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Le doublement du montant des rachats de dette annoncé mercredi par le Trésor américain, une mesure inattendue, a contribué à freiner la hausse mondiale des coûts de financement à plus long terme, mais cet effet pourrait être de courte durée compte tenu des inquiétudes persistantes concernant l'inflation et l'augmentation vertigineuse de la dette publique.
Le Trésor américain a annoncé mercredi son intention de doubler, à partir de septembre, ses achats d'obligations à long terme pour les porter à au moins quatre milliards de dollars par opération, une réaction à la hausse vertigineuse des rendements des titres à 30 ans, qui ont atteint cette semaine leur plus haut niveau depuis 2007.
"Cette augmentation de la taille des opérations de rachat reflète la volonté du Trésor d'apporter un soutien accru en matière de liquidité dans les segments nominaux à long terme", a déclaré le Trésor dans un communiqué.
Même si ce montant est insignifiant sur un marché de 32.000 milliards de dollars, les analystes estiment que cette mesure met en évidence la sensibilité du gouvernement face à la hausse des coûts de financement, qui a notamment entraîné une augmentation des taux hypothécaires.
Les économistes soulignent également que cette décision soulève des interrogations quant à savoir si, à l'heure actuelle, c'est la Réserve fédérale (Fed) ou le Trésor américain qui exerce la plus grande influence sur les conditions générales du crédit.
Le doublement des rachats intervient par ailleurs à peine quelques semaines après que le Trésor américain a acheté des yens sur le marché des changes.
"Les opérations de rachat d'obligations sont d'une ampleur limitée et n'ont donc pas la capacité d'influencer réellement la dynamique de l'offre et de la demande", déclare Mohit Kumar, chef économiste pour l'Europe chez Jefferies.
L'analyste souligne que le gouvernement américain a surtout envoyé un message de réactivité.
"Les taux hypothécaires sont liés à l'extrémité longue de la courbe et l'administration Trump ne peut pas se permettre des rendements beaucoup plus élevés", ajoute-t-il.
UN ENDETTEMENT SANS PRÉCÉDENT
Les principales économies mondiales sont confrontées à des coûts de financement qui atteignent leur plus haut niveau depuis plusieurs décennies, une situation qui résulte à la fois des dettes sans précédent contractées dans un contexte de crises successives, de la pandémie de COVID-19 à la guerre en Iran, et alors que les États doivent financer la protection sociale et renforcent leurs dépenses de défense.
La dette totale des États-Unis a dépassé pour la première fois les 40.000 milliards de dollars (34.216 milliards d'euros), a rapporté mercredi le département américain du Trésor, alimentant les craintes d'une crise financière à l'horizon.
Les analystes de CPRAM Julien Daire et Bastien Drut soulignent pour sa part dans une note la "conjonction de facteurs" à l'origine des tensions sur le marché de la dette, notamment le choc pétrolier lié au conflit en Iran, l'accélération des émissions obligataires des hyperscalers dans la course à l'IA, le changement de communication de la Réserve fédérale (Fed) et la poursuite du resserrement quantitatif (QT) de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Banque du Japon (BoJ), qui amplifie la pression haussière sur les rendements mondiaux.
Dans une note, les analystes de JPMorgan soulignent que l'annonce ne contribue pas de manière significative à résoudre les problèmes sous-jacents à l'origine de l'envolée des rendements, notamment les déficits budgétaires insoutenables et les pressions inflationnistes.
Le rendement des obligations américaines à 30 ans a baissé de 9 points de base mercredi, avant de rebondir le lendemain.
Il s'établit à 5,2182%, en progression de 2,4 points de base, contre un plus haut de 19 ans atteint mardi à 5,34%.
Les rendements à long terme de la dette souveraine du Japon, un pays également confronté à la hausse des dépenses publiques, ont considérablement baissé, tandis qu'en Europe, l'impact de l'annonce de Washington a été beaucoup moins marqué, le rendement allemand à 30 ans n'ayant que légèrement reculé par rapport au plus haut niveau atteint depuis 15 ans mercredi.
En France, où le débat budgétaire s'annonce houleux cet automne, le rendement de l'OAT à 30 ans s'établit jeudi à 4,8742%, proche des 5% atteints pour la dernière fois lors de la crise financière de 2008.
Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans prend pour sa part 1,7 points de base jeudi pour atteindre 4,6703%, effaçant une partie de la baisse de cinq points de base de la veille.
(Reportage Rae Wee à Singapour, Caroline Valetkevitch à New York, et Harry Robertson et Samuel Indyk à Londres ; version française Diana Mandia, édité par Benoit Van Overstraeten)

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