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Football-Quel héritage laissera la Coupe du monde version US ?
information fournie par Reuters 20/07/2026 à 06:34

Coupe du monde de la FIFA 2026 - Finale - Espagne - Argentine

Coupe du monde de la FIFA 2026 - Finale - Espagne - Argentine

par Julien Pretot

Plutôt que pour l'identité de son vainqueur, la Coupe du monde 2026 pourrait au bout du compte rester dans les ‌mémoires davantage pour les questions suscitées autour de l'avenir du football: dans quelle mesure les "retouches" nord-américaines effectuées pour ce tournoi s'inscriront-elles sur la durée ?

Entre les "pauses fraîcheur" obligatoires ayant de facto divisé les matchs en quatre quart-temps, les bagues offertes aux nouveaux champions du monde, ou encore le concert ​donné à la mi-temps de la finale et l'exploitation commerciale du tournoi comme d'un divertissement, la FIFA a utilisé avec enthousiasme les codes traditionnels du sport nord-américain.

Si certaines de ces nouveautés vont probablement rester des spécificités de ce Mondial organisé aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique, d'autres pourraient s'inscrire sur le long-terme.

Instaurées pour ce tournoi avec, selon la FIFA, le bien-être des joueurs comme préoccupation, en raison de la chaleur extrême et de l'humidité de l'été nord-américain, les "pauses fraîcheur" de trois minutes ont été appliquées quelles que soient les conditions censées les rendre ​nécessaires, au motif, toujours selon la FIFA, de préserver l'équité entre toutes les équipes.

Elles ont constitué le principal changement apporté au déroulement du jeu, allant à l'encontre de ce que les puristes du football ont toujours protégé - deux périodes, et non quatre.

Pour les entraîneurs, ces "pauses fraîcheur" sont devenues des temps morts tactiques. Pour les diffuseurs du tournoi, elles sont devenues des fenêtres ​publicitaires représentant une valeur commerciale énorme.

Mais, aux supporters habitués au rythme ininterrompu du football, elles ont donné le sentiment agaçant de diviser les ⁠matches en quatre quart-temps.

HABITUDES LOCALES

La question de l'héritage laissé par le Mondial 2026 devient d'autant plus pertinente concernant les "pauses fraîcheur".

Il est vraisemblable qu'elles seront envisagées pour les futurs tournois, en particulier parce que le bien-être des joueurs offre une justification à la ‌FIFA pour préserver ces pauses et parce que les décideurs ne devraient pas ignorer le potentiel commercial qu'elles représentent.

Néanmoins, toute tentative pour normaliser ces coupures devrait se heurter à de la résistance, en particulier en Europe, où l'absence de pauses multiples est l'un des aspects du jeu défendu par les supporters. L'UEFA, l'instance qui régit les compétitions européennes, a d'ores et déjà fait savoir qu'elle ne modifierait pas la règle selon laquelle les pauses ​permettant aux joueurs de s'hydrater ne dépassent pas une minute.

La FIFA a, elle, démontré jusqu'où elle était prête ‌à aller pour refaçonner le football à l'image du marché dans lequel les matchs se déroulent: loin.

Tradition directement issue du sport nord-américain, des bagues de champion du monde ont été remises aux ⁠membres de l'équipe d'Espagne victorieuse dimanche du tournoi, tandis que la finale a donné lieu à un concert rappelant ceux organisés à la mi-temps de chaque Super Bowl - la finale du championnat nord-américain de football américain (NFL) - et qui a duré 27 minutes, au lieu de l'immuable pause de 15 minutes.

Dans l'absolu, les grands principes fondamentaux du football n'ont pas été chamboulés. Mais les changements aperçus ont alimenté l'idée que la FIFA a adapté la Coupe du monde à la culture sportive nord-américaine plutôt que de simplement l'installer aux Etats-Unis le temps d'un été.

INFLUENCES

Cela s'est fait ⁠non sans une certaine ironie. Pendant le tournoi, les ‌villes nord-américaines ont vécu ce qui fait de longue date le sel du football international: des foules de supporters qui se rendent sur place, se massent dans les centre-villes, maillots sur le dos et drapeaux nationaux brandis, ⁠pour chanter pendant des heures avant et après les matches.

Les Etats-Unis ont semblé absorber la culture du "soccer" et, en même temps, la FIFA est apparue désireuse d'assimiler la culture du divertissement sportif nord-américain et de l'exposer aux yeux du monde entier.

Une dimension politique a également accompagné de ‌manière inévitable le tournoi, la relation de proximité entretenue par le président de la FIFA Gianni Infantino avec le président américain Donald Trump étant devenue un thème de discussion.

Aux yeux de ses détracteurs, Gianni Infantino est allé à l'égard de Donald ⁠Trump au-delà de la courtoisie diplomatique attendue en temps normal entre le patron d'une instance sportive mondiale et le dirigeant d'un pays hôte.

La polémique autour du report de la suspension automatique ⁠de l'attaquant américain Folarin Balogun a pris d'autant plus d'épaisseur quand ‌Donald Trump a publiquement salué la FIFA pour s'être penchée sur ce cas, après intervention de la Maison blanche. La FIFA a déclaré que ses commissions agissaient de manière indépendante et autonome, mais cet épisode a renforcé chez certains l'impression d'une ligne plus que ténue séparant gouvernance ​du football et influence politique.

Plus habituelles dans le football, les polémiques presque inévitables autour de l'arbitrage ont pris une ampleur différente lors de cette Coupe du ‌monde, pour laquelle les arbitres ont dû faire respecter de nouvelles règles et interprétations tout en gérant des pressions familières - autour de l'uniformité de leurs décisions, de la protection des joueurs ainsi que de la part accrue de la technologie.

INTERPRÉTATIONS

Au-delà de débattre du bien-fondé d'une décision arbitrale, les discussions ont souvent porté durant ​le tournoi sur un aspect plus fondamental: les lois du jeu sont-elles devenues trop compliquées pour que joueurs, entraîneurs et spectateurs les comprennent en temps réel ?

Destinées à favoriser à la fois la cohérence des décisions et leur clarté, les nouvelles interprétations arbitrales ont fréquemment mis en exergue à quel point il était difficile d'obtenir les deux. L'assistance vidéo à l'arbitrage (VAR) est devenue un élément central des décisions majeures, sans empêcher les débats à propos de certaines d'entre elles - dans certains cas, plutôt que la décision de l'arbitre lui-même, c'est l'interprétation des images au ralenti ⁠qui a été interrogée.

Un climat de suspicion s'est installé autour de l'arbitrage durant cette Coupe du monde, avec des théories du complot amplifiées sur les réseaux sociaux et des arbitres généralement pas en mesure de répondre à de quelconques accusations. Le président de la commission des arbitres de la FIFA, Pierluigi Collina, a nié toute partialité des arbitres et assuré que ceux-ci décidaient sur le terrain en toute indépendance.

Au final, cette Coupe du monde au format élargi, avec 48 équipes, a permis d'inclure davantage de pays, dont certains n'y avaient jamais participée auparavant, et proposé une plus grande quantité de football. Avec 104 matchs en 39 jours, toutefois, le tournoi a ressemblé à une saison sportive au calendrier surchargé sur plusieurs semaines, plutôt qu'à un festival condensé.

Si le format a répondu aux ambitions commerciales de la FIFA et à la géographie des pays hôtes, il n'est pas certain qu'il ait rendu le tournoi plus attractif.

Reste que cette Coupe du monde, comme les précédentes, a apporté son lot d'émotions, de surprises et de héros, qui ont captivé au-delà des polémiques. La prochaine édition, en 2030, dira toutefois ce ​qui aura prévalu de ce Mondial 'made in America'.

(Reportage de Julien Pretot; version française Jean Terzian)

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