Aller au contenu principal
Fermer

Drogue: un adolescent jugé à huis clos pour le meurtre d'un chauffeur de VTC à Marseille
information fournie par AFP 10/02/2026 à 10:22

Un adolescent jugé à huis clos devant le tribunal pour enfants de Paris pour le meurtre d'un chauffeur de VTC à Marseille en octobre 2024 ( AFP / Damien MEYER )

Un adolescent jugé à huis clos devant le tribunal pour enfants de Paris pour le meurtre d'un chauffeur de VTC à Marseille en octobre 2024 ( AFP / Damien MEYER )

Le procès d'un adolescent de 15 ans pour le meurtre en octobre 2024 à Marseille d'un chauffeur de VTC, première affaire emblématique de tueurs à gages mineurs recrutés sur internet par la narcocriminalité organisée marseillaise, s'est ouvert mardi devant le tribunal pour enfants de Paris.

Le mineur, que la législation interdit de nommer, est jugé à huis clos pour homicide volontaire en bande organisée à Paris, où la procédure a été délocalisée. Le jugement est attendu jeudi en fin de journée.

Pour la première fois dans un procès, les réquisitions seront prises par le nouveau Parquet national anticriminalité organisée (Pnaco), entré en activité début janvier et basé dans la capitale.

Du fait de son âge, l'adolescent encourt 20 ans de prison, contre la perpétuité s'il avait été majeur. Ayant 14 ans au moment des faits, donc moins de 16 ans, l'excuse de minorité ne peut être écartée par les juges.

Le 4 octobre 2024, le chauffeur de VTC Nessim Ramdane, un père de famille de 36 ans, est retrouvé tué par balle au volant de son véhicule, encastré dans le mur d'une école maternelle à Marseille.

Peu après la découverte du véhicule et du corps, la police reçoit l'appel d'un détenu de la région se présentant comme membre du gang marseillais DZ Mafia, assurant avoir commandité le meurtre d'un narcotrafiquant rival.

Ce contrat était censé venger la mort d'un adolescent de 15 ans, qu'il avait précédemment envoyé intimider ce concurrent, mais qui avait été repéré et poignardé une cinquantaine de fois puis brûlé vif.

Mécontent de son nouveau tueur qui a abattu une personne sans lien avec sa cible, le commanditaire l'a dénoncé à la police qui a interpellé ce dernier dans la foulée.

"Cette affaire est évidemment dramatique mais ce drame était inévitable au regard des carences de ses parents, et notamment des carences institutionnelles. C'est ce sur quoi le débat va porter durant ces trois jours", ont déclaré à la presse les avocates du prévenu, Mes Coline Grindel et Eva Bensoussan, avant d'entrer dans une salle sous forte protection policière.

Rassemblement de chauffeurs de VTC à Marseille pour rendre hommage à l'un d'eux tué par un adolescent sur fond de marcotrafic, le 11 octobre 2024 ( AFP / Christophe SIMON )

Rassemblement de chauffeurs de VTC à Marseille pour rendre hommage à l'un d'eux tué par un adolescent sur fond de marcotrafic, le 11 octobre 2024 ( AFP / Christophe SIMON )

Juste après le meurtre, le procureur de Marseille Nicolas Bessone avait donné des détails sur le profil du mineur, expliquant qu'il avait été placé en foyer depuis ses neuf ans, ses parents étant eux-mêmes détenus dans des affaires liées aux stupéfiants.

Au moment de son arrestation, le mineur était alors mis en cause dans cinq affaires en cours non encore jugées, qui n'étaient pas d'une particulière gravité, a indiqué à l'AFP une source judiciaire.

"Nous avons espoir que le tribunal pour enfants sanctionne de façon exemplaire ce mineur. Finalement, la justice est le dernier rempart à la violence", a déclaré avant l'audience Me Anne Santana-Marc, avocate de la famille de Nessim Ramdane.

- Recruté sur Snapchat -

Recruté sur Snapchat pour ce contrat, l'adolescent avait été récupéré dans le Gard et installé dans un hôtel à Marseille où lui ont été remis une arme et un téléphone, d'après une source judiciaire.

L'apprenti-tueur a commandé un VTC Bolt pour aller exécuter sa cible. Mais en raison d'un différend avec le chauffeur, dont la nature n'est pas claire, le mineur l'a abattu d'une balle de revolver à l'arrière du crâne durant le trajet.

"J'attends l'audience avec une boule au ventre, car j'ai besoin de voir ce mineur qui a ôté la vie à Nessim, non pas par haine, mais pour lui dire le mal irréparable qu'il a causé à mes enfants", a déclaré Mélanie Giacomi, veuve de Nessim Ramdane, rencontrée la semaine dernière par l'AFP à Marseille.

Avec le procès, "j'ai besoin qu'il entende que son acte a plongé une famille entière dans l'horreur et que des enfants devront vivre chaque jour avec l'absence cruelle de leur père", a ajouté l'aide-soignante de 34 ans.

Les obsèques de Nessim Ramdane, chauffeur de VTC et père de famille, avaient rasemblé plusieurs centaines de personnes à Marseille le 8 octobre 2024 ( AFP / MIGUEL MEDINA )

Les obsèques de Nessim Ramdane, chauffeur de VTC et père de famille, avaient rasemblé plusieurs centaines de personnes à Marseille le 8 octobre 2024 ( AFP / MIGUEL MEDINA )

Quelque 500 personnes avaient assisté aux obsèques du père de trois enfants, figure du football local, prêt à empiler les emplois pour nourrir sa famille.

L'affaire amorce la vague de procès liées à l'embauche croissante de mineurs par la criminalité organisée marseillaise, qui se matérialise déjà dans la hausse de 18% de l'activité pénale du tribunal pour enfants de Marseille l'année dernière.

"Cette délinquance est marquée par des passages à l'acte de plus en plus violents, par le recrutement de mineurs dans les réseaux de narcotrafic, mineurs qui deviennent souvent victimes d'actes de torture et de barbarie, de séquestration voire d'assassinats", avait noté fin janvier Olivier Leurent, président du tribunal judiciaire de Marseille, à l'audience solennelle de rentrée.

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Pages les plus populaires