Aller au contenu principal
Fermer

"Coup de génie", "séisme géopolitique" : zoom sur l'accord stratégique Trump-Corée du sud pour un sous-marin nucléaire d'attaque
information fournie par Boursorama avec Media Services 05/11/2025 à 17:41
Ajoutez Boursorama à vos sources préférées

Le principe du "deal" signé par le président américain consiste à permettre à Séoul de construire un sous-marin nucléaire d'attaque dans un chantier naval détenu par une entreprise sud-coréenne sur le territoire américain. Les implications potentielles de ce programme sur le plan géopolitique sont nombreuses, et incertaines.

Donald Trump et la président sud-coréen Lee Jae Myung, à Gyeongju (Corée du sud), le 29 octobre 2025 ( AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS )

Donald Trump et la président sud-coréen Lee Jae Myung, à Gyeongju (Corée du sud), le 29 octobre 2025 ( AFP / ANDREW CABALLERO-REYNOLDS )

Au-delà de ses déclarations floues sur la relance des essais nucléaires, l'accord annoncé récemment par Donald Trump pour permettre à la Corée du Sud d'avoir un sous-marin à propulsion nucléaire constitue un développement majeur servant les intérêts de Washington et de Séoul, mais porte en germe une course aux armements dans une région inflammable, soulignent des experts. "La vraie information stratégique de la tournée asiatique de Trump, c'est le sous-marin nucléaire sud-coréen. C'est un coup de génie", explique un haut gradé occidental sous couvert d'anonymat.

"Une des opérations stratégiques et industrielles les plus sophistiquées de l'histoire moderne"

"C'est bien plus significatif que ses déclarations floues sur d'éventuels essais nucléaires", abonde Heloïse Fayet, chercheuse au centre de réflexion français IFRI. "Un séisme géopolitique", estime quant à lui Seong-Hyon Lee, du centre d'études asiatiques de Harvard. Pour lequel, "la Corée du Sud vient de réaliser l'une des opérations stratégiques et industrielles les plus sophistiquées de l'histoire moderne".

Le contenu de l'accord, annoncé jeudi dernier, reste inconnu et son succès incertain. L'objectif étant de permettre à Séoul de construire un sous-marin nucléaire d'attaque (SNA) dans un chantier naval détenu par une entreprise sud-coréenne à Philadelphie (Etats-Unis).

Corée du Nord

"La Corée du Sud se méfie de plus en plus de l'influence maritime chinoise, mais c'est surtout une réponse à la Corée du Nord", explique François Diaz-Maurin, éditeur aux Affaires nucléaires du Bulletin of the Atomic Scientists américain.

Pyongyang s'est dotée au fil des ans d'armes nucléaires, et a dévoilé en mars son premier sous-marin à propulsion nucléaire avec missiles balistiques. "C'est un 'game changer', une menace nouvelle pour la Corée du Sud et pour les États-Unis", pointe M. Diaz-Maurin. Car "les sous-marins à propulsion diesel actuels de la Corée du Sud ne peuvent rivaliser", selon Sam Roggeveen du Lowy institute australien.

Mais comment cet accord s'articulerait-il ? "Les Sud-Coréens veulent du combustible", explique à l'AFP une source industrielle européenne, expliquant qu'avec leur programme nucléaire civil ils ont sans doute les compétences pour miniaturiser "un réacteur de 10 à 12 mètres de diamètre, insérable dans un sous-marin".

"Si nous obtenons le carburant nécessaire au sous-marin par le biais de consultations avec les Etats-Unis (...), nous prévoyons de mettre en service le premier bâtiment entre le milieu et la fin des années 2030", a déclaré mardi Won Chong-dae, un responsable du ministère des Armées.

Séoul ne peut enrichir le matériau fissile jusqu'au degré militaire nécessaire sans rompre ses engagements, et notamment le Traité de non-prolifération.

L'alliance AUKUS en question

C'est là que l'affaire résonne avec un autre dossier nucléaire régional, l'alliance AUKUS (Australie, Royaume-Uni, Etats-Unis) qui vise notamment à fournir à l'Australie des sous-marins nucléaires d'attaque.

AUKUS prévoit que le combustible américain soit fourni "dans des réacteurs scellés, sous boîte noire" en Australie, explique M. Diaz-Maurin, limitant les risques de prolifération. "Séoul n'a jamais caché son intérêt pour un programme d'armes nucléaires national: plus de 70% de la population y serait favorable, dans un contexte de perte de confiance dans les garanties de sécurité américaines", remarque Mme Fayet.

"Si le risque de prolifération en Australie était très faible du fait d'un engagement permanent de Canberra dans le désarmement, des précautions beaucoup plus drastiques devront être prises avec Séoul", qui pourrait être tenté d'ouvrir d'éventuelles boîtes noires, prévient-elle. Seong-Hyon Lee estime au contraire qu'avec ces investissements à Philadelphie, et à l'opposé de l'Australie, "la Corée du Sud ne se contente plus d'acheter la sécurité américaine, elle intègre sa base industrielle à celle des États-Unis pour former un seul bloc stratégique et économique" .

Course aux armements et "risque d'emballement"

Car AUKUS est enlisé. Avec seulement deux chantiers navals opérationnels, les Etats-Unis ne produisent pas assez pour renouveler leur flotte sous-marine tout en fournissant l'Australie dans les temps.

Si l'accord coréen fonctionne "c'est un bon coup pour Washington car cela vient soutenir leur capacité de production, puisque ce seront les Coréens qui vont investir, recruter et former la main d'œuvre", résume la source industrielle.

Et au plan stratégique, en renforçant un allié de Washington, "ce bâtiment servirait aussi les intérêts américains dans la région", estime M. Diaz-Maurin.

Mais il pointe un risque: Pyongyang pourrait considérer que ce sous-marin plus efficace pourrait approcher ses côtes et frapper préventivement ses installations nucléaires. "On a un risque d'emballement". "Il est devenu difficile d'espérer la paix et la stabilité dans la région avec ces projets", juge Byong-Chul Lee, de l'université Kyungnam à Séoul. "Une nouvelle course aux armements se profile".

2 commentaires

  • 05 novembre 18:09

    Les allemands avaient fait pareil pour empêcher Naval Group de vendre des sous-marins français à la corée. Pour emporter le marché, ils avaient fait un transfert de compétences quasi total. Depuis, la Corée est devenue l'un des principaux concurrents des européens sur ce marché.


Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

  • Dans l'agriculture, le parcours des combattantes
    information fournie par AFP Video 12.08.2026 18:56 

    Dans les champs comme dans les étables et face aux inégalités persistantes dans un univers encore très masculin, des femmes s'engagent pour défendre leur place durement gagnée dans l'agriculture.

  • Le président palestinien Mahmoud Abbas accueilli par le président turc Erdogan
    information fournie par AFP Video 12.08.2026 18:55 

    Le président palestinien Mahmoud Abbas est accueilli par le président turc Recep Tayyip Erdogan au complexe présidentiel dans la capitale turque, Ankara. Israël cherche à "rayer la Palestine de l'ordre du jour de l'humanité", a affirmé le président turc, lors d'une ... Lire la suite

  • La salle de contrôle d'Euronext, société qui gère la Bourse de Paris ( AFP / ERIC PIERMONT )
    information fournie par AFP 12.08.2026 18:35 

    La Bourse de Paris a terminé en baisse mercredi, les investisseurs privilégiant les prises de bénéfices malgré une inflation américaine rassurante, tandis que les tensions au Moyen-Orient et le net repli du secteur du luxe ont pesé sur l'indice vedette. L'indice ... Lire la suite

  • ( AFP / FABRICE COFFRINI )
    information fournie par Boursorama avec Media Services 12.08.2026 18:33 

    Le train de réforme fait notamment suite au scandale Crédit Suisse. Le gouvernement suisse a franchi une nouvelle étape mercredi 12 août dans ses projets visant à durcir les règles bancaires, notamment concernant les bonus des banquiers. Dans un communiqué, le ... Lire la suite

Pages les plus populaires