Un commerce pillé et vandalisé à Lille, au lendemain d'une manifestation contre la vie chère, le 18 octobre 2026 ( AFP / Sameer Al-Doumy )
Durement touchés par les violences urbaines en marge des manifestations, dans une période de l'année cruciale pour eux, les commerçants implorent de pouvoir ouvrir les dimanches jusqu'à Noël pour compenser, et ont obtenu du gouvernement un avis favorable.
Pour combler le manque à gagner des derniers jours, les professionnels ont demandé une autorisation exceptionnelle d'ouverture les dimanches. Jeudi, le gouvernement a annoncé encourager maires et préfets à l'autoriser.
"C'est une demande des commerçants eux-mêmes, donc faciliter cette ouverture-là, c'est (y) répondre", a argué la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, sur BFMTV et RMC.
Pour le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, "c'est presque un OK de principe", a-t-il dit jeudi sur France Inter.
Il souhaite toutefois s'assurer d'abord que les commerçants dont les locaux ont été la cible de violences ou de pillages "sont prêts à repartir dans de bonnes conditions" et ont éventuellement "pu réparer leurs commerces".
Vitrines brisées, marchandises raflées, magasins carbonisés, stocks à refaire... : les commerçants se disent aux abois après les saccages en marge des manifestations des deux derniers week-ends et donnent de la voix pour obtenir de l'aide.
Plus de 2.500 commerces ont été dégradés, dont 1.161 visés par des pillages, saccages ou incendies, selon le dernier bilan du réseau des chambres de commerce et d'industrie (CCI France), alors que s'ouvre la saison des achats du Black Friday et de Noël.
Des commerces pillés et vandalisés à Bordeaux, au lendemain d'une manifestation contre la vie chère, le 18 octobre 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )
"Si ça peut aider les commerçants à retrouver de l'activité, je pense qu'il faut le faire par solidarité avec ces professions-là qui ont été durement touchées", a estimé M. Farandou, précisant que ces ouvertures dominicales se feraient "sur la base du volontariat des salariés".
Le président du Medef Patrick Martin a salué cette proposition : "j'en pense le plus grand bien parce qu'il y a un réel préjudice", a-t-il commenté jeudi soir sur Europe 1, invoquant "les commerçants qui ont été directement et physiquement touchés, y compris dans leur corps", mais aussi "un effet de halo".
En effet, "il y a beaucoup de clients qui hésitent à se rendre dans les centres-villes de peur d'être pris dans ces manifestations brutales, violentes", ainsi que "des touristes qui viennent moins, les touristes américains en particulier, de peur eux-mêmes d'être pris dans cette tourmente. Donc il faut soutenir le commerce", a ajouté M. Martin.
Élargissement des aides
Le syndicat FO a de son côté dénoncé une "nouvelle provocation du gouvernement". Les travailleurs vont "devoir subir des dérogations au repos dominical", proteste le syndicat dans un communiqué.
Cette mesure risque "de pénaliser les plus petites structures commerciales, qui n'ont ni les moyens humains ni les moyens financiers d'ouvrir sept jours sur sept", avertit-il encore.
L'Alliance du Commerce a révélé jeudi avoir saisi le Premier ministre, les ministres du Travail et du Commerce, ainsi que l'ensemble des préfets pour appuyer cette demande commune.
Une boutique pillée et vandalisée à Marseille, au lendemain d'une manifestation contre la vie chère, le 18 octobre 2026 ( AFP / Thibaud MORITZ )
L'organisme qui représente 16.000 enseignes dont des grands magasins et plus de 150.000 salariés en France, plaide aussi pour un élargissement des aides "à toutes les entreprises touchées", selon un communiqué de presse.
Les commerces touchés pourront ainsi recevoir "jusqu'à 10.000 euros" d'aide, a récemment annoncé le ministre du Commerce Serge Papin. Mais uniquement si leur chiffre d'affaires annuel est inférieur à 10 millions d'euros, et qu'ils ont moins de 50 salariés.
Quant au prêt à taux zéro jusqu'à 50.000 euros mis en place par Bpifrance, il est réservé aux entreprises individuelles, TPE et PME créées depuis plus d'un an.
"Les enseignes et grands magasins, particulièrement visés en raison de leur notoriété et de leurs emplacements, en sont exclus, alors que certains de leurs établissements ont subi des dommages considérables", regrette l'Alliance du Commerce.
"Nous demandons également que la prise en charge à 100 % au titre de l'activité partielle soit étendue aux établissements contraints de fermer pour des raisons de sécurité, même sans dommages matériels directs", écrit-elle encore.
"Novembre et décembre représentent une part essentielle du chiffre d'affaires et du résultat annuels des enseignes et des grands magasins", deux mois qui "seront déterminants pour compenser une partie des pertes, reconstituer la trésorerie et préserver les emplois et les points de vente dans les territoires", juge-t-elle.

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