Le ministre des PME Serge Papin à Paris le 4 février 2026. ( AFP / LUDOVIC MARIN )
A Bercy, le ministre des PME Serge Papin a présenté une "Charte de confiance", afin d'aider les entreprises en difficulté.
Agir dès le premier "signal faible" d'une difficulté. Mardi 10 février, le ministre des PME Serge Papin a lancé "la mobilisation générale" pour les entreprises. "On veut inverser la courbe des défaillances" - près de 70.000 en 2025 -, a-t-il assuré, en présentant à Bercy une "Charte de confiance" en ce sens.
Cette charte est issue des constats tirés lors d'un tour de France du médiateur du crédit et du médiateur des entreprises, qui aident ces dernières à régler leurs problèmes avec un organisme bancaire ou une autre entreprise. "Partout nous avons vu des gens impliqués au soutien des entreprises", a observé le médiateur des entreprises Pierre Pelouzet, "mais ces acteurs ne sont pas suffisamment connus". Pour lui, la philosophie de la charte est : "Si l'entrepreneur ne va pas vers les outils, il faut que nous allions vers l'entrepreneur."
La médiatrice nationale du crédit, Hassiba Kaabêche, estime que "le message de la charte est qu'aucune entreprise ne doit rester seule face aux difficultés".
Sensibiliser les dirigeants "dès la création" de leur entreprise
Les 35 signataires de la charte, organisations patronales, fédérations de banquiers ou d'assureurs-crédit, d'avocats, d'experts-comptables, commissaires aux comptes... s'engagent d'abord à sensibiliser les dirigeants, "dès la création" de leur entreprise, à l'importance d'anticiper de possibles difficultés et aux moyens d'y parer. Par exemple, grâce à "la boîte à outils du dirigeant", disponible sur les sites des deux médiateurs, qui recense les dispositifs existants de détection précoce et de soutien aux entreprises en difficulté. Surtout, les signataires qui détectent une telle difficulté (retard dans le dépôt des comptes, impayé bancaire, fiscal, social ou d'honoraires...) s'engagent à contacter le dirigeant pour l'orienter vers des dispositifs d'aide.
Ancien patron du distributeur alimentaire Système U, Serge Papin a exhorté les chefs d'entreprise à "ne pas avoir peur de demander un accompagnement. "Ça peut arriver qu'on ait un petit passage à vide, des difficultés, moi j'en ai vécu aussi", a-t-il dit. "Lorsque les entreprises s'adressent assez tôt aux tribunaux de commerce (ou tribunaux des activités économiques, selon les villes), dans 70% des cas on trouve une solution. Quand elles s'adressent trop tard, dans 70% des cas c'est un redressement ou une liquidation judiciaire", a expliqué lors d'un point de presse Jean-Luc Moya, médiateur du crédit dans le Var.
Le chef d'entreprise qui sent poindre une difficulté peut se tourner vers le "conseiller départemental aux entreprises en difficulté" (CDED), présent dans chaque direction départementale des Finances publiques. "On veut être un point d'entrée universel", souligne Jérôme Guillotin, CDED de Seine-Maritime.
Situation "très inégalitaire"
David Soulard, directeur général des meubles Gautier, en Vendée, en sait quelque chose. Sa société de 500 salariés, fragilisée par l'inflation sur les matières premières et le manque de confiance des consommateurs après la dissolution de l'Assemblée nationale l'an dernier, est sortie en décembre d'un an et demi de redressement judiciaire. Il salue le rôle de la CDED de Vendée, Magali Girard, dans ce résultat. "Moi, j'avais un seul numéro de portable, le sien, mais elle, elle avait les portables de tout le monde", raconte-t-il à l'AFP, et "tout le monde" a fait en sorte de sauver l'entreprise.
"Le chef d'entreprise a peur de l'inconnu, il a vite fait de devenir aveugle quand il est dans les difficultés", estime David Soulard. "Mais quand vous êtes avec des gens qui vous disent 'ne vous inquiétez pas, on est là et on peut vous aider', c'est fort." Serge Papin a aussi indiqué qu'il allait soutenir la proposition de loi du sénateur LR Olivier Rietmann, discutée dès mercredi, pour déplafonner les amendes qu'ont à verser les entreprises mauvaises payeuses, actuellement limitées à 2 millions d'euros.
Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a relevé la situation "très inégalitaire" qui règne parmi les entreprises, où les PME "sont de bien meilleurs payeurs" que les grandes entreprises.
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