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Des efforts de Ryad au Liban entravés par les divisions à Beyrouth à propos d'Israël-sources
information fournie par Reuters 30/04/2026 à 21:22

par Laila Bassam, Maya Gebeily, Tom Perry et Samia Nakhoul

Une querelle grandissante entre les plus hauts responsables libanais entrave des efforts menés par l'Arabie saoudite pour aider Beyrouth à afficher une position unifiée à propos de négociations historiques avec Israël, ont déclaré jeudi à Reuters des sources libanaises et des représentants étrangers.

L'Arabie saoudite, qui a joué un rôle crucial dans les Accords de Taëf ayant mis fin en 1990 à une guerre civile de quinze ans au Liban, a renforcé ces derniers jours son implication auprès de Beyrouth, alors que le cessez-le-feu temporaire chapeauté plus tôt ce mois-ci par les Etats-Unis n'a pas mis fin aux hostilités entre Israël et le Hezbollah.

Si les liens de Ryad avec Beyrouth ont été fragilisés depuis des années par l'influence du Hezbollah sur la politique et la sécurité libanaises, le royaume sunnite voit une fenêtre d'opportunité au Liban avec l'affaiblissement du mouvement armé aligné sur l'Iran chiite à la suite de l'offensive militaire lancée par Israël en 2023.

Washington veut se servir de la trêve annoncée le 16 avril par le président américain Donald Trump pour organiser des pourparlers de paix directs entre le Liban et Israël, en état de guerre depuis 1948, une démarche à même de refaçonner les dynamiques internes au Liban et le rôle régional du pays.

Mais les responsables libanais sont en désaccord à propos du format de ces négociations et les objectifs de celles-ci.

Favorable au dialogue, le président libanais Joseph Aoun défend la perspective de discussions en face-à-face avec Israël, disant vouloir un "accord permanent", alors que des émissaires des deux pays ont pris part à des discussions à Washington.

VISITE DE L'ÉMISSAIRE SAOUDIEN À BEYROUTH

Bien que Joseph Aoun n'a pas explicitement appelé à un accord de paix avec Israël, prévenant par ailleurs que le Liban ne céderait aucune partie de son territoire, deux sources informées ont déclaré à Reuters que le président libanais a dit en privé être prêt à normaliser les liens avec l'Etat hébreu afin de stopper la guerre, relancée début mars en marge de la campagne militaire israélo-américaine en Iran.

Mais le président du Parlement libanais, Nabih Berri, un allié du Hezbollah, est opposé à la tenue de pourparlers directs avec Israël, une position qui reflète celle du mouvement chiite. Il estime que Beyrouth doit chercher à conclure un pacte de non-agression avec Israël mais pas un accord de paix complet, ont rapporté deux sources libanaises au fait de sa position.

De longue date, dans le cadre d'un pacte national, le pouvoir à Beyrouth est partagé sur la basé d'un système confessionnel - le président de la République est un chrétien maronite, le Premier ministre un musulman sunnite et le président du Parlement un musulman chiite.

L'émissaire saoudien pour le Liban a effectué la semaine dernière une visite à Beyrouth afin d'encourager Joseph Aoun, Nabih Berri et le Premier ministre Nawaf Salam à présenter une position commune sur les négociations et à signaler leur unité en organisant une réunion tripartite, ont déclaré deux sources politiques libanaises de haut rang, qui ont rencontré le prince Yazid ben Farhane, et un représentant occidental informé des discussions.

Sauf que cette hypothèse a pris du plomb dans l'aile avec les tensions accrues à Beyrouth, ont indiqué ces trois sources, alors que Nabih Berri a publiquement accusé Joseph Aoun d'avoir effectué des commentaires "pour le moins inexacts" à propos des négociations avec Israël.

Aucun commentaire n'a été obtenu dans l'immédiat auprès des services de Joseph Aoun, ni auprès du service de presse du gouvernement saoudien.

La présidence libanaise a déclaré dans un communiqué que Joseph Aoun a reçu jeudi Nawaf Salam, sans mentionner Nabih Berri.

DIVISIONS

Cette querelle illustre les divisions qui règnent à l'échelle de l'ensemble de la société libanaise à propos des négociations avec Israël. Une partie de la population considère que mener des discussions directes et sceller rapidement accord de paix est la seule voie permettant de tourner la page de décennies d'invasions et d'occupations israéliennes du Liban.

Toutefois, le Hezbollah et une grande partie de la communauté libanaise chiite, qui est particulièrement ciblée par les attaques menées par Israël dans le sud du Liban et ailleurs dans le pays, sont fermement opposés à des pourparlers directs et à une normalisation des liens avec Israël. Plusieurs détracteurs ont appelé à renverser le gouvernement de Beyrouth en raison de l'ouverture de discussions avec l'Etat hébreu.

D'après une source du Golfe au fait de la question, les deux sources politiques libanaises de haut rang et le représentant occidental, l'intervention de Ryad auprès des responsables libanais répond aux craintes suscitées par une telle instabilité mais aussi par l'hypothèse que Beyrouth scelle prématurément une paix avec Israël.

Yazid ben Farhane a demandé et obtenu lors de sa visite la garantie que le Hezbollah ne chercherait pas à renverser le gouvernement libanais, ont dit les quatre sources. L'émissaire saoudien a également mis en garde contre des avancées de Beyrouth avec Israël qui seraient plus rapides que le processus de normalisation des liens entre Ryad et l'Etat hébreu.

L'Arabie saoudite affirme de longue date qu'elle signera les accords dit Abraham chapeautés par les Etats-Unis, destinés à normaliser les relations entre des pays arabes et Israël, seulement quand il y aura un accord-cadre pour la création d'un Etat palestinien.

Désireux d'élargir les accords Abraham, qu'il a initiés durant son premier mandat présidentiel, Donald Trump a exprimé en parallèle à l'annonce de la trêve au Liban sa volonté de recevoir à la Maison blanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et Joseph Aoun pour des discussions.

RYAD FAVORABLE À UNE "DÉTENTE" LIBAN-ISRAËL

Yazid ben Farhane a conseillé à Beyrouth de ne pas accepter à court-terme une rencontre entre le président libanais et le dirigeant israélien, ont dit les deux sources politiques libanaises de haut rang.

Reste que, selon la source du Golfe et l'une des deux sources libanaises, l'Arabie saoudite est favorable à ce que le Liban oeuvre à une "détente" avec Israël qui mettrait fin à l'instabilité actuelle.

Israël et le Hezbollah s'accusent mutuellement de ne pas respecter le cessez-le-temporaire, annoncé à la suite de la trêve entre les Etats-Unis et l'Iran, alors que la question du Liban figure parmi les points de Téhéran dans les négociations.

Si les bombardements de l'armée israélienne contre la capitale Beyrouth ont cessé, Tsahal a continué ses attaques contre d'autres parties du Liban, principalement le sud du pays, où trois secouristes ont été tués mardi dans une frappe israélienne.

Les hostilités au Liban ont éclaté après que le Hezbollah a lancé des roquettes en direction d'Israël à la suite de l'assassinat d'Ali Khamenei, guide suprême iranien pendant près de quatre décennies, au premier jour des bombardements israélo-américains en Iran le 28 février.

Plus de 2.500 personnes, dont des enfants, des secouristes et des journalistes, ont été tuées au Liban depuis le 2 mars, selon les autorités libanaises, tandis que plus de 1,2 million de Libanais ont été déplacés. Deux civils israéliens ont été tués dans les attaques du Hezbollah depuis cette date, selon les autorités israéliennes.

Israël a de nouveau envahi en mars le sud du Liban afin, a-t-il dit, de contrôler une "zone tampon" jusqu'au fleuve Litani - ravivant le souvenir de l'occupation illégale du pays de 1982 à 2000. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a alors promis des ravages similaires à ceux infligés à Gaza tandis que le ministre des Finances, Belazel Smotrich, a appelé à annexer le Sud-Liban pour faire du Litani la frontière nord d'Israël.

(Maya Gebeily, Laila Bassam, Tom Perry, Samia Nakhoul et Timour Azhari; rédigé par Jean Terzian)

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