La plateforme d'orientation post-bac Parcoursup, qui cristallise le mécontentement des lycéens mobilisés, est accusée de trier les élèves et de manquer de transparence ( AFP / Anna KURTH )
La plateforme d'orientation post-bac Parcoursup, qui cristallise le mécontentement des lycéens mobilisés, est accusée de trier les élèves et de manquer de transparence. Derrière ce processus, l'un des enjeux est celui du nombre de places dans l'enseignement supérieur public, selon les organisations étudiantes.
Sa création
En parallèle de la réforme du baccalauréat qui a introduit du contrôle continu au bac et la suppression des filières (S, ES, L), la plateforme numérique Parcoursup a été lancée en 2018, pour remédier notamment au problème de tirage au sort dans les filières où il y avait plus de candidats que de places.
Le tri en cas d'excès de candidatures se fait depuis à partir de l'examen des dossiers (notes, assiduité, comportement etc.).
Les élèves de terminale, et étudiants en réorientation, doivent formuler 10 vœux. Contrairement à la précédente plateforme APB (admission post-bac), Parcoursup classe les candidats, y compris pour les licences générales. Ils reçoivent progressivement des réponses d'admission et peuvent rester en attente plusieurs semaines.
"On vit dans un système scolaire qui nous met constamment sous la pression, sous le stress : Parcoursup, c'est là juste pour nous enterrer", a déclaré Pierre, 18 ans, élève en terminale STMG dans le sélectif lycée public parisien Henri IV.
Les critiques récurrentes
Manifestation de lycéens à Toulouse le 6 octobre 2026 ( AFP / Lionel BONAVENTURE )
Une grande partie des lycéens et des parents jugent le processus opaque et discriminatoire. Il est associé à "une forte diminution" de leur bien-être mental pour les 70% des élèves qu'elle stresse, selon les derniers résultats de l'étude Mentalo menée depuis 2024 par des chercheurs de l'Inserm et l'Université Paris-Cité, publiée début octobre.
"Avec Parcoursup, on se demande où on va finir, si on va réussir à faire quelque chose qu'on aime", s’inquiète Nina, 16 ans, en première au lycée Pasteur à Lille. "Peu importe ce qu'on fait pour notre dossier - les stages, les recommandations, les notes - on a l'impression que ça ne changera rien", regrette l'adolescente.
A l'issue de la phase principale d'admission en juillet, environ plus de 100.000 élèves se sont retrouvés sans affectation. Le ministère de l'Enseignement supérieur n'a pas communiqué les chiffres à l'issue de la phase complémentaire achevée officiellement le 10 septembre.
Amender la plateforme ?
Un rapport parlementaire de février conclut que le processus actuel "participe de la persistance des inégalités socioculturelles".
Pour y remédier, il suggère de supprimer le lycée d'origine, de publier les algorithmes locaux des formations, ou encore d'indiquer à quel stade des candidatures les critères de sélection affichés sont pris en compte.
Le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste s'est dit prêt à "continuer à travailler" sur la "lisibilité de Parcoursup" et sa "transparence". Il doit transmettre des propositions d'ici fin octobre.
Ou créer des places ?
Manifestation de lycéens à Marseille le 6 octobre 2026 ( AFP / Miguel MEDINA )
Néo, 16 ans, lycéen à Lille, juge lui aussi la plateforme "très aléatoire", affirmant qu'"on sait très bien que ça a été créé parce qu'il n'y a plus de place dans les écoles", alors que des universités, en difficulté financière, ferment des formations et que le nombre de bacheliers augmente.
Une partie des recalés de Parcoursup se tournent vers les formations privées hors Parcoursup.
Plusieurs organisations étudiantes réclament la suppression de la sélection et la création de 250.000 places dans le supérieur public. Ces organisations souhaitent qu'une plateforme numérique centralise les formations existantes, mais que les élèves puissent s'inscrire où ils le souhaitent.
"L'enjeu c'est de créer 120.000 à 250.000 places dans le supérieur public, en particulier dans des filières pour les bac pro", estime Bruno Andreotti, enseignant-chercheur, membre de Stand-Up for Science, qui a coécrit un rapport, transmis aux parlementaires en octobre, pour demander plus de moyens pour l'université.
"Totem politique"
Le gouvernement défend lui, le système, qui "fonctionne", selon sa porte-parole Maud Bregeon, y voyant un "totem utilisé par certains responsables politiques" en plein mouvement lycéen.
"Ca a été un très grand progrès par rapport au système antérieur où il y avait notamment un tirage au sort", a défendu samedi dans le Parisien Jean-Michel Blanquer, ex-ministre de l'Education à l'origine de la réforme.
Les Insoumis, comme tous les partis de gauche, promettent d'abroger Parcoursup, qui "sera un marqueur de la présidentielle", estime le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon, car ses "inventeurs", Gabriel Attal et Edouard Philippe, sont "tous les deux candidats".
M. Attal souhaite "faire évoluer" le dispositif, en faisant baisser "la pression du contrôle continu", à laquelle il préfère "davantage d'épreuves terminales pour fonder les dossiers".

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