à elle-même, la société devient violente", a-t-il dit à Reuters.

Des permanences d'élus insoumis ont été attaquées ou dégradées dans les heures qui ont suivi l'annonce de la mort de Quentin Deranque, et le siège de LFI à Paris a subi une alerte à la bombe.

Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique, Luc Rouban rapproche le drame de Lyon des "agressions contre les élus locaux", traduction de "deux problèmes qui traversent la vie politique française : la désacralisation des institutions et l'absence d'ordre légitime".

Le président Emmanuel Macron a appelé jeudi les forces politiques à lever toute "ambiguïté" face à la violence, s'adressant sans les nommer aux extrêmes de droite et de gauche.

"LA RELATION AVEC LFI EST TERMINÉE", DIT HOLLANDE

Interpellé sur sa proximité avec des mouvances antifascistes, le chef de file de LFI Jean-Luc Mélenchon affirme que son camp est étranger à cette affaire et protège le député Raphaël Arnault, dont deux proches sont mis en examen.

Dans le sondage Odoxa, 56% des personnes interrogées (contre 11%) pensent qu'il n'a pas réagi comme il le fallait.

L'épisode lyonnais creuse le fossé entre les Insoumis et le reste de la gauche, profond depuis les attaques du Hamas palestinien le 7 octobre 2023 en Israël et aggravé par les négociations de cet automne entre le PS et le gouvernement de Sébastien Lecornu sur le budget 2026.

Certains ténors sociaux-démocrates comme l'ancien président François Hollande et l'eurodéputé Raphaël Glucksmann prônent une rupture avec LFI qui mettrait un point final aux ententes passées à gauche (Nouvelle Union populaire écologique et sociale, Nouveau Front populaire) ou avec les partis macronistes (Front républicain) pour faire barrage à l'extrême droite.

"Je considère que la relation avec LFI est terminée. Pour ce qui me concerne, elle est rompue", a dit François Hollande mercredi sur BFMTV.

Avec un risque à l'approche des élections municipales des 15 et 22 mars : que le défaut de soutien de LFI aux socialistes, communistes ou écologistes fasse perdre à la gauche des villes très disputées comme Paris, Marseille ou Strasbourg.

"Il y aura de la part d'électeurs traditionnels du Parti socialiste une difficulté à pouvoir accepter potentiellement une alliance avec La France Insoumise", souligne Jean-Daniel Lévy, de l'institut Harris Interactive.

BARDELLA DIT CONDAMNER "TOUTES LES FORMES DE VIOLENCE"

A l'autre bout de l'échiquier politique, le Rassemblement national profite de cet épisode pour se refaire une virginité après avoir été longtemps vilipendé pour des dérives racistes, antisémites et la violence de certains de ses sympathisants.

Devant la presse mercredi, le président du parti, Jordan Bardella, a invité à ériger un "cordon sanitaire" autour de LFI, inversant la rhétorique jusqu'ici dirigée contre son camp.

"Je condamne toutes les formes de violence", a-t-il dit. "Si demain je suis chef du gouvernement, je prononcerai la dissolution des organisations d'ultragauche, mais aussi d'ultradroite".

Dans un message envoyé vendredi aux cadres du RN, que Reuters a consulté, Jordan Bardella dissuade ses troupes de participer à des manifestations liées au meurtre de Lyon.

"Par nos prises de position publiques ces derniers jours, par les propositions que j'ai formulées lors de la conférence de presse que nous mettrons en oeuvre demain à la tête du pays (...) , nous avons rendu un hommage digne à Quentin et tenons pleinement le rôle politique que les Français, choqués et indignés par ce drame, attendent de nous", écrit-il.

La mise en cause des Insoumis "profite au Rassemblement national surtout que ça vient appuyer des critiques contre LFI qui a une posture très agressive, avec des députés qui se conduisent mal", pense Luc Rouban.

Pour Bruno Cautrès, l'image déjà redorée du Rassemblement national ne pourra qu'en profiter.

"Le RN avait avant tout ça une image meilleure que LFI. Marine Le Pen et Jordan Bardella figurent parmi les personnalités préférées des Français, pas Jean-Luc Mélenchon. Cet épisode accrédite l'idée que la fin du 'macronisme' est apocalyptique", a-t-il dit à Reuters.

A 14 mois de l'élection présidentielle, la question est maintenant de savoir qui serait en mesure de battre le RN en accédant, comme lui si l'on en croit les enquêtes d'opinion, au second tour de la course à l'Elysée.

"Indéniablement, il y a un processus de normalisation du Rassemblement national qui s'effectue avec une porosité qui est bien plus importante que par le passé avec un électorat de la droite traditionnelle et pas uniquement", dit Jean-Daniel Levy. "Mais en 14 mois, beaucoup de choses peuvent se passer".

(Reportage Elizabeth Pineau, avec Lucien Libert, édité par Kate Entringer)

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