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Football-Au Mexique, de nombreux supporters se sentent exclus du Mondial
information fournie par Reuters 17/06/2026 à 16:24

par Cassandra Garrison et Diego Delgado

Né en 1986, l'année où le Mexique a accueilli la Coupe du monde pour la dernière fois, Eduardo Marin aime plaisanter en disant qu’il mesure sa vie non pas en années, mais en compétitions de football.

En 1994, alors qu’il n’était encore qu’un enfant, il a regardé avec sa famille le Mexique se faire éliminer aux tirs au but par la Bulgarie. En 2006, alors à l’université, Eduardo Marin se souvient de la déception immense qu’il a ressentie lorsque l’Argentin Maxi Rodríguez a marqué en prolongation, éliminant ainsi l’une des meilleures équipes mexicaines de ces dernières années.

Et en 2018, la trentaine passée, il a peint avec huit amis un bus aux couleurs du Mexique et roulé de l’Allemagne jusqu’en Russie pour soutenir la sélection.

Cette année, la Coupe du monde se déroule au Mexique, mais Eduardo Marin n’assistera à aucun match. Les prix des billets, explique-t-il, sont inabordables, et l’ambiance ne correspond plus à cet esprit populaire qu'il a connu durant sa jeunesse.

"Avant, c’était pour le peuple", explique-t-il, décrivant ce qu’il considère comme une évolution vers un événement plus élitiste, à l’image de la Formule 1.

Eduardo Marin précise que le coût total de son voyage en Russie, billets pour trois matches compris, s’élevait à environ 5.000 dollars. C'est le prix déboursé ce mois-ci par certains supporters pour assister au match d'ouverture entre le Mexique et l'Afrique du Sud.

Le sentiment d'Eduardo Marin est largement partagé dans le pays, où de nombreux locaux se disent exclus du Mondial, écartés des stades par des prix prohibitifs, contraints de payer des abonnements TV onéreux et bridés par des règles strictes en matière de licence qui ont limité le nombre de bars diffusant les matches.

Des tensions ont également éclaté à propos des efforts visant à embellir les villes hôtes pour les supporters en visite. Aux alentours de Monterrey, par exemple, les autorités ont érigé des murs le long des routes menant au stade et à l’aéroport, masquant ainsi la vue sur les quartiers pauvres.

"Ils ne veulent pas que l’on nous voie", assure San Juanita Barrera, 71 ans, une habitante du quartier de Nuevo San Rafael.

"INSULTANT"

Le Mexique accueille 13 des 104 matches de la Coupe du monde, la majeure partie se déroulant aux États-Unis. Pour les supporters de longue date comme Ricardo Arafat Garcia Tagle, ce déséquilibre est une véritable gifle.

"Quand ils ont fixé le nombre de matches à 13, j’ai trouvé ça insultant", dit-il depuis son appartement, pendant qu’il regarde le match opposant le Brésil au Maroc. "Parmi les trois pays — le Mexique, les États-Unis et le Canada —, c’est ici la nation du football !"

Le coût pour suivre les matchs à la maison a également grimpé. Contrairement aux compétitions précédentes, largement diffusées sur les chaînes gratuites, un abonnement payant est nécessaire pour regarder la plupart des matches.

Dans les stades, les prix sont encore plus inabordables. Pour le match d’ouverture à Mexico, les supporters présents au stade Azteca ont déclaré avoir payé entre 3.000 et 5.000 dollars pour un billet, soit près de 10 mois de salaire médian au Mexique.

Pour Eduardo Marin, difficile d'accepter qu'il n'assistera à aucun match dans son pays, alors qu'il a parcouru le monde pour supporter le Mexique.

"J’ai l’impression qu’il n’y a tout simplement plus la même énergie", juge-t-il, en référence à la Coupe du monde. "Ce n’est plus pareil."

(Reportage de Cassandra Garrison, Diego Delgado et Emily Green à Mexico, Laura Gottesdiener à Monterrey; version française Vincent Daheron, édité par Benoit Van Overstraeten)

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