Un vétérinaire vaccine des vaches contre la dermatose dans une ferme d'Aviernoz, le 22 juillet 2025 en Haute-Savoie ( AFP / JEFF PACHOUD )
Des parlementaires mandatés pour faire un "premier bilan" de la crise de la dermatose bovine recommandent d'anticiper la "revaccination" pour éviter le retour de la maladie cet été, mais aussi de débloquer des moyens pour mieux anticiper les crises sanitaires.
Après avoir auditionné "141 acteurs du monde agricole et experts du sanitaire animal" depuis la mi-novembre, quatre parlementaires de la commission des affaires économiques du Sénat ont rendu leurs conclusions mercredi, "première étape d'un indispensable retour d'expérience à froid", selon un résumé du rapport.
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est arrivée en France en juin, en Savoie, mais c'est après son arrivée dans le Sud-Ouest à l'automne que la colère de certains agriculteurs a explosé face à la gestion de la crise par le gouvernement.
Les parlementaires (LR, Union centriste, PCF, PS) affirment qu'il existe un "consensus scientifique" et "transpartisan" sur l'efficacité du protocole sanitaire, qui allie l'abattage total des foyers dès qu'un cas est recensé dans le troupeau, la vaccination dans les zones à proximité et l'interdiction des mouvements d'animaux.
Ils soulignent toutefois une communication de l’État" parfois insuffisante ou inadaptée", qui a conduit à "une prolifération de fausses informations", et appellent à dépêcher systématiquement un expert scientifique aux réunions publiques d'information.
Cette stratégie a coûté 42 millions d'euros à l’État, arrêtés au 9 décembre, dont 21,3 millions de frais vétérinaire, 15 millions pour l'abattage, 3,1 millions pour les vaccins, en plus du fonds de 22 millions débloqués pour aider les éleveurs.
Ces plus de 64 millions n'incluent pas la deuxième campagne de vaccination qui a eu lieu en décembre dans le Sud-Ouest et qui a permis de vacciner au pas de course près de 700.00 bovins depuis la mi-décembre, ni l'abattage de neuf foyers détectés après le 9 décembre sur un total de 117 depuis juin.
- Anticipation -
Les syndicats Coordination rurale et Confédération paysanne ont contesté la stratégie, demandant la fin de l'abattage total et la vaccination préventive élargie, deux mesures écartées par les sénateurs.
Infographie expliquant le mode principal de transmission de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et ses principaux symptômes. Aucun bovin ne sera présent au salon de l'agriculture 2026 en raison de cette maladie virale des bovins ( AFP / Sylvie HUSSON )
Sur la vaccination de l'ensemble du territoire, les sénateurs affirment que le "bénéfice/risque" est défavorable puisque la France perdrait le statut indemne lui permettant d'exporter. Cela reviendrait selon les estimations du gouvernement rapportées par les sénateurs à des pertes de plusieurs milliards d'euros, la France étant "le deuxième exportateur mondial d'animaux vivants".
Ils soulignent toutefois l'urgence à "anticiper le déploiement" de la "revaccination au printemps" et à ce qu'une décision soit prise lors d'un "Parlement du sanitaire", réunion de l'ensemble des acteurs impliqués sous l'égide du ministère. La prochaine réunion aura lieu lundi à 15h au ministère de l'Agriculture à Paris.
La vaccination est efficace pendant "12 à 18 mois", selon le gouvernement.
La revaccination permettrait de garantir l'immunité des troupeaux dans les zones à risque pendant l'été, période propice à la prolifération des mouches piqueuses vectrices du virus. Lors d'une conférence de presse, les sénateurs ont précisé que ces zones à risque étaient principalement les zones touchées mi-2025, soit la Savoie, la Haute-Savoie, l'Ain, le Rhône ou le Jura.
A court terme, les sénateurs appellent aussi à renforcer les contrôles de mouvements d'animaux dans une zone de 5 km autour des foyers de la maladie, où ils sont interdits.
A moyen terme, ils souhaitent "des moyens budgétaires" pour moderniser les bases de données qui permettent d'identifier les bovins et suivre leurs déplacements.
Enfin, à long terme, ils recommandent notamment d'"enrayer la désertification vétérinaire", profession qu'ils veulent aussi mieux protéger puisqu'ils ont pu être menacés dans le cadre de leur fonction, en amendant le code pénal.

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