Le ministre espagnol des Transports a présenté sa démission mardi près d'une semaine après la catastrophe ferroviaire qui a coûté la vie à 69 personnes, le deuxième grave accident de l'année sur le réseau ferré espagnol, un coup dur pour Pedro Sanchez à quelques semaines des législatives anticipées.
"Un ministre des Transports d'un pays comme l'Espagne ne peut pas rester en fonction après deux accidents d'une telle gravité en moins d'un an, aussi différents soient-ils, et que j'en porte ou non une responsabilité directe", a déclaré devant les députés Óscar Puente, évoquant le drame d'Urda (centre), survenu le 28 octobre, mais également la catastrophe d'Adamuz, qui avait fait 46 morts en janvier en Andalousie (sud).
"C'est une question de dignité politique, de cohérence et d'empathie envers les victimes", a poursuivi ce proche du Premier ministre socialiste Pedro Sánchez à l'issue d'une longue comparution devant les élus réunis dans une formation réduite depuis la dissolution annoncée par le chef du gouvernement en amont des législatives anticipées du 29 novembre prochain.
À quelques semaines du scrutin, la décision d'Óscar Puente a immédiatement suscité des réactions politiques, celle du chef du gouvernement en tête.
"Óscar Puente a assumé ses responsabilités, apporté des solutions et, ensuite, choisi de se retirer. Par dignité. Par volonté propre. Par respect pour les victimes et pour le projet progressiste. Des responsables politiques comme lui honorent notre pays et nous montrent que nous ne sommes pas tous pareils. Tandis que certains se contentent de donner des leçons, d'autres donnent tout", a salué sur X le socialiste, dans une pique en direction de ses opposants.
"Trop tard"
"116 vies trop tard", a réagi de son côté sur X Ester Muñoz, porte-parole du Parti populaire (PP, droite), après l'annonce de la démission d'Óscar Puente. "Le 29 novembre, nous avons l'obligation morale de chasser Sánchez du gouvernement afin de pouvoir reconstruire l'Espagne".
S'il avait plusieurs fois écarté l'idée de démissionner depuis la catastrophe, Óscar Puente a pourtant assuré mardi soir avoir pris la décision de démissionner "dans les premières minutes qui ont suivi la tragédie": "Je rends aujourd'hui cette décision publique, dans le lieu où il est le plus pertinent de le faire."
À l'issue du conseil des ministres, dans la matinée de mardi, il avait présenté à la presse un "plan extraordinaire pour renforcer la sécurité du réseau à grande vitesse", ainsi qu'un dispositif d'aides aux survivants et aux familles de victimes.
"Je n'ai pris aucune décision qui ait contribué à provoquer ce drame. Je n'ai omis de prendre aucune décision politique qui aurait contribué à le provoquer. Et lorsque j'ai dû répondre, j'étais à mon poste de travail et j'ai répondu, comme je le fais aujourd'hui, en assumant mes responsabilités publiquement, sans me cacher", avait-il aussi lancé.
Intenable
"Ce sont là trois différences fondamentales avec l'attitude du Parti populaire", avait-il poursuivi, dans une allusion aux polémiques qui avaient suivi les dramatiques inondations de la région de Valence en 2024 autour de la gestion de la crise par les autorités locales du PP: "Je le répète: lorsque d'autres demandent ma démission, je l'accepte, je le comprends et je peux même le partager. Mais lorsqu'elles viennent du Parti populaire, non."
Selon les premiers éléments de l'enquête, la tragédie d'Urda a commencé avec une panne informatique qui a contraint plusieurs trains à s’arrêter. Une consigne erronée a ensuite été donnée depuis le centre de contrôle de Madrid, demandant à l'un des trains de reprendre sa marche à vitesse normale. Il a ensuite percuté de plein fouet un convoi arrêté sur les voies.
Sous pression depuis la catastrophe, Óscar Puente était déjà à la tête du ministère des Transports en janvier lors de la catastrophe d'Adamuz, le 18 janvier dernier, lorsque deux trains à grande vitesse étaient entrés en collision faisant 46 morts.
Très critiqué à l'époque par l'opposition de droite et d'extrême droite, sa situation politique était devenue intenable après la tragédie de mercredi dernier.
Cette seconde catastrophe est survenue à un mois des élections générales anticipées du 29 novembre, accentuant la pression sur le gouvernement de gauche, déjà fortement critiqué par l'opposition après la catastrophe ferroviaire de janvier.
Ébranlé par plusieurs crises, Pedro Sánchez cherche à obtenir sa réélection lors des élections générales anticipées du 29 novembre, bien que les sondages lui soient défavorables.

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