(Actualisé avec fin de l'alerte)
Le siège national de La France insoumise (LFI), parti mis en cause dans la mort du militant identitaire Quentin Deranque à Lyon, a été brièvement évacué mercredi à Paris en raison d'une alerte à la bombe, une "menace" qui exacerbe le climat de tension politique à l'approche des élections municipales de mars.
Le parti de Jean-Luc Mélenchon est de fait sous pression et isolé après l'interpellation de l'assistant d'un de ses députés, Raphaël Arnault, dans l'enquête pour "homicide volontaire" ouverte après l'agression mortelle d'un militant du collectif d'extrême droite Némésis en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, jeudi dernier.
Après avoir annoncé peu après 11h00 que le siège de LFI, situé dans le 10e arrondissement à Paris, venait d'être évacué à la suite d'une "menace à la bombe", le coordinateur du parti, Manuel Bompard, a déclaré à la presse environ une heure plus tard qu'une inspection des locaux avait permis d'écarter la présence d'explosifs et que les salariés pouvaient reprendre leurs activités. Une source policière a par la suite confirmé qu'aucun élément suspect n'avait été découvert.
Un courriel de menaces transmis à plusieurs destinataires non précisés, et rendu public par l'entourage de Jean-Luc Mélenchon, affirmait notamment que des "explosifs" avaient été placés dans les locaux dans la nuit de mardi à mercredi avec ces deux phrases de conclusion : "Vous allez le payer au centuple pour avoir assassiné Quentin. En 2027 on va faire du sale."
Au total, 11 personnes âgées "d'une vingtaine d'années" ont été interpellées puis placées en garde à vue dans le cadre de l'enquête sur la mort du militant : neuf mardi soir (deux femmes et sept hommes) et deux autres mercredi matin (une femme et un homme), a fait savoir le parquet de Lyon. Les interpellations sont intervenues dans le Rhône, la Drôme, l'Aisne, l'Isère, et la Haute-Loire.
"FAIRE LE MÉNAGE"
Au nombre des neuf personnes arrêtées mardi soir, trois, considérées comme des "accompagnateurs", n'étaient pas présentes sur les lieux des faits. Les enquêteurs recherchaient six "auteurs directs".
Une source policière a dit mardi soir à Reuters que Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire de Raphaël Arnault, député LFI du Vaucluse depuis 2024, figurait parmi les premiers interpellés.
Raphaël Arnault, qui a fondé le groupuscule antifasciste la Jeune Garde en 2018, a été condamné en février 2022 à quatre mois de prison avec sursis pour "violences volontaires en réunion" en marge d'un rassemblement d'extrême droite à Lyon.
La Jeune Garde a été dissous en juin 2025. Selon la même source policière, les personnes en garde à vue sont issues de "la mouvance d'ultra-gauche".
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a pressé mercredi matin LFI de "faire le ménage" dans ses rangs, reprenant une expression employée la veille par le Premier ministre Sébastien Lecornu.
"J'appelle la présidente [des députés LFI] Mathilde Panot à exclure Raphaël Arnault de son groupe, ou du moins à l'exclure temporairement pour marquer cette clarification, pour dire non à la violence", a-t-elle dit sur franceinfo.
L'ex-président socialiste François Hollande a pour sa part déclaré que, s'il était confirmé qu'un ou plusieurs collaborateurs de Raphaël Arnault étaient mis en cause dans la mort de Quentin Deranque, le député "devrait en tirer toutes les conséquences".
"Je crois suffisamment grave sur le plan institutionnel, quand un député a un collaborateur qui lui-même est partie prenante - nous verrons à quel niveau - du lynchage, que sur le plan personnel même, il en tire les conséquences. Son parti politique peut aussi l'y inciter, mais il y a une responsabilité personnelle", a-t-il dit sur BFMTV.
"INTIMIDER"
Reprochant au parti de Jean-Luc Mélenchon d'avoir cultivé une proximité avec la Jeune Garde, "qui fait du combat physique son but et sa méthode", François Hollande a ajouté que ce lien devait être "rompu entièrement" par LFI, formation avec laquelle, a-t-il dit, "la relation (...) est terminée".
La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui a interdit à Jacques-Elie Favrot d'accéder au Palais Bourbon, a quant à elle jugé que LFI devait s'interroger sur l'opportunité de maintenir Raphaël Arnault dans ses rangs.
"Ça n'a pas commencé hier et donc c'est au parti politique aussi de s'interroger, puisqu'il a été élu, 'est-ce que c'est bien normal d'investir ce type de personne ?'", a-t-elle dit sur TF1.
La présidente du groupe LFI à l'Assemblée, Mathilde Panot, a accusé les détracteurs de LFI de porter une responsabilité "immense" dans les menaces visant le parti d'extrême gauche.
"Après les dégradations de nos permanences, les menaces de mort et de viol contre nous, je veux dire solennellement à ceux qui ne cessent de nous cibler : votre responsabilité est immense", a-t-elle écrit sur X.
"À ceux qui pensent nous intimider : nous ne céderons pas et jamais vous n'arriverez à bout de nous !"
Jacques-Elie Favrot, qui a nié par la voix de son avocat toute implication dans les faits, s'était mis en retrait de ses fonctions vendredi dernier.
Le Premier ministre a mis en garde mardi contre "la rhétorique de la confrontation", dénonçant à mots couverts les "ambiguïtés" de Jean-Luc Mélenchon, que le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a nommément mis en cause dans ce drame.
(Rédigé par Benjamin Mallet, avec Elizabeth Pineau, Bertrand Boucey, et Nicolas Delame ; édité par Blandine Hénault et Sophie Louet)

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