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Trump pourrait cibler les dirigeants et les forces de sécurité impliqués dans la répression-sources
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Des frappes contre les programmes nucléaires ou balistiques sont également envisagées
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Trump n'a pas encore pris sa décision, selon les sources
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L'Iran cherche une issue diplomatique
(Précisions sur les bateaux déployés §8, changement de source sur les responsables israéliens et saoudiens à Washington §§19-20)
par Samia Nakhoul, Humeyra Pamuk, Rami Ayyub et Parisa Hafezi
Le président américain Donald Trump étudie plusieurs options d'intervention en Iran, dont des frappes ciblées contre les forces de sécurité et les dirigeants du pays, en espérant relancer ainsi le mouvement de contestation populaire, ont déclaré à Reuters plusieurs sources au fait des préparatifs.
Deux sources américaines ont précisé que la Maison blanche souhaitait créer les conditions d'un "changement de régime" à Téhéran, quand bien même les autres dirigeants de la région, arabes comme israéliens, considèrent que des frappes aériennes ne suffiraient pas à parvenir à cet objectif.
Donald Trump est tenté de profiter de l'affaiblissement du régime des mollahs après la répression sanguinaire du mouvement de contestation populaire au début du mois, qui a fait des milliers de morts.
Selon les sources américaines, l'une des options à l'étude consisterait à bombarder les unités jugées responsables de la répression, ainsi que leurs commandants, afin d'encourager les manifestants à s'en prendre aux bâtiments gouvernementaux et des services de sécurité.
Donald Trump n'a pas encore pris de décision à ce sujet, ont précisé l'une des sources et un responsable américain, l'option militaire n'étant pas la seule envisagée.
L'autre source américaine a indiqué que l'option de frappes de bien plus grande ampleur, qui pourraient notamment cibler les sites de lancement de missiles balistiques de Téhéran et son programme nucléaire, est également à l'étude.
L'Iran n'est pas disposé à négocier une limitation de son programme de missiles, qu'il considère comme son seul moyen de dissuasion contre Israël, a ajouté la première source.
L'arrivée cette semaine d'un porte-avions américain et de son escadre au Moyen-Orient a renforcé la capacité de Trump à lancer une opération militaire, après des menaces restées lettre morte au plus fort de la répression des manifestations. Outre le porte-avions, la marine américaine dispose désormais de six destroyers et trois autres navires de combat dans la région, a déclaré jeudi un responsable américain.
DOUTES SUR L'EFFICACITÉ DES FRAPPES
Reuters s'est entretenu avec plus d'une dizaine de personnes au fait des discussions en cours à Washington.
L'option militaire est loin de faire l'unanimité. Quatre responsables arabes et quatre diplomates et responsables occidentaux dont les gouvernements sont tenus informés ont dit craindre qu'au lieu de galvaniser les manifestants, des frappes américaines ne finissent de démobiliser un mouvement sous le choc de la répression d'une brutalité sans précédent depuis la révolution de 1979.
Alex Vatanka, directeur du programme Iran au Middle East Institute, estime pour sa part qu'à moins que les États-Unis lancent une opération militaire de grande envergure, les manifestations resteront "héroïques mais impuissantes".
Toutes les sources ont demandé à rester anonymes pour s'exprimer librement sur ce sujet sensible.
Ni la Maison blanche, ni le département d'Etat américain, ni le ministère iranien des Affaires étrangères n'ont répondu aux sollicitations de Reuters. Le bureau du Premier ministre israélien a refusé de commenter.
Donald Trump a exhorté mercredi l'Iran à s'asseoir à la table des négociations et à conclure un accord sur le nucléaire, prévenant que toute future attaque américaine serait "bien pire" que la campagne de bombardements menée en juin dernier contre trois sites nucléaires.
Un responsable iranien a déclaré à Reuters que l'Iran "se préparait à une confrontation militaire, tout en utilisant les voies diplomatiques" pour l'éviter. Il a ajouté que Washington ne semblait pas vraiment disposé à négocier.
Donald Trump n'a pas dit publiquement ce qui constituerait un bon accord à ses yeux.
La Russie s'est dite jeudi préoccupée par les menaces américaines et a appelé Washington et Téhéran à entamer des négociations. L'Iran est un proche allié de Moscou, notamment sur le plan militaire.
ISRAËL POUSSE, L'ARABIE SAOUDITE FREINE
Dans le même temps, le chef des services de renseignements militaires israéliens et le ministre saoudien de la Défense, dont les pays seraient en première ligne en cas de tirs de riposte iraniens, sont présents à Washington cette semaine pour discuter séparément du sujet, ont déclaré à Reuters deux sources au fait du dossier.
Selon le site d'information américain Axios, les Israéliens ont proposé une liste de cibles à Washington, tandis que les Saoudiens cherchent à éviter un conflit armé qui pourrait embraser la région. L'agence de presse officielle saoudienne SPA a rapporté cette semaine que le prince héritier Mohammed ben Salmane avait déclaré au président iranien Massoud Pezeshkian que Ryad n'autoriserait pas les États-Unis à utiliser son espace aérien pour mener d'éventuelles frappes.
Un haut responsable israélien ayant une connaissance directe des plans élaborés entre Israël et les États-Unis a pour sa part déclaré qu'Israël ne croyait pas que des frappes aériennes suffiraient à faire tomber le régime.
"Pour renverser le régime, il faut envoyer des troupes au sol", a-t-il dit à Reuters, soulignant que même si le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, était éliminé, Téhéran le remplacerait aisément.
Seule une combinaison de pressions extérieures et d'une opposition interne organisée pourrait produire un résultat, a ajouté le responsable israélien.
D'après deux sources au fait des discussions, les services de renseignement américains sont arrivés à une conclusion similaire : le régime iranien est affaibli par les manifestations provoquées par la hausse du coût de la vie, mais il demeure fermement aux commandes.
Une source occidentale a dit penser que Donald Trump pourrait davantage chercher à provoquer un "changement de direction" du régime iranien, dans l'esprit de ce qu'il a fait au Venezuela en capturant le président Nicolas Maduro tout en laissant en place un régime chaviste plus coopératif.
Lors d'une audition au Sénat mercredi, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a déclaré que Washington nourrissait "l'espoir" d'une transition similaire si Ali Khamenei venait à tomber, tout en reconnaissant que la situation en Iran est beaucoup plus complexe qu'au Venezuela.
LES GARDIENS DE LA RÉVOLUTION EN EMBUSCADE
Âgé de 86 ans, le guide suprême iranien a fortement réduit ses apparitions publiques et résiderait dans des lieux sécurisés depuis que les frappes israéliennes de l'année dernière ont décimé le commandement militaire iranien, selon des responsables régionaux.
La gestion quotidienne a été confiée à des personnalités proches du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI), notamment son conseiller Ali Larijani, ont-ils dit.
Ali Khamenei reste néanmoins décisionnaire pour toutes les questions ayant trait au nucléaire, à la guerre et à sa propre succession, ce qui rend difficile tout changement politique tant qu'il est en place.
Pour l'heure, l'ayatollah n'a pas de successeur désigné, ce qui fait craindre à certains responsables, notamment dans les pays arabes, que son éventuelle éviction ne profite aux Gardiens de la révolution, ce qui se traduirait par un durcissement du régime et une hausse des tensions régionales.
Dans tout le Proche-Orient, des pays du Golfe à la Turquie, les dirigeants disent préférer un "endiguement" à l'effondrement du régime, non par sympathie pour les dirigeants iraniens, mais par crainte que les troubles au sein d'un pays de 90 millions d'habitants n'aient des répercussions incontrôlables.
Un Iran fracturé pourrait sombrer dans la guerre civile, comme cela s'est produit après l'invasion américaine de l'Irak en 2003, ont reconnu deux diplomates occidentaux.
Pour Alex Vatanka, du Middle East Institute, c'est plutôt le modèle de la Syrie du milieu des années 2010, qui avait vu l'émergence du groupe Etat islamique (EI) sur fond de guerre civile et de lutte acharnée pour les territoires et les ressources, qui est à redouter.
Les monarchies du Golfe, alliés de longue date des États-Unis et hôtes de bases américaines importantes, craignent d'être les premières cibles des représailles iraniennes.
L'Arabie saoudite, le Qatar, Oman et l'Égypte ont fait pression sur Washington pour qu'il renonce à frapper l'Iran.
"Les États-Unis pourraient appuyer sur la gâchette, mais ils n'en subiront pas les conséquences. Nous, si", a souligné une source arabe.
(Samia Nakhoul, Humeyra Pamuk, Rami Ayyub, Parisa Hafezi, avec la contribution de Gram Slattery, Steve Holland et Idrees Ali à Washington, Emily Rose à Jérusalem; version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)

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