Le principal chef de l'opposition Tundu Lissu au tribunal à Dar es Salaam, Tanzanie, le 19 mai 2025 ( AFP / ERICKY BONIPHACE )
Le principal chef de l’opposition en Tanzanie, Tundu Lissu, détenu depuis 19 mois, ne sera pas condamné à mort car la justice l'a innocenté du chef d'accusation de trahison, un crime passible de la peine capitale, a annoncé vendredi sur X son parti Chadema.
Opposition et défenseurs des droits humains dénoncent l'intimidation et la répression croissantes des voix critiques en Tanzanie, notamment après l'élection fin octobre 2025 de la présidente Samia Suluhu Hassan, lors d'un scrutin marqué par une contestation réprimée dans le sang.
Le président de Chadema, principale formation de l'opposition face au parti CCM qui dirige la Tanzanie depuis son indépendance, a toutefois été condamné pour "incitation", ce qui pourrait lui valoir plusieurs années de prison, selon ce parti politique.
"Le tribunal est convaincu que l’accusé a commis l’infraction d’incitation et le déclare coupable à ce titre", a déclaré le juge Dunstan Ndunguru lors du prononcé du verdict.
"A travers ses déclarations, l’accusé avait l’intention de perturber les élections et d’inciter à la violence", a-t-il poursuivi.
Tundu Lissu 58 ans, avait été arrêté en avril 2025 après avoir déclaré que Chadema entendait "bloquer les élections par la confrontation" si le système électoral n'était pas réformé.
Chadema a finalement été exclu des élections d'octobre 2025 après avoir refusé de signer un nouveau "code de conduite électorale", qui selon lui n'incluait pas les réformes qu'il exigeait. Le scrutin a été remporté avec 98% des suffrages par Mme Hassan.
Les mesures de sécurité sont particulièrement renforcées vendredi, en amont du verdict, dans le centre de la capitale économique Dar es Salaam, a constaté un journaliste de l’AFP, par crainte de débordements.
Une commission d'enquête mise sur pied par la présidente - et jugée partiale par l'opposition - a annoncé en avril que les violences électorales avaient fait 518 morts, sans identifier de responsables.
Opposition et défenseurs des droits humains en Tanzanie affirment qu'environ 2.000 personnes ont été tuées par les forces de l'ordre.
Chadema avait exhorté ses partisans à se mobiliser massivement pour l’annonce du verdict. Dans un communiqué publié mercredi, la police avait mis en garde "ceux qui veulent organiser un coup d’État".
"Répression politique"
Le procès a suscité des critiques d'une vingtaine de parlementaires, notamment du Royaume-Uni et de l’Union européenne, qui l’ont qualifié de politiquement motivé et ont demandé la libération immédiate de M. Lissu.
"Le recours à la peine capitale contre un opposant politique risque de transformer le système judiciaire en instrument de répression politique", ont écrit ces parlementaires dans une lettre envoyée lundi à la présidente tanzanienne.
"Je suis de près l’issue du procès de Tundu Lissu, ainsi que ses implications plus larges pour l’État de droit", a publié sur X l’ambassadeur des États-Unis en Tanzanie, William Trachman.
L’affaire marque le troisième procès pour trahison très médiatisé dans l’histoire de la Tanzanie continentale. Les deux premiers, dans les années 1970 et 1980, concernaient des accusés soupçonnés de comploter pour renverser et assassiner le président fondateur du pays, Julius Nyerere (1922-1999).
Tundu Lissu risque la peine de mort mais clame son innocence.
C’est la première fois que l'opposant fait face à des charges aussi graves, malgré ses arrestations répétées en raison de son opposition au gouvernement.
En 2017, il avait survécu à une tentative d’assassinat au cours de laquelle il avait reçu 16 balles. Les blessures reçues lors de l'attaque, qu'il avait jugée politiquement motivée, ont nécessité près de 20 opérations chirurgicales.
Dans sa plaidoirie finale, M. Lissu, qui s'est défendu lui-même, avait exhorté le collège de trois juges présidant son affaire à faire preuve de "courage".
"J’espère que vous assumerez ce lourd fardeau historique sans parti pris", leur avait-il lancé, "avec courage et dignité".

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