Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, à la sortie de l'Élysée à l'issue du Conseil des ministres, le 6 mai 2026 à Paris ( AFP / Ludovic MARIN )
Nouvelle étape du réchauffement diplomatique ? Gérald Darmanin se rendra lundi à Alger pour discuter de la coopération judiciaire ou encore du sort du journaliste Christophe Gleizes, l'un des sujets "sensibles" qui empoisonnent les relations franco-algériennes depuis près de deux ans.
Après une amorce de détente impulsée par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, puis la récente visite de la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, la visite du garde des Sceaux annoncée samedi par la Chancellerie consacre une nouvelle avancée dans le rapprochement entre les deux pays.
"Ce déplacement a pour objet de travailler l'ouverture d'un nouveau chapitre de la coopération judiciaire entre nos deux pays", souligne la Chancellerie, indiquant que les sujets liés à la criminalité organisée, le narcotrafic, la lutte contre le terrorisme, ou encore la délinquance économique et financière transnationale devaient également être abordés par M. Darmanin, qui sera notamment reçu à Alger par son homologue Lotfi Boudjemaa.
Un portrait du journaliste sportif emprisonné en Algérie, Christophe Gleizes, le 29 janvier 2026 à Montpellier ( AFP / Gabriel BOUYS )
Lors du déplacement lundi, "des affaires individuelles sensibles seront également discutées, en particulier le cas de notre compatriote Christophe Gleizes, incarcéré en Algérie", a assuré le ministère.
Gérald Darmanin a prévu d'en faire "le sujet majeur" de son déplacement, au même titre que la coopération judiciaire, a affirmé son entourage à l'AFP.
Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme" et détenu depuis près d'un an en Algérie, a été arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024 en Kabylie (nord-est de l'Algérie).
- "Mabouls" -
Le ministre français sera de manière "inédite" accompagné par une délégation de magistrats, dont la procureure nationale anti-criminalité organisée (PNACO), Vanessa Perrée, ou encore le procureur national financier (PNF), Pascal Prache.
La procureure nationale anti-criminalité organisée (Pnaco), Vanessa Perrée, le 19 janvier 2026 au tribunal judiciaire à Paris ( AFP / Blanca CRUZ )
Ces hauts magistrats doivent eux aussi rencontrer leurs homologues "pour renouer le contact et faire avancer les dossiers en cours", souligne-t-on au ministère français de la Justice.
Emmanuel Macron avait dit la semaine dernière espérer que la récente visite de la ministre déléguée aux Armées marquerait "le début" d'une reprise des relations entre les deux pays, fustigeant les "postures de politique intérieure" des derniers mois qui ont, selon lui, "causé beaucoup de tort" aux deux pays.
C'est d'ailleurs lors d'une rencontre entre Mme Rufo et le président algérien Abdelmadjid Tebboune qu'avait été acté le principe d'une visite d'un diplomate français à Christophe Gleizes, la première depuis son incarcération, qui a finalement eu lieu lundi.
La ministre française déléguée aux Armées et le président algérien ont récemment établi une feuille de route pour "intensifier" leur coopération - notamment dans les domaines sécuritaire et militaire - mise à mal par près de deux ans de profonde crise diplomatique entre la France et son ancienne colonie, indépendante depuis 1962.
"Je considère que mon devoir est de défendre les intérêts des Françaises et des Français", qui est que "nous retrouvions une relation apaisée, constructive, avec l'Algérie. Cette relation doit être respectueuse des deux côtés, mais elle doit permettre d'apporter des solutions sur tous les sujets", avait dit le président français lors d'une conférence de presse au Kenya.
Le président français avait aussi lancé une pique le 27 avril aux partisans d'une ligne dure avec le pouvoir algérien, fustigeant "tous les mabouls" qui veulent "se fâcher avec l'Algérie".
Le patron de LR et ex-ministre Bruno Retailleau, qui s'était senti visé, avait vertement répliqué. "Avec le régime d'Alger, la politique des bons sentiments est condamnée à l'échec et aucune douleur de l'Histoire ne donne le droit à ses dirigeants d'humilier et d'insulter la France", avait notamment jugé le candidat à l'élection présidentielle.

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